8 septembre 2008

Ma première nav’ de nuit en solo

Je suis allée me coucher à 22 heures, et Tom a pris le premier quart. J’ai un peu de mal à m’endormir car mon cycle de sommeil n’est pas encore rôdé. Tom vient me réveiller à minuit et demi. Nous avons choisi de faire des quarts de deux heures en moyenne, sachant que le changement de quart prend une bonne vingtaine de minutes, le temps de se réveiller et de se transmettre les infos. Une fois Tom couché, je m’installe dans le cockpit. L’avantage pour moi, c’est que quand je prends mon quart, les voiles sont déjà bien réglées ! Le vent a faibli un peu, mais la navigation est agréable. Je suis harnachée dans ma salopette de quart, mon coupe-vent et mon ciré par-dessus, le tout coincé par le gilet de sauvetage et la banane de quart. La lune éclaire ma première heure de veille puis va se coucher elle aussi. Il fait ensuite nuit noire mais les étoiles m’apparaissent alors avec plus d’intensité.
Au changement de quart, Tom m’a fait réviser l’observation des lumières au loin : dès que l’on perçoit un point lumineux à l’horizon, il faut tenter de déceler la couleur des feux de position du navire. Le feu vert désigne le côté tribord, le rouge, le côté bâbord, et le feux blanc, les feux arrières. La couleur des feux est fondamentale car elle permet de savoir dans quelle direction le navire observé se déplace. Exemple : si je vois à ma droite un navire arborant une lumière rouge, c’est que je vois son côté bâbord, donc que le navire en question se déplace dans le même sens que moi. Il faut alors être particulièrement vigilant. Cela peut signifier que sa route peut éventuellement croiser la nôtre. C’est ici qu’intervient notre arme fatale : le radar. Dès que j’aperçois une lumière, je descends près de la table à carte et allume le radar. Nous ne le laissons pas allumé en permanence car c’est un très gros consommateur d’énergie. Je choisis un scan à 6 milles. S’affichent alors sur l’écran des cercles concentriques, chacun espacé de 2 milles, avec au centre un point noir : Grégal. Les navires qui croisent au large sont matérialisés par des points noirs sur l’écran. En fonction de leur position au niveau des cercles concentriques, on peut évaluer leur distance. Nous disposons aussi, pour plus de précision, d’une petite molette tactile nous permettant de déplacer un curseur sur le point noir, et le radar nous donne instantanément la distance exacte. En mer, les cargos et autres ferries avancent à une bonne moyenne de 25 nœuds (25 milles par heure). Ce qui signifie que si j’aperçois une lumière à 6 milles, dans un quart d’heure, le navire est sur moi. Je vérifie donc scrupuleusement toutes les 5 minutes sur le radar pour vérifier le cap du navire, et s’il va croiser Grégal au large ou non. Tous les navires aperçus pendant mon quart ont dépassé notre bateau à 2 ou 3 milles, ce qui constitue une bonne distance de sécurité.

A deux heures et demie du matin, Tom me remplace. Je lui explique ce que j’ai observé. Il est content de voir que j’ai pigé le truc, et est de plus rassuré par mon absence de mal de mer. Il faut dire que la mer n’est pas trop agitée. Je file me coucher sur la banquette du carré. A cinq heures et quart, il me réveille. Je lui fais remarquer que les deux heures sont largement dépassées, mais au moins, j’ai fort bien dormi ! Installée dans le cockpit, j’attache notre petite lampe à pétrole à la filière près de moi pour pouvoir bouquiner un peu. Toutes les 5 minutes, je relève la tête et fais un tour d’horizon pour guetter les lumières éventuelles. Rien à signaler. Le vent faiblit et je dois parfois modifier le cap de quelques degrés pour mieux gonfler les voiles. Toutes les heures, je vais vérifier sur l’ordinateur notre route, grâce à notre logiciel Maxsea qui enregistre automatiquement notre cap et les milles parcourus. Vers 6 heures, une lumière mauve apparaît le long de la ligne d’horizon. Le jour se lève. Je suis heureuse de pouvoir assister au spectacle, mais constate que c’est finalement un processus relativement long. Vers 6 heures trente, la lumière mauve s’est élevée au dessus de la ligne d’horizon, elle est complétée par un halo blanchâtre, on commence à y voir distinctement. J’éteins ma lampe à pétrole, ainsi que les lumières des compas (les « boussoles » qui se trouvent dans le cockpit). Le soleil n’apparaîtra qu’à 7 heures et quart ! C’est l’heure à laquelle je vais chercher Tom. Il reste environ 90 milles avant d’arriver, ce qui porte notre heure d’arrivée à Minorque à 5 heures du matin demain matin. Je suis somme toute ravie de cette première nuit où j’ai veillé pour la première fois en solo.

2 Responses:

Nico a dit…

Salut la compagnie,

je suis content de voir que tout se passe bien à bord et que Aude tu te débrouilles maintenant comme un vieux loup de mer pour les quarts.

Je crois qu'on a pas de soucis à se faire pour vous et la suite du voyage.

C'est toujours super de pouvoir avoir de vos nouvelles ! Et merci au fait pour les précisions du post précédent sur les différentes allures ! On en apprend tous les jours (je croyais encore que ca correspondait à la vitesse)

c0rle0ne a dit…

On s'y croirait! merci aude pour se récit et bravo pour ta navigation!