4 novembre 2008

Bilan à 3 mois

Voilà ! Cela va faire 3 mois que nous vivons en mer sur notre bon vieux Grégal. L'occasion de faire un point sur ce que l'on a remarqué et sur ce qui a évolué au cours du voyage...

1) Etat d'esprit de l'équipage : le capitaine, comme le mousse, sont BEAUCOUP plus détendus. Rien à voir avec les angoisses des premiers mouillages ou des premiers coups de vent ! Sur la vie en traversée, le capitaine se révèle un vieux loup de mer qui se délecte du temps lent et tranquille et de la mer qui défile, occupe son temps à bricoler, à pêcher et à régler les voiles pour optimiser la navigation. Le mousse se plaint un peu plus de ne pas arriver à s'occuper comme il voudrait, parce que ça gîte et ça secoue parfois, mais avec la pratique, son amarinage lui permet d'éviter le mal de mer. Le mousse se demande comment vont être les traversées plus longues, et s'il ne va pas trouver le temps long, alors que le capitaine piaffe d'impatience. Une constante commune : l'équipage se ravit à chaque fois de découvrir une nouvelle escale ou de sortir le bateau dans de belles conditions pour des navigations agréables et sportives où l'on voit tout le potentiel du Grégal régatier pas encore à la retraite !

2) Apprentissage du mousse : Le mousse (on peut dire l'équipière peut-être maintenant, hein) a progressé : il sait envoyer les voiles, les affaler / enrouler, barrer dans des conditions de vent diverses, manœuvrer au mouillage (mais pas encore dans les ports : la preuve, sa dernière tentative pour se garer à Marina Rubicon a bien failli aboutir à la destruction d'une barcasse amarrée sur la place où Grégal devait se parquer), cuisiner en mer, télécharger un fichier Grib, faire une route sur Maxsea, opérer une veille active de jour et repérer le sens de marche des cargos la nuit. En revanche, l'équipière-mousse reste toujours tête en l'air (décidément, la vigilance dont on doit faire montre à chaque instant sur un bateau est épuisante), et se met parfois à confondre le sens du vent ou sa gauche et sa droite.

3) Compétences du capitaine : La rigueur du capitaine et ses compétences de marin sont en revanche confirmées haut la main : repérage, identification et réparations des soucis matériels et mécaniques divers, oeil aiguisé en mer tant au niveau des conditions de vent que de sécurité, manoeuvres de port fluides et mouillages réfléchis, surveillance de route pointue et veille permanente sur tout ce qui pourrait clocher sur Grégal comme sur la mer alentour.

4) Comportement du bateau : malgré ses 32 ans bien frappés, Grégal continue de naviguer fièrement. Il remonte très bien au près, ce qui est une merveille à constater, mais il roule au portant, ce qui n'est pas toujours très agréable si une bonne houle est là pour le ballotter un peu plus. Le jeu de voiles à disposition nous a permis d'expérimenter tout un tas de configurations, du spi léger au spi plus résistant en passant par les focs jumeaux ou le génois tangonnés. Le vieux moteur hors-bord Yamaha Malta ne nous a fait aucune crasse et continue de démarrer au quart de tour. Il n'y a pas à dire : c'est le luxe d'avoir un moteur sur l'annexe ! Le vieux Volvo inboard, quant à lui, tourne comme une horloge depuis qu'on a réparé son tuyau d'alimentation. Nous avons également renvoyé le tuyau de l'anti-syphon du moteur dans le cockpit et les calles sont désormais saines. Côté aménagements intérieurs, nous sommes ravis du WC marin et du coin toilette, ou de l'évier avec ses deux pompes eau douce - eau de mer qu'on a posé (même si cela tient parfois de l'effort athlétique de pomper pour faire une vaisselle à la gîte). Grégal est confortable et l'on s'y sent bien même s'il n'est pas très vaste. Tout le monde nous a complimenté sur les boiseries et les vernis qui lui donnent un petit air de vieux pub irlandais. En revanche, les matelas du lit sont un peu fins et nous cassent le dos à la longue. Mais on ne peut pas tout avoir...

5) Les haltes dans les ports : l'équipage est unanimement efficace pour le ravitaillement tous azimuts dans les marinas et ce en un temps record. Parallèlement, l'équipage a bien moins souvent besoin d'aller dans ces mêmes ports et peut désormais gérer ses ressources pendant plusieurs semaines d'affilée (notamment l'eau douce, même si cela lui vaut quelques jours de cheveux gras).

