19 décembre 2008

Destination Antilles : J+14 : Rider on the Squall

Jeudi 18 décembre : Cette nuit, navigation variable avec alternance de passages à des allures très diverses (et même un moment de prés dixit Tom qui s'est pas mal amusé à régler les voiles), mais le gros du temps, la pétole domine et nous avançons donc au moteur. Nous restons vigilants et à la moindre risée, nous envoyons les voiles. Les grains se sont dissipés même si ils nous ont encore bien arrosés aujourd'hui. Loin des angoisses du début, Tom maintenant s'en réjouit : il les guette à l'horizon, attend la risée, se prépare dans le cockpit et, sous la pluie, regarde Grégal filer à nouveau à 6 nœuds en jubilant. Je l'ai surnommé '"Rider on the squall" (squall = grain). Puis il rentre et il est temps de manger. A ce moment, rien de tel qu'une bonne soupe maison pour revigorer les marins détrempés. A la vue de nos courgettes flétries et devant la disparition de la dernière tomate fraîche, les oignons sont les seuls vaillants à faire bonne figure et c'est un régal de pouvoir en profiter. Voici donc ma recette expresse de soupe à l'oignon, pas très sophistiquée mais qui nous a ravis ce soir :

Soupe à l'oignon (2 personnes)

- 4 ou 5 gros oignons jaunes
- 3 cuillères à soupe de farine
- 2 bouillons-cubes de poule
- poivre du moulin
- un morceau de gouda ou du gruyère râpé

Emincer les oignons en fines lamelles et les faire rissoler dans le fond de la cocotte-minute avec une noix de beurre ou de l'huile d'olive, jusqu'à ce qu'ils deviennent fondants et translucides (pendant environ 15 minutes). Ajouter ensuite la farine, remuer pour bien en enrober les oignons. Mouiller avec suffisamment d'eau pour remplir deux bons bols, incorporer les deux bouillons de poule. Poivrer généreusement. Ajouter le gouda en lamelles (traditionnellement, il faut faire gratiner la soupe au four, mais là avec le roulis et la houle, c'est mission impossible). Fermer la cocotte et au sifflement, cuire 10 minutes. Servir éventuellement avec des croutons de pain ou des biscottes.



Vendredi 19 au petit matin : je termine à 4 heures mon quart de nuit au moteur, mais Tom l'Artiste, qui prend la relève, parviendra à maîtriser une toute petite brise suffisante pour nous faire avancer à 4 nœuds. 8h30 GMT : je prend mon quart dans le spectacle du jour qui se lève sur un ciel clair. Seul un gros cumulus déverse sa pluie à l'horizon, avec l'irréelle apparition d'un long cargo se détachant sur le rideau de pluie. C'est le premier que j'aperçois depuis le début de la traversée. Mon optimisme me dit que c'est signe de bonne augure pour le reste de la route !

Midi GMT : les derniers cumulus se sont évaporés dans l'atmosphère, remplacés par de légers amas vaporeux qui flottent dans le ciel voilé. La température est plus agréable lorsque le soleil ne frappe pas directement. La mer est belle, juste ourlée de longues ondes de houle qui s'étirent en poussant Grégal mollement. La brise a faibli, nous avançons en moyenne à 3,5 nœuds sous un vent de Nord-Est qui ne doit pas dépasser le 3 Bft. Ce sont bien les effets attendus de la dépression qui se manifeste un peu plus au nord de notre route, mais au moins nous trouvons encore un souffle de vent pour avancer. Dans ces conditions, je crois bien que le spi se présente comme l'option la plus intéressante : nous verrons bien ce qu'en pensera le Capitaine à son réveil.

13h GMT : le Capitaine a acquiescé : le spi est en effet une bonne idée ! Pendant que je m'attelle à la réalisation de falafels issus d'une bonne boîte de pois chiches (à la fin d'une longue nav', il faut déployer des trésors d'imagination pour équilibrer les menus !), Tom hisse le grand spi bleu léger. Il nous permet d'avancer avec le petit souffle que nous offre ce début d'après-midi, mais vers 16h GMT, le vent tombe et la pétole sévit à nouveau. Nous affalons le spi et démarrons le moteur. Une fois le plein de 60 litres effectué, il nous reste encore 20 litres en jerrycan, ce qui nous procurera environ 30 heures de moteur en gardant une marge de sécurité de 10 heures. Nous le ferons tourner cette nuit si la brise se refuse à revenir. Il fait très chaud sous un soleil de plomb (35°C à l'ombre) et j'en profite pour faire une sieste à l'ombre de la grand voile, pendant que Tom laisse libre cours à ses talents de réalisateur, la mini-caméra au poing. Nous espérons que la pétole ne va pas durer plus de 2 jours, ce qui est annoncé par les fichiers météo.

19h30 GMT : Notre bon vieux génois reprend du service et nous repose les oreilles du vacarme du moteur. Il fait encore beau, et nous retrouvons l'ambiance du début de la transat' avec mer belle, petite vitesse et apéro au soleil en fin d'après-midi.
Nous sommes passés - laborieusement - sous la barre des 600 milles. Espérons arriver avant Noël, mais c'est plus une vue de l'esprit car nous avons ici à bord de quoi nous concocter un modeste dîner de réveillon :)

Notre position est : 13°36.5740 N  ;  051°52.8266 W. Vitesse moyenne : 3,55 nœuds. Cap : 280°.



3 Responses:

Nico a dit…

35° à l'ombre !! le pied.


Allez courage, la terre est bientôt là. Vous êtes super courageux d'afronter les élements et les tempetes. Vous vous en sortez comme des pros.

A la lecture du blog, on transpire d'enthousiasme pour vous et ca fait plaisir de voir votre optimisme.

Je suis impatient de pouvoir voir en action les talents de réalisateur de tom. J'espère que vous pourrez bientôt nous poster des petites vidéos.

Gros bisous à tous les 2.

gerald a dit…

et la pêche dans tout çà on ne parle plus que de spi génois tangon ,ou sont passés les thons, coryphènes ,requins ,calamars géants, voir cachalots.
vous nous faites bien revez,et si vous n'avez pas de vent,nous on se tape un mistral glacial à 100km/h depuis 10 jours alors PETOLE on en REVE
. bises à tous les deux

Elvire a dit…

On a presque envie de souffler sur l'écran pour vous faire avancer !
Bon courage: bientôt les vacances au soleil avec 12 heures de sommeil d'une traite !