30 décembre 2008

La vie à bord sans frigo

Après cinq mois de vie en mer, qu'en est-il de la vie à bord sans frigo ? Contre toute attente, on s'en sort plutôt bien. Très bien même ! Nos petits sondages sur les équipages rencontrés concourent tous à la même conclusion : le frigo c'est un luxe assez sympa pour des boissons toujours fraîches, du beurre ferme et pour conserver quelques restes, mais ça reste un énorme wattophage. Sur Grégal, notre éolienne et notre petit panneau solaire de récup (55 watts) nous permettent de maintenir nos batteries de servitude tout en profitant de temps à autre du branchement d'un appareil électrique (ordi, mixer...). Mais ça en reste là.

Nous nous sommes peu à peu lassés d'aller chercher de la glace pour alimenter notre petite glacière de camping. Mais nous le vivons très bien. Il suffit d'apprendre à se passer de bières et de jus de fruits froids, et finalement, côté conservation des aliments, sans frigo, on n'a pas tant à se priver que ça.

  • Les fruits et légumes frais :
A mon sens, concernant les fruits, les oranges, les pamplemousses, les citrons et les pommes ont la palme de la longévité de conservation hors frigo. Stockés dans un filet suspendu, en évitant qu'ils ne soient trop entassés, on peut facilement les conserver deux, voire trois semaines d'affilée. Les bananes se gardent assez bien, mais pour en profiter plus longtemps il faut aussi en choisir des vertes, qui arrivent à maturité au bout d'environ une semaine ou dix jours. En revanche, et particulièrement en traversée, les kiwis, poires, mangues, raisins terminent vite en purée. Nous les réservons aux escales, et les consommons rapidement.
NB : On trouve de l'Espagne jusqu'aux Antilles de belles prunes violet foncé, entre la quetsche et la pêche, au goût acidulé, et qui se conservent très bien.

Pour les légumes, les aubergines, choux, courgettes et même les tomates (si elles sont placées dans une cagette ou un grand tupperware) se conservent plus de deux semaines (la palme allant aux aubergines et aux courgettes). Les courges et potirons entiers, de petite taille, sont aussi bien pratiques. Par contre, j'ai toujours trouvé très difficile de garder des carottes, qui soit rabougrissent en moins de deux jours si je les mets dans le filet, soit pourrissent même si je les roule dans du papier journal (technique lue sur le site d'un navigateur) et que je les enferme dans un sac rangé dans un équipet, même bien ventilé...

Les pommes de terre et les patates douces se conservent évidemment plusieurs semaines, voire plusieurs mois si elles sont placées à l'abri de la lumière. C'est le nec-plus-ultra en traversée. Nous en faisons une grande consommation. Idem pour les oignons et l'ail qui se gardent des temps et qui servent à chaque plat.

J'ai constaté que le gingembre frais se garde plusieurs semaines aussi : les racines flétrissent un peu mais ne perdent rien de leur arôme.

Pour les herbes aromatiques fraîches (coriandre, persil...) le mieux que j'ai trouvé et de couper un peu les queues et de les placer dans un verre d'eau. On les conserve ainsi au moins une semaine, en changeant l'eau régulièrement.

Pour la salade verte, j'ai remarqué qu'elle se gardait au maximum deux jours, avant de commencer à s'abimer.

