2 mai 2008

Démâtage

Pas de jeu de mot là-dessus. Guillaume nous l'a conseillé : "En principe, nous, on démâte toujours les voiliers. C'est plus prudent et c'est le seul moyen d'éviter un futur démâtage accidentel". Nous acquiesçons religieusement. Pour notre projet, pas question de lésiner sur la sécurité. Même si la manip est fastidieuse, il va bien falloir s'y résoudre. Le hic, c'est que le mât de Grégal est traversant, et qu'en pied de mât on trouve de l'électrolyse. L'opération nous permettra de déterminer le degré de gravité de cette
corrosion, mais on est presque sûrs que le bateau n'a pas été démâté depuis dix ans. Pour preuve, les câbles électriques des feux de position passent à l'extérieur le long du mât, de manière assez anarchique. Par conséquent, rien ne nous garantit qu'il sera facile de l'extraire, ce mât.

Nous arrivons vers 10h la boule au ventre : aujourd'hui, c'est le grand jour. L'heure de vérité. La grue doit arriver dans la matinée pour le démâtage. On s'y est préparés toute la journée d'hier : on a détaché la bôme, déserré les galhaubans à grands renforts de WD 40, vérifié les ridoirs des haubans, attaché les drisses en pied de mât en un joli paquet longiligne. Je suis même montée au mât, hissée par Tom, pour préparer une amarre avec un joli nœud de chaise destiné à passer sous les barres de flèches et supporter la traction de la grue, qui tirera le mât par cette attache. Mon nœud de chaise était réussi : les Glénans auraient été fiers de moi. Nous avons ensuite littéralement noyé le pied de mât sous le dégrippant. Il ne s'agit pas de lever le bateau dans la foulée.



Ce matin, c'est Cédric, un collègue de chantier, qui commence. La grue arrive à 10h45. Elle est impressionnante. C'est avec une extrême délicatesse que le grutier manœuvre sa machine. Le crochet descend lentement, et l'on y accroche l'amarre avec le nœud de chaise. Puis, très progressivement, le mât s'élève en hauteur. Il s'agira en bout de course de le réceptionner en douceur, pour le coucher sur les tréteaux prévus à cet effet. Deux gars de Navi Bois sont là pour accompagner le propriétaire stressé.
Vient ensuite notre tour. La grue se meut dans un vrombissement qui n'a rien de rassurant. Tom est sur le pont, prêt à attraper l'amarre pour la passer dans le crochet. En début de levage, l'équipe de Navi Bois aide à desserrer les ridoirs pour libérer les haubans. Ils s'occupent ensuite de l'enrouleur et du pataras. Je ne vois pas toutes les étapes, car à terre et scotchée derrière mon appareil photo : il ne s'agit pas de râter ce moment historique dans l'histoire de la rénovation de Grégal. Enfin le mât s'élève. Il n'a finalement pas forcé et s'est désolidarisé impeccablement. Les dernières manœuvres pour le déposer sont exécutées sans accroc. C'est un vif soulagement. Les deux accompagnateurs répondent à nos sourires et à nos mercis. Ça doit quand même les faire marrer de voir les têtes des candidats au démâtage passer du masque tordu par l'appréhension au sourire hébété de contentement. Cédric nous adresse un signe de la main. C'est certain, ce soir, on dormira bien.

1 Responses (Leave a Comment):

Cédric a dit…

Salut les amis, votre site est absolument génial. C'est cool d'avoir pris le temps de faire des photos de vos bricolages. Je garde l'adresse precieusement. De mon côté tout va bien. Avons passé Gibraltar et sommes près de Lisbonne. Bons vents à vous!