4 octobre 2008

Le mouillage de Gibraltar

Il est 19h30, le ciel s’est assombri. Le Rocher, entouré de cargos à l’arrêt, se découpe sur des cumulus noirs. La mer est anarchique et fortement houleuse, il fait froid et l’humidité de l’air imprègne tout.

C’est donc ici, sur ce morceau de caillou qui se dresse entre l’Atlantique et la Méditerranée, que les Anglais ont choisi d’élire domicile et se sont massés là, sur cette minuscule enclave en territoire espagnol, telles des moules sur un rocher. Position stratégique absolue de contrôle de l’entrée dans la Petite Bleue s’il en est, il n’en demeure pas moins que l’endroit est laid et tout à fait inhospitalier. Alors que nous ne sommes plus qu’à quelques mètres des fameuses « Colonnes d’Hercule », un bateau-pilote s’approche de nous. A bord, les hommes de l’équipage agitent leurs bras et nous crient quelque chose en anglais. Ils se rapprochent, mais nous ne comprenons toujours pas clairement le sens exact de leurs propos. Ce qui est sûr, c’est qu’ils nous somment de ne pas continuer dans cette direction et nous indiquent de les suivre. J’ai cru entendre « strand of sand » (= banc de sable), mais je n’en suis pas tout à fait sûre. Nous suivons donc le pilote qui, une fois le cap et le phare dépassés, prend congé et nous adresse un salut cordial. Nous les remercions le plus chaleureusement que nous pouvons par de grands gestes reconnaissants.

Nous avions lu, sur une page Internet écrite par Banik à propos de Gibraltar, qu’une zone de mouillage se situait près de la piste de l’aéroport. Bien que la nuit commence à tomber, nous nous dirigeons dans cette direction. Pour autant, le zigzag entre les cargos n’est pas de tout repos. Soudain, alors que je suis à la barre, le sondeur se met à afficher une profondeur de 11 mètres (alors que nous étions à plus de 100 mètres de fond quelques mètres seulement auparavant) allant décroissant, jusqu’à atteindre 5, puis 4 mètres… Vite, nous virons de bord en nous disant qu’il s’agit peut-être d’un autre banc de sable (même si l’on se trouve en plein milieu de la baie). La nuit est maintenant presque là et nous sommes inquiets. Nous décidons alors, par sécurité, de rejoindre le port, devant la difficulté de trouver l’aire de mouillage.

Le port de Gibraltar se situe le long du Rocher, côté ouest, mais les espaces réservés aux pontons de plaisance sont très restreints. Nous entrons par l’entrée nord du port. L’intérieur est immense, avec des quais de commerce, mais point de marina en vue. Nous poursuivons plus avant et finissons par apercevoir quelques mâts. Il y a effectivement une minuscule marina coincée entre deux zones industrielles, mais elle ne semble pas correspondre à celle indiquée sur la carte. De plus, l’entrée est fort étroite, passage de 10 mètres de large entre deux immeubles. Un écriteau indique de contacter la capitainerie par VHF canal 71. Je m’exécute, mais nous n’obtenons pas de réponse. Nous entrons alors lentement, à la recherche d’une place libre. Puis nous apercevons au bout d’un ponton un type qui nous fait signe. On s’approche. Il est mécontent, dit en anglais nous observer depuis un quart d’heure et n’avoir rien entendu à la radio. Je lui affirme que j’ai essayé, mais que nous n’avons pas eu de retour de leur part. En tout cas, il nous informe, se radoucissant en voyant nos mines lasses, qu’ils n’ont plus de place au port central, et qu’il nous faut aller plus au nord, à environ 1 mille, dans une marina qui s’appelle « Marina Bay ». Il semble dire également qu’il y a aussi, dans ce coin, une zone de mouillage. Nous le remercions pour son fair-play puis rebroussons chemin.

Il est 22 heures et cela va faire plus de deux heures que nous avons atteint la baie de Gibraltar. Nous avançons vers le nord en zigzagant à nouveau entre les mastodontes d’acier endormis. Nous commençons à ressentir la fatigue mais surtout, l’inquiétude est toujours prégnante de ne pas trouver de marina ou de mouillage. Nous avançons sur 1,5 milles en suivant la côte, mais rien : aucun mât de bateau, aucun feu de mouillage à l’horizon. Seulement des quais industriels bétonnés et des buildings commerciaux. Finalement, à force de chercher, je finis par repérer Marina Bay sur l’une des cartes du Bloc Marine (alors que MaxSea n’indiquait pas le nom des marinas). Nous retournons à nouveau sur nos pas. C’est à proximité de la piste d’aéroport, alors que nous avons en ligne de mire les feux d’entrée de Marina Bay, que nous distinguons dans la pénombre la silhouette d’un voilier à l’arrêt. Nous nous rapprochons, puis en apercevons un autre, puis un autre… Voilà donc l’aire de mouillage ! En effet les fonds par ici s’échelonnent entre 2 et 6 mètres. Sauvés, nous mouillons l’ancre avec un grand soupir de soulagement. De jour, nous les aurions distingués sans problème, ces voiliers, mais de nuit, la tâche était impossible, sauf à tomber dessus par hasard : sur les 25 bateaux de voyage postés là, aucun ou presque n’avait de feu de mouillage visible !

Pour faciliter la vie à d’autres aventuriers qui auraient la bonne idée d’arriver à Gibraltar de nuit, nous joignons ici une petite carte indiquant où l’on peut mouiller.

Quant à nous, nous aurons passé une nuit en définitive agitée, mais plus en raison de l’appréhension du trajet à venir pour le lendemain (la traversée du détroit) plutôt que d’une mauvaise mer car le mouillage s’est avéré très calme et bien abrité.

3 Responses:

Elvire a dit…

c'est fou comme elle est flippante cette photo... En plus de vos talents littéraires, vous êtes photographe! Il va être publiable ce blog :)

c0rle0ne a dit…

palpitant!!!!

Nico a dit…

Il était trop bon ce post, on était pris dedans, je flippais pour vous.