2 décembre 2008

Santo Antao : l'Île aux montagnes

Depuis Mindelo, nous apercevons au loin l'île de Santo Antao dont les hautes montagnes se détachent sur fond de brume. En furetant dans les guides touristiques du Cap Vert (que l'on trouve en nombre et en plusieurs langues au Centre Culturel juste à côté du Clube Nautico), on peut lire que Santo Antao est aussi verte que Mindelo est vivante et chaleureuse, et qu'au pied de ses montagnes abruptes coulent de vertes vallées... C'était trop alléchant pour ne pas aller fouler du pied ces vertes contrées. En effet, depuis le sud de l'Espagne s'enchaînent les paysages semi-désertiques et rocailleux, où l'ocre et le sable dominent, et en cette fin d'automne l'appel de l'humus des forêts se faisait si pressant que remettre du vert dans le paysage était devenu pour moi un impératif de premier ordre. En bateau, on se noie dans le bleu, et le blanc du ciel et du soleil, et parfois cette petite touche de nature qui manque peut parvenir à vous rendre mélancolique.
J'ai donc réussi à convaincre Tom de laisser Grégal une journée et demi à la Marina de Mindelo pour une petite randonnée sur l'île de Santo Antao. Avec l'aide de la carte type IGN vendue au quiosque de l'office du tourisme (sur le parc à gauche du Clube Nautico) pour 1750 escudos, nous avons choisi l'un des intinéraires les plus courus : la descente du Cratère de Cova jusqu'au village côtier de Paul par la Ribeira (vallée) de Paul.
Une fois les billets de ferry réservés (compagnie "Armas" sur le port de commerce, 700 escudos l'aller pour une personne), nous avons amarré le bateau solidement au port et au petit matin du mardi 2 décembre nous étions en route avec nos deux gros sacs à dos contenant pique-nique, tente et duvets.







Le ferry met un peu moins d'une heure à rejoindre Porto Novo sur Santo Antao. A ce sujet, on trouve sur les forums d'Internet un grand nombre d'anecdotes où il est expliqué que les Cap Verdiens ont sévèrement le mal de mer dès que celle-ci est formée, et que par conséquent une traversée Mindelo-Porto Novo peut se transformer en véritable calvaire lorsque tous les gens autour de vous sont pris de vomissements irrépressibles tout le long du trajet... Fort heureusement, cela n'a pas du tout été le cas pour nous et nous sommes arrivés frais et dispos dans la petite ville de Porto Novo sur le coup des 9 heures du matin.

Une fois les sacs récupérés, il s'agit de trouver un Alguger (taxi collectif local) pour nous monter jusqu'au cratère de Cova. Justement, un jeune homme parlant français nous repère et l'affaire est conclue. C'est 300 escudos par personnes jusqu'à Cova. On charge les sacs et c'est parti pour 40 minutes de route pavée (et oui, incroyable autant que cela puisse paraître, TOUTES les routes de Santo Antao sont pavées à l'ancienne (type Paris Mai 68 : petits pavés carrés), ce qui n'est pas sans surprendre quand on voit à quel point le relief est accidenté. Une fois en haut, à 1450 mètres d'altitude, on sent déjà l'air frais de la montagne qui nous titille les narines. Un âne est là pour ajouter au dépaysement. Nous commençons à descendre vers le cratère. Celui-ci est en fait entièrement cultivé, mais le rose des herbes sauvages qui poussent entre les plants de canne à sucre lui donne un air particulièrement printanier. Nous sommes ravis de nous dégourdir les jambes par cette journée chaude et ensoleillée.

Pour sortir du cratère, on emprunte un petit sentier escarpé qui débouche sur un panorama à vous couper le souffle : en haut, devant vous et entre les nuages, émerge la vallée de Paul, verte et dense, avec ses cultures en terrasses et ses petits murets de pierres, dans une descente vertigineuse de plus de 1500 mètres de dénivelé jusqu'à la mer (le village de Paul est côtier).

