11 décembre 2008

Destination Antilles : J+6

La Providence sait mieux que personne souffler le chaud et le froid. Ainsi hier avons-nous eu une magnifique journée. Malgré le peu de vent qui sévissait toujours, nous avons pu couper le moteur en début de matinée et envoyer le spi léger. Profitant de manière optimale de la toute petite brise, nous avancions tout de même à 4,5 nœuds en moyenne (pas mal avec seulement 4 nœuds de vent !). La mer était belle et, reposés par tant de douceur de vivre (des crêpes à midi, une sieste à l’ombre l’après-midi et un ti-punch Cap-Verdien à l’apéro), nous nous disions qu’une transat’, c’est que du bonheur et de la tranquillité. Erreur !

Aujourd’hui l’ordre des choses s’est inversé. Cela a commencé pour moi par une mauvaise nuit à lutter contre la fatigue pendant mes quarts, puis ça a continué le matin : alors que Tom dormait, le pilote s’est mis à bugger (comme il le fait souvent : il bipe, s’arrête, et le bateau va alors où bon lui semble). En principe, on l’éteint et on le rallume et ça repart. Sauf que sous spi, pas possible de s’en sortir si on ne se précipite pas sur la barre de suite. Or, le temps de latence que j’avais utilisé pour tenter de rallumer le pilote a été fatal : le spi s’est enroulé autour de l’étai. Tom a été réveillé en sursaut et on a mis plus d’une heure à le démêler puis à le renvoyer. Deuxième pépin : c’est à ce moment-là qu’on s’est aperçu qu’on avait  perdu le sac à spi (c’est moi qui avait envoyé le spi et j’avais omis de récupérer le sac, (mal) attaché au balcon avant !), ce qui m’a inspiré une comptine qui s’intitule « J’ai perdu le sac à spi » :

J’ai perdu le sac à spi

J’ai perdu le sac à spi
Il était mal accroché
J’ai perdu le sac à spi
Je me suis fait engueuler.

Au moment de ramener
Le spi bleu tout enroulé
Devant autour de l’étai
Le sac s’était envolé !

J’ai dit « J’en fabriquerai
Un nouveau tout coloré »
Le capitaine m’a jeté
Un regard très courroucé :

Il a dit « Faut réviser
Les nœuds ça peut pas durer »
J’ai perdu le sac à spi
Et j’en suis bien désolée !

Enfin, cet après-midi, nous décidons d’empanner sous spi, car notre cap dérive trop vers le nord. Etait-ce la fatigue ? Nous foirons la manœuvre, et nous trouvons contraints de rentrer le spi un peu n’importe comment en l’enfournant par le hublot, faute de sac. Le capitaine est hors de lui (je suis persuadé que son quart de sommeil matinal écourté y est pour quelque chose). Il hurle (pour de vrai !!! :) en pestant contre ce maudit bateau et accessoirement, contre son Number One, seul témoin de notre infortune. Finalement, nous envoyons les deux voiles d’avant. Le vent a forci entre-temps (il est d’environ 15-20 nœuds de secteur Est en cette fin d’après-midi) et c’est mieux comme ça, on peut voir venir la nuit tranquille. On suit toujours notre cap 281°W. L’estomac creux depuis le matin, une bonne assiette de spaghettis olio et aglio nous retape le moral. Le capitaine retrouve sa sérénité. Il se prend même d’affection pour ma comptine qu’il recopie lui-même consciencieusement sur l’ordi. Comme quoi, mes stratagèmes de subversion sont imparables :) Le capitaine est toutefois inquiet, qu’avec mes idioties, je lui taille sur le blog une réputation de gougnafier. Du coup, il promet de ne plus s’emporter.

Moralité : en transat’, même une fois les quarts bien établis et la routine de bord en place, ne pas sous-estimer la sensation de fatigue : elle est belle et bien présente et, même paraissant endormie, elle ressurgit avec d’autant plus de véhémence dès que quelque manœuvre se met à mal tourner. Nous en prenons bonne note en décidant de faire au moins une courte sieste chacun chaque après-midi.


6 Responses:

c0rle0ne a dit…

c'est ta fiction qui vous a porté la poisse :) tu l'as vraiment énervé le captain la :) alalala! le bougre :)
heureusement qu'il pardonne... :)
j'en sais quelque choses. lol

Nico a dit…

Ta license Tom... Ta license... (Cf. les bronzés)

Kim a dit…

Mais qu'est-ce-que c'est que cet affreux capitaine négrier ?!?
A la flotte le petit Staline des alizés !!!

Ouais, mutinerie !!!

Une grosse bise à vous deux, ne vous inquiétez pas, on ne croit qu'à moitié au jeu de la victime et du bourreau :p

gérald a dit…

tu es une petite futée,tu perds le sac du spi,et tu embrouilles le capitaine (qui n'a pas l'air trés féroce)

Léa a dit…

Une longue expérience du bateau me fait dire que l'équipière, la moussaillonne, n'a qu'un seul prénom : "EXUTOIRE", mais c'était dans les temps anciens et toute ressemblance avec une histoire récente est fortuite. Aude, la Ligue des Exutoires des Mers te soutient et t'offre une adhésion gratuite. Kissous. Léa

Perrine a dit…

Aaaah, Aude, tu as quand même réussi à l'énerver ton Cap'taine, ;)