6) La pêche : l'équipage, grâce à son matériel de compétition, sait pêcher un poisson à chaque navigation, ce qui impressionne toujours les bateaux rencontrés qui, eux, ne pêchent qu'à la poissonnerie.

7) La météo : le système des gribs avec l'Iridium se révèle efficace et a permis de prendre la mer à chaque fois dans les conditions attendues, sans se faire surprendre (mais toujours en prévoyant un bon 20% de marge sécuritaire de force de vent en plus que celle annoncée). Cela dit, l'équipage relève que passé le mois d'août et la pointe ouest de la Sardaigne, il a dû ranger ses tongs et ses maillots de bain au placard, car le climat a davantage tenu de la mi-saison et du frais de l'automne que de la clémence de l'été. C'est là qu'on a été content d'avoir judicieusement emporté (en quantités) pulls en laine, coupes-vents, baskets et chaussettes, voire même chapeaux, parce que par exemple sur la côte sud de l'Espagne au mois de septembre-octobre il faisait moins de 15°C ! Même au Maroc et ici aux Canaries, on ne se baigne pas, car la mer est bien fraîche ! La dernière fois que le mousse a été nager dans l'eau, c'était début septembre à Propriano !!! (Bon, dommage pour lui, le capitaine doit régulièrement se coller aux baignades froides pour aller vérifier la tenue de l'ancre au mouillage...).

8) La vie sans frigo : l'équipage s'en sort très bien sans frigo (cela fera l'objet d'un billet à part entière) et se débrouille toujours pour avoir un bel approvisionnement de fruits et légumes frais. Avec ses dizaines de livres de cuisine, le mousse vire au cordon-bleu du réchaud à cardan, et cela permet de sortir du bolino-maquereaux - pâtes à la tomate.

9) La sympathie de l'équipage : l'équipage sait se montrer affable, souriant, et toujours prêt à offrir l'apéro aux bateaux-copains (friend ships :).

10) Le mot de la fin : l'équipage se dit qu'il a bien fait de se lancer dans l'aventure car même dans les moments pénibles (par exemple barrer sous la pluie par 12°C avec le ponente dans le nez) et si son compte en banque amorce une chute libre, le jeu en vaut la chandelle !

5 Responses:

Fanny a dit…

Salut à vous 2!

Cela fait déjà 3 mois que votre aventure a commencé et que je la suis sur ce magnifique blog mais je n'ai jamais posté. Alors je profite de cet "anniversaire" pour le faire. Je suis ravie de constater tous les progrès effectués mais surtout de voir à quel point vous vous régalez et qu'en plus ce n'est pas fini!
Alos bonne continuation et à bientôt avec plein de nouveaux billets!

Fanny

Elvire a dit…

Mousse parait en effet un peu restrictif au vu de ton apprentissage éclair de la navigation ! Ou alors "mousse senior" ou "chef de projet mousse", comme les consultants :)
Allez, t'as plus qu'a prendre deux "bateaux stupeurs" et tu pourra te qualifier de "Mousse chef d'équipe"!
En définitive, je préfère l'appellation de la cultisme série Star Trek: Number One, qui est l'appellation donné au second du capitaine Picard (pour les initiés).
Bon vent donc Number One, et bonjour au Capitaine

bizzz

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njoub a dit…

T'inquiète pas petit mousse ! Tu devrais bientôt passer l'ultime épreuve du capitaine, à savoir :

récupération de nuit d'un pare battage après s'être ennivré et arrosé de champagne.

Tu deviendras alors Mousse en chef. :)

eheh

bonne continuation à vous deux.
Et ne ridiculisez pas les fiers navigateurs du vendée globe... Les pauvres rentrent presque tous au port ! (yen a même un qui est rentré pour 'soucis informatique'.... !)

c0rle0ne a dit…

super post :)

lol sacré joub! tu m'as hotté les mots de la bouche pour le vendée globe :) Cependant je crois que le mec etait sous windows! ca n'arrivera jamais à Tom ca :)

Aude a dit…

Bon les gars, on a mis un coup de peinture blanche sur les voiles et pis on a collé des stickers Auchan histoire de passer inaperçu... Dès que le peloton du Vendée Globe approche on s'incruste. Après on a plus qu'à les gratter. :)

aude et tom