17 mai 2008

Glénans acte II

Il fait beau, mon sac à dos est prêt : sac de couchage, lampe de poche étanche, crème solaire et gants de mer... Un pack qui a un petit air de déjà vu ? Et bien oui, il est temps pour moi de me frotter aux cours de voile des Glénans pour l'acte II de ma formation expresse avant le départ. Cette fois-ci point de petits navires de 5 mètres, nous embarquons sur un voilier habitable flambant neuf, spécialement dessiné par les chantiers Dufour pour l'école des Glénans. 32.5 pieds de concentré d'efficacité et de confort à bord. Grégal fait 33 pieds. Et pourtant, l'impression d'espace sur le Dufour est exagérément incomparable : salle de bain avec douche et chauffe-eau et cabine deux places à l'arrière, vaste carré, cuisine en L avec eau sous pression, frigo et placards, cabine avant avec penderie et placards. On peine à savoir où ils ont pu trouver tant de place avec en prime la hauteur sous barreau qui permet même aux plus grands d'évoluer dans chaque pièce sans être plié en quatre. Mais - car il faut bien un "mais" - point de belles boiseries vernies qui donnent tant de charme à un intérieur de bateau : la construction Glénans c'est du mélaminé imitation bois. Et ça n'a rien à voir.
Arrivée encore un peu foirée question timing, mais juste le temps de rejoindre les autres qui vont constituer le reste de l'équipage. 4 hommes de 40 à 60 ans, des profils différents, des carrières réussies, et pour tous cette envie de savoir ce que ça donne, la voile en embarqué, le temps d'une pause dans un quotidien professionnel et familial bien rempli. Le plus jeune, ce n'est pas moi, même si je suis la seule femme, c'est notre moniteur. Il s'appelle Maël, 19 ans, avec 8 mois intensifs de Glénans à son actif et à plein temps, histoire de passer son monitorat. C'est le premier stage qu'il a l'occasion d'encadrer seul. J'ai moi-même été bluffée par son parcours, car au vu de son attitude ultra sécuritaire et de son comportement de marin responsable, il aurait pu être né dans un environnement familial de voileux, ça lui aurait collé comme un gant. Mais non, apparemment. Comme quoi tout s'apprend.

Le premier jour nous a donné l'occasion de tracer une route du Cap d'Agde, notre point de départ, à Sète. Beau temps, brise légère, belle mer, on révise les tenues de cap et les allures. Nouveauté pour moi : toutes les heures, on se colle à tour de rôle au journal de bord, le temps de noter notre position, la météo, et autres données de navigation. Maël vérifie seul notre route, mais tout au compas de relèvement et à la carte. Sur trois jours, ça fait en effet très juste pour que des novices assimilent à la fois les rudiments de la navigation et la lecture de carte, le positionnement et le tracé de route. On se concentre donc sur nos différents postes : GV, génois, barre. Malheureusement, un sentiment diffus de mal de mer m'empêche de me sentir tout à fait détendue. Je ruse à grands renforts d'homéopathie. Le soir c'est pâtes (un peu trop cuites) à la carbonara et discussions pour faire plus ample connaissance. Extinction des feux assez tôt, les deux "binômes" ronfleurs sont enfermés dans leurs cabines respectives à l'avant et à l'arrière. Sur une banquette du carré, je dors à merveille (même si cette fois, j'avais prévu les boules quiès).

