15 octobre 2008

Petit tour dans Essaouira...

Nous sommes toujours à Essaouira. Il y a pas mal de vent depuis deux jours, force 5 à 6 mais au large, ça atteint les 7 Beaufort. Nous avions prévu de partir hier mais le « Département de la météo d’Essaouira » (i.e. un monsieur moustachu assis derrière un vieux bureau en formica posé sur un champ de gravats dans une grande pièce toute vide au milieu d’un bâtiment en réfaction) nous a conseillé d’attendre 48 heures. Ce n’est pas grave, nous sommes bien ici. C’est aussi l’occasion de vous faire faire un tour de la ville. Tom a assuré la couverture de Essaouira-by-night avec de remarquables photos, je me suis donc chargée de photographier Essaouira-le-jour pour ce billet (sauf, ave Cesar, le terrible cliché de la tour). Allez venez, on y va !

D’abord un coup d’œil panoramique sur la baie, dès lors que l’on passe la tête par la descente de Grégal qui est toujours au mouillage. La plage de sable est déserte et s’étire sur un bon kilomètre. En fond, peu de bâtiments, puis très vite un paysage de collines pelées. Quelques windsurfeurs qui n’ont pas froid. A droite, l’ouverture sur l’Atlantique. Il y a à l’entrée de la baie deux petites îles étirées qui découpent leur silhouette noire sur fond de ciel blanchi. Puis on monte dans l’annexe. Le clapot est toujours un peu gênant quand on se dirige vers le port : avec ce vent qui arrive des terres, les éclaboussures viennent à tous les coups vous rafraîchir les genoux. On attache le dinghy au quai, entre le zodiac noir dégonflé de la gendarmerie nationale et le vieux rafiot de sauvetage en mer peint en rouge, qui ne sort pas beaucoup semble-t-il. Les pêcheurs s’activent toute la journée sur ces chalutiers d’un autre temps en bois écaillé. Ils sont si nombreux, ces bateaux, entassés dans le minuscule port pas plus grand qu’une place de village, qu’on se demande comment ils tiennent tous. Les mouettes sont là et veillent au grain. Faudrait pas qu’une sardine évadée d’un filet leur échappe. Elles jacassent à tout crin et leurs cris se perdent au-delà des murs de la médina. On remonte du quai par une passerelle en bois. Il faut éviter les lourds cordages qui pendent ça et là. Lassen, le petit gars-à-tout faire du port, nous nous aperçoit et nous gratifie de son habituel « Hé-mon-ami ! ça va ? » avec un signe de la main. En longeant le bassin du port, on passe devant le restaurant « Chez Sam ». La devanture peinte en bleu est proprette mais il paraît que l’on y mange mal pour bien cher. Dans le bassin, près d’une vingtaine de petites barques bleues sont amarrées, prêtes à aller relayer celles déjà en mer. Ce sont les sardiniers. Au retour de la pêche, les travailleurs sortent les cageots et vendent le poisson à même le sol, à des prix dérisoires. Ça pue le poisson en décomposition, qui se mêle aux odeurs d’épices qui arrivent de la ville. Ça et là, des ouvriers rafistolent les bateaux en bois ou reprisent les filets.

Pour entrer dans la médina, on passe par une vieille porte fortifiée qui date du 18e siècle. Il y a à droite et à gauche de la muraille deux tours carrées de style Vauban (apprendrais-je), avec des petites tourelles aux quatre angles, les mêmes que celles du château de Salses près de Perpignan. La porte passée, on arrive au marché aux poissons. Les pêcheurs y vendent le poisson frais aux locaux ou aux touristes. Bien sûr dans ce dernier cas, le prix est le double. C’est un peu la cohue. Il y a des types qui passent en poussant des charrettes en bois, chargées de diverses provisions. Avec l’incessant balai des mouettes au dessus de nos têtes, on a toujours peur de se prendre une fiente inopinée. De l’autre côté du parapet, la plage et ses rochers, et ses couples d’amoureux qui déambulent. Sur le parapet, les pêcheurs qui vident le poisson qui a été acheté. Juste à côté, des petits stands en toile rayée bleue et blanche, qui s’appellent « La Rochelle » ou « Ouessant ». C’est là que l’on peut s’attabler et où l’on sert le poisson tout juste grillé au barbecue devant vos yeux. C’est « L’Association des grilleurs de poisson » qui s’en charge. On peut choisir la boutique que l’on veut, mais les prix sont fixés et sont partout les mêmes.