  • Les laitages :
- Le lait : il se conserve assez bien en briques UHT de 1 litre, mais comme une fois ouvert il se garde très peu de temps hors frigo, nous le remplaçons par du lait en poudre qui sert à tout : crêpes, cagé au lait, béchamel, et même à la confection de yaourts maison !
- Le beurre : difficile voire impossible de conserver du beurre sans frigo, me direz-vous. Eh bien si ! Grâce au beurre hollandais en boîte : d'un goût délicieux tout à fait comparable à votre plaquette Président, il se garde des mois en fond de cale, et une fois ouvert, il se consere jusqu'à dix jours grâce à sa petite boîte métallique ronde et son couvercle en plastique. On le trouve en version salé ou nature, surtout en Espagne et aux Canaries même si nous en avons aussi trouvé quelques boîtes au Cap Vert. Il est donc judicieux d'en faire une grosse provision car il ne se trouve pas forcément facilement aux Antilles.
- La crème fraîche : en briquette version liquide, elle se conserve parfaitement dans les placards et nous sert pour de nombreuses préparations. En Espagne et en Italie, on en trouve qui sont parfumées : avec des morceaux de champignons, au saumon, aux trois fromages... Nous regrettons de ne pas en avoir pris plus car ces briquettes se sont révélées très utiles en traversée, pour accompagner les pâtes, quand la météo ne se prêtait pas à faire rissoler des champignons ou que notre stock de fromage était épuisé.
- Les yaourts : les yaourts que l'on achète au rayon frais des supermarchés se conservent parfaitement jusqu'à une semaine hors du frigo. Cela dit, nous avons trouvé (au Cap Vert et ici à la Barbade) des yaourts UHT, vendus dans les rayons traditionnels, et qui se conservent des mois dans un placard : autant dire, une aubaine pour nous, et nous en avons fait une abondante cargaison.

  • Les oeufs :
Un incontournable pour nous en mer comme au mouillage. Les oeufs sont si polyvalents que leur absence mine le moral. On les mange frais à la coque, le matin au plat et au bacon grillé, le soir en omelette, on en fait des tartes, des quiches, des gâteaux, des flans, de la crème anglaise, des crêpes... Bref : les oeufs sont miraculeux et délicieux. Ils se conservent très bien dans leur boîte, à condition de retourner celle-ci tous les 5 jours pour éviter que le jaune ne viennent se coler au fond de la coquille, ce qui entâche à terme leur conservation. Pour la transat', j'en ai acheté 4 douzaines (bon, c'était un peu trop je l'avoue, il m'en est resté une douzaine en arrivant à la Barbade) au marché du Cap Vert, puis je les ai enduits de parafine fondue pour empêcher que l'air ne s'échappe par la coquille poreuse et que l'oeuf ne tourne trop vite. Seul ennui avec la parafine : impossible de mettre l'oeuf à cuire dans l'eau des pâtes ou du riz, il faut le faire séparément...

  • Le poisson et la viande :
Nous ne sommes pas de gros consommateurs de viande, par conséquent, nous en achetons essentiellement aux escales et nous régalons alors, mais jusqu'ici nous n'avons pas tenté d'en conserver à bord (conserves ou séchée).
Pour le poisson, nous avons souvent fait des bocaux lorsque la bête était trop grosse pour être dégustée en un seul repas. Il suffit de prendre un beau morceau cru sans peau (filet ou darne), de le déposer au fond du bocal (ce dernier préalablement ébouillanté) en laissant 2 à 3 centimètres entre le poisson et le couvercle, d'assaisonner (sel, poivre, voire un clou de girofle ou des herbes de provence), de fermer le bocal avec un joint neuf, de le déposer dans la cocote-minute remplie d'un fond d'eau (qui arrive aux 2/3 de la hauteur des pots) et de stériliser à la vapeur pendant environ une heure et demi. Ces conserves "maison" sont délicieuses pour accompagner pâtes, salades, faire des rillettes, de la mousse de thon... Nous n'avons en revanche pas eu le courage de faire sécher du poisson, principalement parce que c'est assez fastidieux, que ça sent fort, et que plusieurs personnes qui avaient essayé nous ont confirmé que le goût - prononcé - et la texture - caoutchouteuse - n'étaient pas des plus agréables. Le mieux, c'est finalement de pêcher de petites prises, parfaites à faire au four ou au barbecue en une fois !

