6 août 2008

Le sauvetage de la goêlette ou la très petite nuit de Tom

Cette nuit, je dormais à poings fermés alors que Tom, lui, ne dormait que d'un oeil. Ou que sur une oreille. En tout cas à un moment donné je le vois se lever d'un coup d'un air inquiet (je n'ai pas l'habitude, moi, de veiller la nuit le bateau et de m'éveiller à chaque bruit suspect. Quand je dors à bord, ma fois, je dors.) A priori, ce n'était pas la première fois qu'il se levait mais cette fois ça avait pris un tour plus sérieux. En effet, alors qu'à notre arrivée nous étions sous un vent d'ouest, pendant la nuit, le vent avait tourné plein est et forci. Notre Grégal, faisant volte face sur son axe, s'était retrouvé poussé au fond de l'anse, et venait frotter ses flancs le long des bouées marquant "Zone interdite" en raison des filets de pêche qui se trouvaient là. Coup de sang. Alors que j'essaye de repousser le bateau à grands coups de gaffe sur les grosses bouées de pêche, Tom arrive à démarrer le moteur sans nous prendre dans les filets et nous nous éloignons pour poser l'ancre plus loin. Pour cela, nous faisons plusieurs fois le tour de la petite crique en zigzagant entre les autres voiliers endormis. Nous ne manquons pas d'en réveiller quelques uns qui sortent sur leur pont d'un air maussade. Nous, on s'en sort finalement très bien, mais ce n'est pas le cas d'un autre bateau, une belle goêlette en bois d'au moins 14 mètres et à deux mâts, avec à bord plusieurs adolescents encadrés par deux moniteurs, que l'on avait aperçue en arrivant au mouillage. Elle aussi a été déportée par le vent. Quand le skipper sort la tête, il est déjà trop tard et le bateau est rentré dans les filets. Il demande à Tom de l'aide, après un moment de lutte pour s'extraire. Tom hésite, car on a nous-mêmes eu bien du mal à se dépêtrer de là. Mais n'écoutant que son courage, il relâche quelques mètres de chaîne, et, en marche arrière, se rapproche du bateau en détresse. On leur tend un bout (= une corde) et tentons de les tirer. Ils semblent se dégager un peu mais on comprend que leur safran est coincé dans les filets et pas moyen de l'en sortir. Ce sont finalement les plongeurs du sauvetage en mer qui, arrivés une heure plus tard, viendront déliver le voilier. Tom se recouche bien fatigué sur le coup des 6 heures du matin. Alors qu'il retrouve le moelleux de la couette, il entend au loin un grand "Mer-ci Gré-gaaaal !!!". Tom est un héros malgré lui ;)