4 mai 2008

Qu'est-ce donc que cette vilainie ?

Voilà cinq jours que nous avons démâté. Seulement, passé le soulagement d'avoir réussi la manip sont venues les premières mauvaises surprises. Rien d'alarmant, mais un ensemble de petites crasses qui nous ont fait perdre un peu de temps. Tout d'abord, la découverte de LA MOUSSE. Certes, nous nous doutions bien que le fait que le câble d'alimentation électrique des feux de navigation passe à l'extérieur du mât cache quelque chose de pas très net. Eh bien en effet, en scrutant l'intérieur du mât, nous avons eu la réponse : sur près de 4 mètres de hauteur, depuis le pied de mât, une espèce de mousse expansée avait été pulvérisée, additionnée de tout un tas d'éléments aussi divers qu'insolites (exemple : du papier toilette). Tom a commencé par enlever ce qu'il pouvait à l'aide d'un couteau. Mais rapidement, son bras est devenu trop court. Il a donc bricolé une lance avec un manche à balai et un couteau ficelé à son extrémité. Plusieurs heures plus tard, malgré les quantités de mousse qu'il avait pu extraire, il n'en voyait toujours pas le bout. On avait eu beau tenté d'apercevoir, par les sorties de drisse, jusqu'où s'engouffrait la maudite mousse, il était particulièrement difficile de déterminer où elle s'arrêtait, et manifestement il restait encore du travail. C'est alors que la "lance" est devenue trop courte. A ce stade, l'agacement de Tom avait cédé le pas à l'énervement. Il n'y a rien de plus ingrat que de s'employer à des tâches aussi vides de sens qu'elles peuvent être chronophages. Les voisins du chantier qui passaient devant le mât se livraient à chaque fois à des commentaires navrés et pleins de compassion. Certains tentaient de réfléchir à des méthodes d'extraction plus convaincantes. D'autres se contentaient d'encouragements solidaires, du type "Ah, les bateaux, y'a pas à dire, c'est un sacré tas d'emmerdes". Finalement, Tom réussit à confectionner une deuxième lance, en vissant sur la première le manche d'une gaffe. Après deux jours de lutte acharnée, une estocade finale lui permit d'embrocher une espèce de "bouchon" de mastic, vraisemblablement coulé au dessus de la mousse et destiné à étanchéiser le tout. Un tube entier de sika avait dû y passer. Comme par magie, tout un paquet de mousse vint avec le mastic et le mât fut enfin libéré de son garnissage affligeant.

Guillaume, qui avait suivi du coin de l'œil les opérations, se désolait lui aussi : "Oh là là mais qu'est-ce qu'ils m'ont fait là..." (sous-entedu : le chantier de construction d'origine). Il nous a d'ailleurs précisé que quand bien même le mât est traversant, il ne sert à rien d'essayer par tous les moyens d'en assurer l'étanchéité pour éviter que l'eau ne parvienne à l'intérieur. "Quoi qu'on fasse, l'eau arrive toujours à se frayer un passage. Le problème c'est justement quand elle ne peut plus s'évacuer normalement. C'est là que les ennuis commencent. Au lieu de bourrer le mât de mousse, il eût mieux valu la laisser couler, et la récupérer sainement en pied de mât, à l'issue de sa course, avec une pompe de cale par exemple". Dans notre cas, la mousse et les rafistolages d'étanchéisation n'avaient réussi qu'à retenir un peu plus l'eau au niveau de la liaison coque-pont. Comble de malchance, il se trouve que les pièces d'accastillage du mât sont en inox. Inox + mât aluminium + eau stagnante = électrolyse. Après avoir tout assainit et tout démonté, nous avons demandé à Guillaume comment faire notamment au niveau du hale-bas où l'alu était sérieusement grignoté. Il nous a proposé de faire poser par le soudeur du chantier des plaques de renfort en alu afin de consolider la structure en cet endroit particulièrement stratégique.
Quelle riche idée d'avoir démâté, sans quoi apercevoir ce genre de détail eût été impossible !