Nous restons un moment, interdits, à admirer ce panorama montagneux qui n'a rien à envier aux plus belles vues des Alpes... Puis nous entamons la descente. Le sentier est très bien tracé et nous conduit à marcher entre les plantations locales : bananiers et canne à sucre, le tout parfaitement irrigué par un ingénieux système d'irrigation qui dessert l'ensemble de la vallée jusqu'en bas. Petit pique-nique sous un énorme eucalyptus pour tempérer la descente. Les mollets tirent et les sacs sont bien lourds... Plus bas dans la vallée, on traverse des petits villages qui offrent tous des chambres d'hôtes et des services de restauration. On en profite pour boire quelque chose de frais dans l'une de ces guinguettes. La descente est longue et fait bien forcer les jambes qui n'en ont pas trop l'habitude (sur le voilier, les déplacements sont réduits et ce sont surtout les bras qui travaillent !). Stoïques, nous refusons les sollicitations des alugers postés le long de la route qui attentent patiemment le touriste pantelant. Finalement, le village de Paul se profile après plus de 6 heures de descente (pauses comprises). Premier réflexe : trouver un petit bar pour se rafraîchir un peu. C'est chose faite avec le "Morabeza", au sud du village, qui nous ravit avec sa déco de bois flotté et son petit singe en chair et en os (mai attaché, du type "velvet monkey" du Kenya) qui veille sur le comptoir.

Le problème suivant concerne l'emplacement de la tente. En effet, dans mon emportement, j'avais suggéré à Tom de faire cette randonné en montée pour pouvoir planter la tente dans le cratère (j'avais lu sur Internet que c'était possible). Tom m'avait poliment répliqué que la veille du départ pour la traversée de l'Atlantique, c'était un peu ambitieux. Et il avait amplement raison ! Déjà à l'arrivée mes jambes me faisaient mal, et je passe sur la semi-paralysie du lendemain (mollets et fessiers courbaturés à verser une larme à chaque pas...). Certes à Paul, il y a beaucoup de petites pensions chez l'habitant mais aucun endroit pour piquer une tente... Nous tournons un petit moment et, affolés par la nuit tombante, demandons de l'aide à un jeune du coin. Celui-ci se montre ultra coopératif : il nous emmène d'abord vers un premier coin potentiel : la terrasse d'un bâtiment en construction sur la plage, mais les ouvriers lui font savoir que ce n'est pas une bonne idée. Alors on nous confie à un vieux monsieur, "gardien" de la place du village qui est en train d'être rénovée, sur le front de mer. Il nous assure que "ningun" (personne) ne viendra nous importuner ici. Après s'être assuré que nous sommes bien installés, il va se poster sur le muret, entouré de ses petits chiens qui montent la garde, pour passer la nuit avec son vieux poste radio. Nous sommes impressionnés par ce dévouement gratuit et cette gentillesse désintéressée. Et d'ailleurs nous dormirons fort bien, bercés par les énormes rouleaux des vagues qui se fracassent sur la jetée... Un conseil : même pour les amateurs de bivouacs dans les Alpes, il vaut mieux, sur Santo Antao, oublier le concept tente-duvets-casse-croûte pour se se munir d'un sac léger, qui permette d'apprécier la marche, car on trouve de partout des petites chambres à louer pour pas trop cher. Qui plus est, les guinguettes du bord de route offrent de succulents casses-dales (pain, fromage de chèvre aux herbes et salade fraîche) qui n'auront rien à envier aux sempiternel sandwiches jambon-fromage. Enfin, les sentiers sont très escarpés et il peut s'avérer difficile de trouver un emplacement plat pour une tente le long du trajet, et encore moins dans les fonds de vallées qui sont très habités.

Le lendemain, nous sommes réveillés par notre gardien à 6 heures et demie. Il nous informe que les ouvriers du chantier vont démarrer leur travail de pavage dès 7 heures. De fait, à 7 heures, les sacs et la tente sont pliés : nous trouvons un aluger pour Ribeira Grande, et de Ribeira Grande un autre qui nous dépose à Porto Novo une heure et demi plus tard (500 escudos en tout par personne). Nous sommes à l'heure pour le ferry de 10 heures. De retour à la Marina, ce sont deux marcheurs exténués qui s'effondrent sur les moelleuses banquettes du carré de Grégal pour une sieste réparatrice...
Un seul regret : ne pas avoir pu consacrer plus de temps à Santo Antao dont la multitude de sentiers offre des potentialités de randonnées presque illimitées...


1 Responses (Leave a Comment):

c0rle0ne a dit…

waaaaaa!
Magnifique les photos! belle idée cette rando! en effet, ca doit faire du bien de voir de la verdure :)