8 janvier 2008

Sloop vermillon

La fin de semaine morose côté météo, où pluie et grisaille sont venus gâcher nos derniers jours à la montagne, nous encourage à reprendre le chemin de Montpellier somme toute contents. Nous avons prévu aujourd’hui de visiter le premier voilier de notre liste : un sloop acier de 1974 rouge de 9 mètres, qui se trouve au port à sec de Frontignan. La propriétaire doit partir sous peu en Australie, le prix a été sans cesse revu à la baisse depuis quelques mois. Une fois au port, qui est de taille modeste, on repère assez vite la coque vermillon qui se distingue des pâles polyesters en cale sèche. Nous sommes pleins d’entrain, galvanisés par cette première visite et ce rouge pétant qui nous réchauffe les pupilles. Les clefs du bateau ont été laissées au comptoir d’une boutique ce qui nous autorise à voir l’intérieur en l’absence de la propriétaire. Mais une fois entrés… c’est un peu la déception : intérieur très spartiate, minimum d’aménagement et de confort, isolation / étanchéité douteuse… « Il ne faut pas s’arrêter à ça, l’intérieur, ça peut être tout refait, il faut voir le potentiel » me suggère Tom. On reste un long moment. Si bien qu’une passante en vélo s’arrête et nous interpelle : « Alors, vous l’avez acheté ? ». On apprend vite que cette dame habite sur un voilier de 14 mètres un peu plus loin avec sa petite famille, dans l’attente de mettre les voiles pour un long voyage autour du monde… Elle nous invite à prendre le café. Nous finissons d’ailleurs la visite avec un autre habitant du port, Jean, qui lui aussi vit sur son petit voilier depuis des années. Il inspecte la coque, nous fait remarquer un ensemble de petits détails que son œil aguerri sait déceler, là où le notre aveuglé par le coup de peinture écarlate n’a finalement rien vu. Ces échanges sont précieux et nous déchantons assez vite. Ce bateau n’est peut-être pas une excellente affaire. Le café offert par Yvette nous réchauffe le cœur et nous encourage à poursuivre notre projet : après tout eux le font, tout lâcher, partir, et en plus en famille. Deux propriétaires de voiliers qui passaient par là se joignent à nous. On évoque les plus et les moins des coques en acier (celui de Yvette, un superbe 14 mètres suréquipé, en est un), qui ont semble-t-il leurs partisans affectueux et leurs détracteurs ironiques. Le petit monde des ports m’apparait tout de suite chaleureux et j’aspire sincèrement à le connaitre un peu mieux.