En continuant, une immense place pavée, baignée de lumière. C’est la place Moulay Assan, la place centrale. En bordure de la place, on trouve des bars et cafés essentiellement prisés par les touristes. Devant, on aperçoit le minaret de l’une des nombreuses mosquées de la médina. A midi, les hauts-parleurs grésillent et on entend le chant du muezzin. En prenant tout de suite à droite, on entre dans le dédale des ruelles qui se croisent, perpendiculaires, en un savant assemblage. On passe devant la pâtisserie « Chez Driss », celle qui doit faire le plus gros chiffre d’affaire vu sa localisation, mais en cherchant on trouve dans la médina de nombreuses autres petites boutiques qui vendent aussi des gâteaux, avec des vitrines certes moins attirantes. La rue principale c’est la rue Sidi Mohammed Ben Abdellah. Tout le long, on trouve des échoppes pour touristes, proposant pêle-mêle articles en cuir, sacs et paniers, poteries et plats à tajine, lunettes de contrefaçon Dior ou Gucci, bijoux berbères ou non - mais certifiés en argent massif dans tous les cas - avec ça et là des pressings, des kiosques à journaux, des petits troquets à sandwiches (ici, c’est charwarma poulet-fromage dans une galette roulée sinon rien !). La rue est toujours en effervescence. Les touristes vont et viennent en short et tatanes, les vendeurs essayent de racoler le client : «Français ? Deutsch ? Berbère ? » (nb : malgré ses boucles décolorées, on a quand même fait le coup du "berbère" à Tom). Au coin de ruelles plus obscures, des rastas déguingandés et souriants te proposent du « hash ou de l’opium ». En prenant à droite, dans l’une des rues perpendiculaire, on trouve l’un des les Bain Douches de la ville, tout au bout d’une allée encombrée de tapis colorés. C’est là où nous allons prendre notre douche chaude, quotidienne pour un euro. Les cabines de douche individuelles sont très propres et carrelées de rose et de beige, imitation marbre, mais le sol dans le couloir mal éclairé, c’est du béton brut.

En sortant, si on tourne encore à droite, on arrive sur la grande artère parallèle à l’avenue Sidi Mohammed. Elle est très large, bordée de palmiers et de plusieurs hôtels qui ont dû jadis faire la fierté de la ville. Aujourd’hui, le crépi part en miettes mais le charme est toujours là. Ensuite, il faut passer une première porte, et on arrive dans le quartier des petits bazars qui vendent des articles de cuisine et plastique et des sacs en osier. Sur le côté, le cyber où l’on est allés régulièrement depuis notre arrivée. Il se trouve au deuxième étage d’un bâtiment défraîchi, et l’accueil est des plus chaleureux même si les vieux PC plantent plusieurs fois par heure. En continuant sur l’avenue, on passe une deuxième porte. Là commencent les quartiers populaires de la médina, où l’on trouve les marchés pour la nourriture. Au fur et à mesure que l’on s’éloigne, la proportion de touristes diminue. Il y a les bouchers, qui suspendent les carcasses de viande au dessus de leur comptoir, ou bien alignent les poulets sur un fil. Les mouches volettent tout autour. Ici, une bonne côte de bœuf de 500 grammes vous coûtera 3 euros. Plus loin, les vendeurs de fruits et légumes. On trouve des courgettes, des aubergines, des patates douces, de très belles tomates, des haricots verts et des petits pois, des bananes, des coings. Les oranges ne sont pas très colorées, elles tirent sur le vert, mais ça ne les empêche pas d’être douces et juteuses. Si on tourne à gauche, on arrive dans des marchés couverts, sur de la terre battue, où là c’est certain vous ne verrez pas un touriste. On y trouve encore fruits, légumes, poulaillers. Il y a des vieux qui vendent des œufs assis par terre. Il vous les servent dans des sacs en plastique. Il y a aussi des mamas qui vendent des bouquets de menthe fraîche, de persil ou de coriandre, pour un dirham pièce (dix centimes d’euro). Avec tout ce petit monde, c'est le langage des mains qui prévaut. Ce que je préfère, ce sont les étals de fruits secs : véritables cascades de dattes, abricots secs, amandes, graines de sésame en plusieurs qualités et calibres, et on ne sait jamais lesquels choisir. Derrière le souk des légumes, le marché aux poissons et aux épices. Ici le poisson est étalé sur des planches en bois ou présenté à même le sol, le chats se promènent avec des têtes de sardine dans la gueule. Le poisson ici est moins frais que sur le port : il sent fort. Les poissons, entassés et visqueux, sont tous mous et semblent avoir dépassé la date de péremption. Le souk à épices est plus chatoyant. Des pyramides d’épices se dressent, parfaites, devant les bocaux. Un vendeur m’a cependant expliqué que ce n’est que pour la déco. On trouve du ras al hanout avec jusqu’à vingt-cinq épices différentes. Sinon, cardamome, thé à la menthe, poivre noir, piment, curry, sont toujours présents. On voit aussi les produits issus de la culture berbère : rouge à lèvre traditionnel dans des pots en terre cuite, plante à cure-dents, pierre d’alun, « plante pour maigrir », « plante pour grossir »…

