22 janvier 2008

Pourquoi partir ? (1/2)

Mais au fait, pourquoi partir ? Pourquoi lâcher deux boulots qui assurent une subsistance confortable, un joli petit appartement avec terrasse pour lequel il ne reste que 19 ans de remboursement de prêt, la présence des amis, la joie de vivre diffuse de Montpellier... Il faut savoir que si l'on se décide parfois sur un coup de tête, on ne choisit jamais de partir par dépit. Partir est donc une démarche qui coûte, qui donne à réfléchir, qui fait faire des calculs savants coûts-avantages sur ce que l'on laisse et ce que l'on va trouver là-bas.
Par chance, Tom et moi avons le même virus du voyage. Ce délicieux appel de l'inconnu qui vient vous caresser la joue justement quand le confort de votre quotidien commence à endormir votre vigilance et votre sens de la découverte. Partir est aussi une forme de lâcher-prise de fond, quand le voyage en question vous emmène plus longtemps que quelques jours de simples vacances, où vous savez que quoi qu'il arrive vous rentrerez chez vous.
Ma première expérience du lâcher-prise avec mon mode de vie a eu lieu quand je suis partie vivre un an en Angleterre, alors que j'étais encore étudiante à l'IEP. Ce fut une expérience à la fois brillante et grisante : perte de repères, pratique d'une langue étrangère, découverte de qui l'on est quand on se trouve à l'étranger (et non, on n'est pas exactement la même personne quand on s'exprime dans une autre langue), découverte d'une autre culture, de façons de faire différentes ("Qu'est-ce donc que ces petites tranches de jambon carré et pleines d'eau vendues sous vide ? Où est donc le Madrange ?"...) Peut-être est-ce parce que j'ai toujours eu une affection maladive pour ce petit bout d'île d'Albion, il n'empêche, cela m'a transformée en aiguisant mon sens de la liberté, ma capacité d'adaptation et mon goût du voyage. Sans dire que c'est en Angleterre que j'ai rencontré Tom. Et non, rien n'est fortuit voyez-vous.
Partir maintenant, alors que nous semblons bien "installés", salariés, pacsés, empaquetés, est aux yeux de beaucoup une belle hérésie. Bien sûr, partir un an en voilier a un côté furieusement aventurier. Tels deux Christophe Colomb, ils étaient sales et ne se nourrissaient que de papayes crues et de poissons séchés, parcourant les mers du Globe...
Que néni, en un an de voilier, on ne peut pas se permettre de faire le tour du monde.
Par ailleurs, quand vous annoncez votre projet de partir en bateau, trois types de réactions, que nous avons à présent bien eu le temps d'identifier, s'offrent à vous :
Option 1 : "- Oh, c'est bien... Mais vous n'avez pas peur ?!". Si, car la mer est toujours dangereuse, mais la préparation, la prudence et la vigilance de chaque instant sont les antidotes à la peur. Et puis, le jeu en vaut la chandelle, non ?
Option 2 : "Mais c'est absolument génial ! Alors là, vous avez bien raison de vous lancer, il faut le faire tant qu'on est encore jeune, sans enfants... Rhâ là là, bande de veinards !" No comment : nous, on adore entendre ça.
Option 3 : "Ah bon ? Ah ouais... Mais bon, est-ce bien raisonnable ?" (Quid du refrain déroulé ensuite, puisant dans les divers arguments : Et votre carrière ? Et Aude qui ne sait pas naviguer ? Et votre bateau, il ne prend pas l'eau ? Et votre appartement ? Et savez-vous qu'on n'est pas sûrs de pouvoir vous réintégrer sur le même poste ?...)
Il est fort triste de constater que statistiquement, c'est l'option 3 qui l'emporte largement.