27 janvier 2008

Où le favori nippon s'incline devant le challenger d'outre-Manche

Nous avons donc deux visites prévues aujourd'hui : un deuxième tour du Karaté de Gruissan, et en début d'après-midi, un tour en mer avec le fameux "Contention 33". Tom a fait des recherches toute la semaine pour savoir ce que cache cette création des chantiers "Southern Ocean Shipyard". Il s'agit donc d'un bateau anglais. Voilà qui n'est pas pour me déplaire ! Mais il y a bien peu d'exemplaires en vente en Europe. Les chantiers SOS ont apparemment cessé leur activité, et les Contention 33 encore en circulation se font rares. Les deux seuls que nous trouvons, sur des sites d'annonces en anglais, sont très chics à l'intérieur et très chers sur le prix. Coïncidence bien pratique : les deux bateaux en lice se trouvent au port de Gruissan. A l'heure-dite au bout du ponton en question, nous trouvons le discret navire britannique. Discret, son nom l'est moins, il s'appelle "Grégal". Les jeux de mots vaseux vous viennent immédiatement à l'esprit avec un nom pareil... "Grégal-le-goût"... Le propriétaire nous accueille avec le sourire. La cinquantaine dynamique et la mèche en bataille, il a l'air tout à fait sympathique. Ce qui l'a rendu encore plus sympathique aux yeux de Tom, c'est son impératif de tour en mer "livré" avec toute visite du bateau. "Voilà qui est sérieux" pense le Tom. Après un petit thé partagé sur le cockpit, nous partons tirer un grand bord entre Gruissan et Port-la-Nouvelle. Tom est ravi. Il dévore les "beaux gros winches" des yeux. Moi, toutes les ficelles emmêlées sur le pont me donnent le tournis. Mais surtout, il fait froid. Il fait TRES froid. Le thé au rhum - petite spécialité du propriétaire apprendrais-je à mes dépens- de 16 heures ne parvient pas à me réchauffer. D'ailleurs, je ne le termine pas, au bord du mal de mer. De retour au ponton, Tom pose toutes les questions de l'acheteur sérieux. Et plus nous visitons, plus je trouve qu'il fait très sérieux, comme acheteur. Il sait poser les vrais questions techniques comme s'il s'agissait de demander le prix de la baguette. Tant mieux, ainsi les vendeurs nous prennent souvent en sympathie. Surtout lorsque nous glissons négligemment dans la conversation quel est notre projet en gestation. L'intérieur de Grégal est propre, sans fioritures. Les banquettes sont couleur locale : en carreaux écossais vert foncé, les boiseries sont plutôt bien conservées. Il y a quelques voiles, cirés, lampes à pétrole rouillées ou bougies ça et là. C'est au moins un bateau qui sert à naviguer. Ce n'est pas une caravane de port bien lustrée, avec télé, comme on a eu notamment l'occasion d'en voir depuis quelques temps.
La visite suivante est celle du Karaté NV. Je suis à nouveau éblouie par cet intérieur digne d'un vrai petit appartement. Mais Tom semble avoir déjà choisi son destrier. Et puis un bateau sans enrouleur de génois, ça peut être ennuyeux. Pas forcément dangereux, mais je comprends qu'il faut une vigilance supplémentaire et la manip de changement de voile peut être fastidieuse.
Sur le trajet du retour, pas réellement de débat, car à prix égal (15000 €) les prestations respectives ne souffrent pas la comparaison : Grégal est très bien équipé en voiles, il est robuste, marin, il se comporte bien en mer, son pilote ST 4000 marche au poil. Pour le prix, c'est le bateau le mieux équipé et le mieux entretenu que l'on ait visité. L'autre n'a rien de tout cela si ce n'est un étai largable et une grande voile d'origine. Je tire en silence un trait sur le bel intérieur et la cuisine spacieuse en L du Karaté... De toute façon, aurais-je pu espérer mieux qu'un bateau anglais, venu de ma petite île pluvieuse et brouillardeuse préférée ?