En revenant sur nos pas, on peut prendre n’importe quelle ruelle à droite. Si on continue tout droit, on arrive dans les quartiers ouest de la médina, à mon sens les plus beaux. Ici les allées sont tranquilles. L’une des rues les plus connues est « La Skala », étroite ruelle longeant la muraille qui la protège des assauts de l’océan. Au bout de la Skala, on peut monter sur les remparts. C’est là que Tom a fait beaucoup de photos de nuit. On longe un vaste surplomb où sont alignés des canons. Entre chaque créneau de la muraille, on a une vue imprenable sur l’océan. Les vagues se fracassent avec violence sur les rochers en bas. Au loin, on voit toujours une barque ou un chalutier à la pêche. Les locaux se retrouvent là pour discuter, assis sur les murets. En bas de la skala, sur les pavés, on trouve les boutiques des artisans les plus talentueux de la ville. Derrière les portes en bois, sous les voûtes, ils exposent leur marqueterie en bois de tuya (d’une remarquable précision et finesse), si bien polies qu’on peut voir son reflet dans chaque pièce. Il y a aussi les tisserands, qui confectionnent sur des métiers à tisser manuels de splendides étoles, couvertures et foulards, en coton et soie de cactus. Les couleurs sont éblouissantes. Ici, les vendeurs sont moins insistants. Ils causent volontiers de leur savoir-faire sans essayer de vous vendre quelque chose à tout prix.

Quand vient le soir, on peut se réchauffer avec un thé à la menthe et tester l’un des multiples restaurants de la ville. Pas toujours évident de faire son choix mais le traditionnel menu à 50 dirhams (5 euros) salade marocaine – tajine de poulet au citron confit – salade d’oranges à la cannelle remporte un vif succès. Ah… Essaouira va nous manquer…

11 Responses:

c0rle0ne a dit…

Merci aude pour cette visite guidé! agrémenté de magnifique photos (superbe couleurs).
Ah!! ca me rappel tellement de souvenir, c est tellement bien ecrit que j'ai l'impression dy être a nouveau :)
faite gaffe si vous voyer un mec tapé sur quelques chose dans une pieces noir en marchant ds les rues, il se pourrait que ce soit un mec découpang une tete de mouton! j'avais fait cette écoeurante rencontre :) lol
et sinon! bon jespère que vous avez goutez les pastilla quand meme!!! non mais!!!
Ce que je kiff trop aussi la bas c est lorsqu'il sorte les caisses de poisson des bateaux de peches, c est magnifique et impressionnant! les caisses passe de main en main!

