30 août 2008

Le mouillage maudit

Dans toutes vacances, il y a quelque chose qui foire à un moment donné. La semaine d’Elvire et Nico n’échappe pas à la règle. Après les joies de La Maddalena, nous nous dirigeons vers le cap nord de la Sardaigne et, fin d’après-midi oblige, nous choisissons un mouillage pas trop loin. La petite nav’ donne l’occasion à Elvire de prendre la barre avec brio. Le coin se prénomme Porto Pozzo et n’est guère intéressant. Un ensemble de constructions résidentielles d’allure moderne et sans charme se trouve au fond d’une anse profonde de un mille environ. Sur le côté, un village de vacances. Nous passons une nuit pourtant calme, amarrés à une bouée.

C’est le lendemain que les ennuis arrivent.

En fin d’après-midi, Elvire et moi allons nous promener dans le « village » avec l’annexe. Tom et Nico préfèrent rester à bord et s’adonner à une partie de pêche à la palangrotte. Quand nous revenons de notre balade, les pêcheurs en herbe n’ont encore rien attrapé de significatif. Nous les observons avec le sourire. C’est alors que Tom à un moment donné s’avance pour vérifier une ligne. Nous entendons un « crac ». « Merde ! Quelque chose a cassé ». Je suis juste derrière lui et nos yeux parcourent le même chemin : à nos pieds, c’est le pilote automatique (resté pour la première fois en plan dans le cockpit alors que nous le rangeons scrupuleusement tous les soirs après chaque navigation) qui s’est brisé en deux sous la semelle de Tom. Dans le même temps, il lâche avec un relatif détachement : « Une rondelle est tombée à l’eau ». Le temps de monter dans l’annexe avec l’épuisette : la petite pièce en plastique noir nous échappe. C’est le drame. Je suis catastrophée : « Le pilote ! Mais qu’allons nous devenir ! On en a au moins pour 2000 euros ! ». Tom, qui sait garder son sang-froid, part avec l’annexe essayer de repêcher la pièce manquante partie à la dérive. Pour l’histoire, c’est le vérin du pilote automatique ST 4000, qui joue le rôle de bras robotisé et qui se fixe à la barre pour lui donner un cap, qui s’est brisé. A l’intérieur, le long de l’axe d’entraînement du vérin, quatre petites roues dentées en plastique noir, grosses de moins de 1 centimètre de diamètre. C’est l’une d’elles qui a sauté à l’eau. Sans elle, point de réparation possible. Mais la nuit commence à tomber. Nous jetons à l’eau ce que nous pouvons pour arriver à suivre le sens du courant et garder trace de la dérive du pignon : bouchon en liège, bouteille en plastique remplie de feuilles de magazines colorées.

Nous passons ensuite une morne soirée à essayer de nous persuader qu’à tout problème existe une solution. Elvire, qui révèle ici ses talents en management d’équipe, soutient le moral des troupes en affirmant qu’il ne sert à rien d’envisager le pire (le remplacement du pilote) sans savoir si une solution alternative peut être trouvée (une réparation). Nico nous rassure en expliquant qu’il vaut mieux qu’une telle mésaventure nous arrive ici, à quelques kilomètres de la Corse, plutôt qu’au beau milieu de la pampa. En vain. Au moment de se résoudre à cuisiner un repas du soir, deuxième mauvaise surprise : notre casserole fétiche qui nous sert à cuire tout et n'importe quoi s'est vaporisée dans l'espace-temps quantique d'un univers parallèle (cf.M.Crichton pour Bestel :). L’omelette aux patates du soir cuisinée par Nico - pourtant très réussie- a un goût amer.