20 décembre 2008

Destination Antilles : J+15

Samedi 20 décembre

2h30 GMT : La nuit est incroyablement noire et opaque, sans lune. L'absence totale de lumière crée une drôle d'impression, celle que le bateau qui file doucement à 4 nœuds en moyenne dans une brise inespérée se dérobe sous vos pieds, donnant une sensation diffuse de mal de mer (ce que l'on retrouve comme sensation en ski de nuit). Malgré le fait que les quarts de 3 heures (voire un peu plus en fonction de la forme de l'équipier de quart) soient à nouveau bien établis, sans être perturbés de manière intempestive par des coups de chien ou de mauvais grains, je ressens un peu plus la fatigue : probablement que dans le moments de relâche, le corps se rappelle à votre bon souvenir. L'idée d'une bonne nuit complète non interrompue me paraît de plus en plus désirable, sans doute bien plus en ce moment-même que la perspective de barboter dans les flots turquoises.

4h10 GMT : lever de lune spectaculaire et surréaliste : alors que je passe la tête dans le cockpit apparaît sur l'horizon, dans la nuit noire d'encre, une lumière orange flamboyante en forme de croissant. C'est tellement inhabituel que je me précipite sur le radar pour voir s'il ne s'agirait pas d'un cargo à moins de 200 mètres. Mais non, ouf ! A cette heure-ci, ça ne peut pas être le lever du soleil, il s'agit donc de la lune, une incroyable lune rousse incandescente qui se lève à travers les nuages. Splendide.

11h GMT : Depuis le lever du soleil, nous avons la chance de bénéficier d'un vent de secteur Nord-Est autour de 13 noeuds, ce qui est bien mieux que la pétole attendue. Cette nuit, nous n'aurons fait tourner le moteur que 3/4 d'heure, et c'est assez inespéré. Grégal navigue au travers, nous faisant renouer avec les joies de la force centrifuge provoquée par la gîte, mais il avance allégrement à une moyenne de 6 nœuds. La dépression mourante devrait être suivie, comme c'est coutume, de vents forts de secteur N-E soufflant jusqu'à 25 nœuds d'après le grib. Pour cette raison, le Capitaine a établi un plan B de route, qui nous amène en priorité vers l'île de la Barbade, la plus à l'est de l'archipel des petites Antilles (on est à 377 milles de la Barbade contre 525 milles de Grenade), et seule la météo au soir du 22/12 nous dira s'il est plus sage de faire escale sur Barbade ou de continuer. La mer est peu agitée et le ciel est couvert de cumulus grisâtres, laissant présager le passage de grains.

14h GMT : Contre toute attente, le vent s'est sérieusement renforcé, nous obligeant à prendre le troisième ris dans la grand voile et d'enrouler sérieusement le génois, ce pour soulager le pilote, décontenancé par les départs incessants au lof. Nous filons à une moyenne de plus de 6,5 nœuds, parfois 7, et c'est toujours ça de gagné sur le trajet. Intrigués par ce coup de vent, nous prenons la météo sur le coup des 15 heures GMT mais elle n'indique rien qui aille dans le sens d'un fraichissement avant le 22/12. Les derniers grains légers, se résumant à une pluie légère, se sont résorbés. Le soleil est à présent seul dans un ciel sans nuages, et en fin d'après-midi, la lumière est particulièrement belle.
Justifier
19h30 : Après une période de repos, lecture et loisirs, nous nous décidons à ranger un peu le carré et à remettre de l'ordre dans tout le bateau. C'est toujours mieux pour le moral que d'aborder une période de coup de vent avec un bateau nickel, ça repose les yeux et apaise l'esprit, plutôt que de patauger dans les bouteilles d'eau vides éparses, les cirés qui traînent au milieu de vêtements encore humides qui ont oublié de rejoindre le sac à linge sale, et la vaisselle qui s'amoncelle dans l'évier. Il nous reste 331 milles à parcourir pour atteindre la Barbade, et 479 pour Grenade. Nous ne nous sommes pas encore tout à fait décidés même si la perspective d'arriver un jour plus tôt est très séduisante. Notre vitesse moyenne est de 5,7 nœuds, notre cap 292°. Notre position : 13°27.4136 N ; 053°52.1809 W.




2 Responses:

a dit…

La fatigue se fait sentir! Bientôt le bout!Je souffle dans vos voiles.Biz Mâ

Perrine a dit…

Ahhh, on voudrait tellement vous donner une petite pich'nette à travers l'écran pour vous pousser vers la terre ferme.
Encore quelques efforts avant de pouvoir savourer pleinement cette traversée.
Je vous envoie plein de bonne énergie! Bises à vous deux!