23 mars 2008

Ecole de voile, école de vie (Glénans 2/3)

Le "Guide du stagiaire" que j'ai reçu précisait notamment un point : "Les Glénans attachent autant d’attention à la formation nautique qu’à l’apprentissage de la vie collective sur mer et sur terre. Les stagiaires et les moniteurs participent à l’élaboration des programmes de navigation et à la vie commune sur la base. A tour de rôle, ils partagent les tâches de la vie quotidienne au sein des bordées (Ndlr : bordées de cuisine, de vaisselle, de ménage...) coordonnées par les maîtresses de maison et les maîtres de logis. Aux Glénans, l’accent est mis sur le développement de l’autonomie et la prise de responsabilité, l’entraide et le partage". Je ne sais pas pourquoi, je me suis tout de suite imaginé un gîte de haute montagne, avec un groupe de marcheurs jovials, en train de cuisiner leur popote autour du fourneau, et traverser la salle à manger en tatanes et caleçon, la serviette sur l'épaule pour aller à la douche, dans une ambiance moitié scout, moitié Bronzés...
Pour autant, les fameuses "bordées" se sont mises en place au sein de notre groupe très naturellement. Le premier midi, deux collègues venus du Cantal se sont collés à la cuisine. Les menus, équilibrés, étaient affichés sur le frigo. Moi j'ai participé à la vaisselle. Sur notre groupe de 7, nous n'étions que deux à venir des environs. Pour le reste, c'était Ardèche, centre de la France ou régions de l'est. Les Glénans, fidèles à leur réputation, rayonnent décidément dans toute la France.
Malheureusement, l'esprit collectif peut avoir ses inconvénients. Ainsi, dans le dortoir où je me trouvais, tout le monde a dû subir les ronflements incroyables d'un monsieur qui participait à un autre stage de niveau confirmé dit "Sensations fortes". N'empêche, les sensations fortes, elles ont surtout été pour tout le reste du dortoir. Les ronflements d'au moins 80 décibels (= démarrage de moto) s'élevaient en faisant trembler les murs. Pour avoir vécu des ambiances de dortoir, je n'avais absolument jamais entendu ça. A la limite du ronflement humain. Le lendemain, la sieste de milieu d'après-midi s'est naturellement imposée.
Malgré tout je crois que ce qui m'a le plus impressionnée, pendant ce stage, c'est l'engagement de nos moniteurs. En effet, Frédéric et Serge sont tous les deux bénévoles, comme le sont tous les moniteurs qui interviennent aux Glénans. Je peux vous dire que quand vous apprenez ça, vous êtes sciés. Il est donc des personnes qui viennent de leur plein gré enseigner la voile en ce weekend de Pâques gris, froid et venté, et prendre sur leurs congés le temps nécessaire pour vous transmettre, ne serait-ce qu'en germe, une partie de leur passion.
De fait, ça marche réellement. "La passion en partage", disent les affiches sur les murs de la salle à manger. J'en profite pour saluer ici la gentillesse, la pédagogie, la patience, l'humour, la convivialité, le souci de clarté et la qualité des enseignements techniques et théoriques des intervenants. Aux Glénans, association Loi 1901 reconnue d'utilité publique, on peut aussi venir proposer son aide quelques jours par an, pour caréner les bateaux, entretenir les extérieurs..., et capitaliser en retour des jours gratuits de formation. Plusieurs jeunes se sont ainsi financé leur monitorat en devenant bénévoles. Ce fonctionnement, généreux, à double sens, me semble à mille lieux de notre monde libéral régit par le marché et l'individualisme. Cela fait plaisir de voir que cela marche encore quelque part, la solidarité et l'échange.
Pour notre deuxième jour de formation, nous n'avons pas vraiment de chance côté météo. Le vent s'est levé et nous avons à subir un bon force 7-8, fraichissant 9 en fin d'après-midi avec des rafales à 10. Du coup, nous ne sortons que le matin et un peu en début d'après-midi. C'est le baptème du feu. Les virements de bord se font plus périlleux. Il n'empêche, avec mes deux coéquipiers, nous commençons à être au point. Nous occupons chacun les 3 postes du 5.70 : la barre, la grand voile, et la voile d'avant, sous l'œil bienveillant soit de Serge, soit de Fred. Avant chaque virement, notre barreur cherche le près, puis nous crie : "Parés à virer ?". Nous de répondre en choeur : "Parés !", et lui d'enchaîner "On vire !". Alors là hop, lui pousse sa barre au maximum, l'équipier de GV borde à fond, de même que celui de voile d'avant, et quand la bôme est passée de l'autre côté, le barreur remet sa barre droite, la GV se choque, mais pas trop, pour garder un près serré, de même que la voile d'avant. Tout ça si possible dans la vitesse, la précision et le calme. Le problème est que les 5.70 sont tout de même petits, pour 4 personnes, et à chaque fois que l'on change de côté le barreur menace de tomber à l'eau et l'équipier de GV de se cogner à la bôme. Serge en particulier a développé à ce sujet d'excellents réflexes pour rattraper par la culotte les barreurs en perdition... J'aime beaucoup ce travail d'équipe qui nous pousse à chaque fois à nous améliorer dans la manœuvre. Nous ne nous lassons pas. C'est grisant.
Le soir est l'occasion de partager des huîtres fraîches de l'étang de Thau et des moules marinières cuisinées par un coéquipier cordon bleu. On échange les anecdotes de vie autour d'un vin blanc frais. Les Glénans sont décidément un formidable espace de convivialité.

1 Responses (Leave a Comment):

France a dit…

Je confirme c'est superbe ce coin. Comment l'éviter! pas possible pour moi