4 Responses:

Léa a dit…

Bonne année les marins, qu'Eole et Eros vous protègent.
Merci de m'avoir permis de voyager et de rêver sans quitter mon fauteuil. J'ai eu le mal de mer, j'ai tangué dans le roulis, j'ai caressé les dauphins, j'ai eu peur, j'ai eu les fesses trempées dans les grains, j'ai goûté des tas de recettes plus exotiques les unes que les autres, j'ai enregistré tous les astuces à mettre en pratique quand mon frigo tombera en panne, etc. etc. etc.
J'appréhende la fin de la croisière quand il me faudra mettre pied à terre. Bon, ce n'est pas pour demain, alors, continuez, prolongez mon rêve de voyageuse en chambre.
Merci pour TOUT et TOUT ET BONNE ANNEE. Kissous. Léa

Elvire a dit…

Bonne année les aventuriers !

Voici quelques astuces d’avant l’arrivée du frigo pour ma cuisto des mers :

D’abord une astuce de ma copine Flo pour les carottes (et les autres légumes « racines » type patates etc…) : ses parents les conservaient tout l'hiver en les plaçant dans des bacs remplis de sable sec dans un endroit frais (couper d’abord le haut pour enlever le feuillage). Peut être à essayer dans le fond de la cale !
Pour les fromages, on peut les conserver apparemment plus longtemps en les mettant dans de la cendre de bois! (Sans emballage bien sûr)

Pour les œufs, j’ai vu sur le net que côté conservation c’est pas le top. Elle peut être améliorée en enduisant les oeufs d'une matière étanche imperméabilisant la coquille (cire, peinture ou vernis alimentaires, huile etc...). Il parait que c'est comme ça qu'est née la tradition des oeufs de paques, la « décoration » étant, à l'origine, simplement utilitaire pour garder les oeufs pendant le carême pour les consommer après.

Pour le beurre, il faut le recouvrir d'eau pour l'isoler de l'air. Voici ce que j’ai trouvé : « il faut trouver un bol non poreux avec un couvercle qui puisse contenir largement la quantité que l'on consomme habituellement sur une à deux semaines. Laisser le beurre fondre de lui-même dans le bol, ou l'aider un peu en le tassant (attention il ne doit pas rester d’air dans le beurre).Uniformiser la surface, nettoyer soigneusement le bord du bol et recouvrir d'au moins un centimètre d'eau fraîche. Changer l’au au moins une fois tous les deux jours.
On peut puiser le beurre, qui est mou, bien sûr, directement dans l'eau, ou jeter l'eau qu'on remplacera rapidement ensuite. Ainsi le beurre se conserve sans problème deux à trois semaines, suivant la température ambiante. »

Le beurre salé se conserve mieux que le beurre doux.
Pour en conserver en grande quantité, on peut le mettre dans des bocaux en verre étanche (pots de confitures). On met un peu d'eau de mer dans le fond du pot et on tasse le beurre à l'intérieur. On recouvre ensuite d'eau de mer, celle-ci remplit ainsi les poches d'air et évite que le beurre ne devienne rance, et on ferme le bocal. De cette façon, on doit pouvoir conserver le beurre de nombreuses semaines.

Bon, j’espère que ça te donnera des idées !

Gros bisous

Elvire

MARIE BE a dit…

Yeah !!! C'est la nouvelle année : alors bonne année 2009 les gars...mmh ! Elle commence plutôt bien pour vous 2 ! Zavez bien raison, profitez-en...nous, les terriens, j'crois qu'on en profite aussi..ah ! oui ! la Barbade, ca fait rêver en plein hiver métropolitain !!! Allez à plus Bises Marie-Bé

Aude a dit…

Hello à toutes les 3 !
Et Merveilleuse année 2009 à vous aussi :)
Vivi : mille mercis pour tes recherches, je m'en vais expérimenter tes trucs de ce pas (surtout pour le beurre qui fond à une de ces vitesses dans sa barquette !)