Le lendemain, chemin inverse, on fait route sur le Cap d'Agde. Le vent a forci. On est davantage sur du force 3-4. On sort donc le solent. Petite manip périlleuse de démanillage des écoutes du génois et de vissage de l'étai. On se crispe un peu mais on finit par réussir à l'envoyer, cette voile d'avant. On prend la barre à tour de rôle. On essaye encore de bien tenir nos allures, on vérifie le réglage des voiles "toujours à la limite du fasseillement" dixit Maël. On s'entraîne aux noeuds de chaise. Cette fois je n'ai plus le mal de mer et j'en suis ravie. On fait quelques virements de bord et quelques empannages au large du cap d'Agde. Maël reste ultra concentré. Interdiction de se payer une bière à la pause du midi, à l'issue d'une superbe mise à la cape qui nous immobilise tranquillement. A mon avis, ce jeune ira loin. Nous navigons en tandem avec un autre bateau où les stagiaires sont niveau voile 2. On les aperçoit faire des manoeuvres de récupération d'homme à la mer (je crois qu'on peut écrire "MOB", si on est super briefé sailing). On entre au port sur le coup des 18 heures. Maël nous propose un topo amarrage avec paperboard veleda à l'appui, à l'issue duquel nous avons en principe tous compris ce que nous sommes sensés faire à nos postes respectifs. On a donc un équipier qui s'occupe de l'amarre arrière, un autre à l'avant, et un "pare-bat' volant", celui qui doit avoir l'œil, son pare-battage détaché à la main, pour ne pas que le voilier se heurte sur un coin mal protégé. Notre équipier bout-en-train fétiche, Elias de son prénom, se moque de notre attitude "Cup of America", avec notre air tendu et concentré, nos mitaines de compét et nos casquettes. Notre accostage se fait relativement sereinement. Quelques incertitudes au niveau des noeuds de taquets mais on finit par s'en sortir. C'est curieux comme à chaque manœuvre de port, la tension du capitaine est palpable. Je l'avais déjà constaté avec Tom sur Grégal, on le retrouve ici aussi. C'est sans doute le fait de se trouver accompagné d'une bande d'apprentis-plaisanciers mal dégrossis et dépourvus de toute appréhension sur la vigilance à adopter en ces circonstances qui favorise cet état d'esprit anxieux. Le soir, resto, il faut bien se faire plaisir. Et puis, avec encore des pâtes à midi, l'overdose de féculents nous guette.

Le lendemain, manœuvres de port approfondies. Nous avons tous le temps de tester la manoeuvre d'accostage contre un quai, à la barre chacun notre tour. Rebelotte sur le parebat' volant, l'équipier avant et l'arrière, rassemblés au pied des haubans, attendant le moment propice pour poser lestement un pied sur le quai (aux Glénans, on "ne saute pas" !!!) et amarrer le bateau. Nous y parvenons tous avec plus ou moins de délicatesse dans l'approche. Je ne sais pas si Maël se fait violence pour afficher un air calme et détendu, et je le soupçonne d'envisager secrètement qu'on puisse s'écraser misérablement sur le quai à chaque tentative. L'après-midi est consacré à l'inventaire et au nettoyage du bateau. Un peu fatigués, nous traînons la patte pour le pliage des voiles en fin de journée. Seul notre moniteur, sans faiblir, continue de nous coacher et nous exhorte à restés concentrés jusqu'au bout. Je ne sais pas par quelle magie les encadrants bénévoles trouvent l'énergie d'insuffler aux stagiaires cette discipline, cette nécessité de sécurité et de comportement adéquat et efficace jusqu'aux dernières minutes du stage. Après tout, si nous avons choisi les Glénans, c'est pas pour se la couler douce, ou pour se reposer sur le moniteur quand on a la flemme de se coller à une manœuvre. Puisse-t-il y avoir un meilleur apprentissage de ce qu'est la voile, avec ses constantes exigences compensées par ses moments ravis de satisfaction ?

2 Responses:

France a dit…

Bonjour et merci pour cette photo des glenants. Que je connais si bien

Rowhider a dit…

Bonjour,

Je me suis inscrit pour un stage de 3jours en croisière aux glénans à la base de Sète également. Mon stage aura lieu mi-Septembre.
J'avais peur d'avoir affaire à une bande de tocards (les glénans ont une image assez variable), mais visiblement vous êtes tombé sur un formateur très compétent et sérieux. Je touche du bois que se soit la même chose pour moi...