14 mai 2008

A Dieu vat, joli jardin !

Nous avons un tout petit appartement, mais je crois pouvoir m'enorgueillir de parvenir, sur une terrasse de 12 m², à entretenir un petit jardin de ville florissant. On y trouve du chèvrefeuille, du jasmin palissé, un pied de vigne produisant un excellent raisin muscat, un citronnier bien fructifère, un petit combava, des bougainvillées chatoyantes, un vieux yucca récupéré qui coule une paisible retraite, un érable du japon et des heuchères poussant en son pied, ainsi que tout un ensemble de plantes méditerranéennes que j'ai mis un point d'honneur à sélectionner pour leurs qualités éco-citoyennes de faibles consommatrices d'eau : graminées, laurier rose, ciste, buddléia, lavande naine, bilbergia aux hampes roses de fleurs retombantes, et autres hélicryse, romarin, crassula...
"Qui plante un jardin, plante le bonheur" est un dicton qui me plaît bien, car le jardinage a pour moi des vertus antistress imbattables, et il n'est pas rare de me voir, après une journée de boulot où tout n'est pas allé comme sur des roulettes, travailler les mains dans la terre jusqu'au lever de lune.
Honte à moi qui ai fait l'éloge du lâcher-prise, car si le matériel ne risque pas de me manquer, en bateau, je crains que ce ne soit pas le cas de mon petit jardin. Pire encore, en jardinière indigne, après tant de soins apportés, tant de pucerons pulvérisés, tant d'araignées rouges enrayées, tant de minutieuses tailles pratiquées, tant d'observations quotidiennes à l'affût des bourgeons, je me trouve-là dans l'obligation de laisser ce petit microcosme au bon vouloir du locataire qui viendra habiter notre appartement pour l'année.

Dans ma dernière conversation avec l'agent immobilier qui sera chargé de la gestion locative de l'appartement, je n'ai pas omis de faire part de mes inquiétudes à mon interlocuteur qui n'avait là strictement aucune solution à m'apporter. "Oui, certains propriétaires laissent leurs plantes en partant, c'est agréable pour les locataires... Sauf que la plupart du temps ils reviennent et une plante sur deux a rendu l'âme." J'ai souvent fait des rêves atroces de terrasse en friche nous accueillant à notre retour, et je dois, à chaque arrosage, me demander si les locataires occupants me feront la grâce de bien vouloir garder en vie tout ce petit monde. Comme il nous est impossible de stocker quelque part ce morceau de nature planté dans une profusion de pots, nous allons tous laisser. Et là, tel le marin quittant le port* sur son navire alors que de gros cumulonimbus noirs s'agglutinent à l'horizon, je ne pourrai que soupirer : "A Dieu vat !"

*Vous remarquerez à juste titre que tout bon marin qui se respecte ne quitterait pas le port dans de si pessimistes conditions météorologiques. Il est bien entendu que cette métaphore, tout à fait fataliste, est destinée à renforcer le côté dramatique de l'évènement.

1 Responses (Leave a Comment):

genny a dit…

Mais bon sang, suis là, moi !
Et j’ai de la place !!
Car « qui plante un jardin plante le bonheur », suis d’accord avec ça
Faut bien que les anciens servent à quelque chose …
Alors,
J’attends les « pensionnaires » de pied ferme …mais pas marin, HEIN ?
Bisous,
Gene