Biz a tous les 2!!! et merci pour ce magnifique récit!!!!

Ps : ça doit être le coté white nigga de tom qui le fait passé pour un berbère ;) n'est ce pas l'ami? lool

Thierry a dit…

Hola!

C'est de nouveau Thierry, j'vous avais mis un commentaire il y a quelques semaines.
Votre blog est terrible, avec les vidéos on est vraiment dedans! J'adore celle dans le "Ponente"!!!

Juste une 'tite question, vous avez mis combien de temps pour faire Gibraltar -> Essaouira? Et vous avez eu quel temps?

Bien noté le mouillage de Gibraltar, j'ai regardé sur Google Earth et on voit les voiliers exactement là où vous avez mouillés!!

Bon vent et au plaisir de vous lire!!

Thierry

Cécile a dit…

super la visite guidée. Ca donne envie de partir, mais en ce qui concerne c'est d'autres cieux qui m'attendent... :)
bises
Cec

Perrine a dit…

Merci pour ce récit si précis... on a vraiment l'impression d'y être et même de découvrir quelques coins qui nous avaient échappé. On sent presque les odeurs d'épices, des patisseries, du souk, et des sardines! .... à l'heure qu'il est vous avez certainement du reprendre la mer: alors bon vent au Gazou et à la Gazelle!!! ;-)

genny a dit…

Bientôt les Canaries...

Avez-vous bien consulté les pilot charts ? il paraît que le meilleurs moment pour traverser ensuite des Canaries aux Antilles serait entre la mi et la fin novembre , et vers le Sud? et encore, ça dépend des années ...
alors..une fois aux Canaries, ne soyez pas trop pressés, les vents sur l'Atlantique sont paraît-il encore très instables ...et faites nous écouvrir l'archipel !!!! qu'on rêve un peu nous aussi (magnifiques, les photos et les textes du Maroc ! )
Enormes bisous,
G.B , soucieux(se)

Tom a dit…

Salut Thierry,
Nous avons mis 3.5 jours pour rejoindre Essaouira. Avec 20/25 noeuds autour de Gibraltar puis le vent a molli sur le reste du trajet (entre 5 et 15 noeuds). Nous avons donc fait tourner le moteur 1/3 du voyage. Beau temps tout du long. A+ !

Aude a dit…

Salut Alber et Perrine ! On reconnait les afficionados du coin ! On n'a pas gouté de pastilla parcequ'on est hors saison et ce qui est à l'affiche des menus est rarement disponible !
Bises à vous,
++
Aude

Bob a dit…

Bravo pour votre blog que je découvre.
J'ai quelques questions à vous poser concernant la préparation de Grégal et votre transatlantique.

Est-il possible d'avoir une adresse mail.

robert vinocour

a dit…

C'est comme si je connaissais Essaouira!Merci pour les yeux, les papilles et l'émotion... Aude-poète merci, et bonne suite à tous deux. Mâ

gregalfan a dit…

Il y a toujours une bonne raison pour retarder son départ d'une escale sympa; Ulysse a morfondu de chagrin sa Pénélope ; il est tellement plus agréable de ceder au plaisir de contempler son bateau au mouillage d'une terrasse (la mer est ronde JF Deniau) protégée de vent, en sirotant un petit the a la menthe.Tout est bon pour ne pas dérader: les dernières courses indispensables quand les échopes sont fermées, le coup de vent qui devrait arriver, le bureau de port qui est fermé et le telephone qui est en panne.
Mais les hardi marins ne visent que l'horizon qui cache leur futures escales. Ils ne s'attardent pas aux racontars inquiétant des terriens: ils partent. il est toujours possible de partir pour "tester" la mer et le vent.; si ça ne va pas le retour dans un havre connu est rapide et on ne regrette rien.
Bon vent

gralfan

Tom a dit…

¡ Yey !
Un grand Salut a tous de Graciosa ! Super de lire toutes ces contributions ! Daniel c'est toujours un plaisir de lire tes messages !

Bonjour Robert, mon adresse email est: fredericdesmoulins at gmail.com