25 juillet 2009

La vie "facile"...

Il n'est jamais évident de se réintégrer en société après un an de navigation sabbatique, vous êtes nombreux à vous vous en être douté et à nous avoir demandé des nouvelles de notre acclimatation dans notre nouvel-ancien environnement. Sans doute s'imagine-t-on un retour atroce peuplé de coups de spleen, de doutes et de cauchemars. Dieu merci nous n'en sommes pas (encore) là. Pour l'instant, le retour à une existence traditionnelle ne paraît pas plus compliqué, sur le coup, que de larguer les amarres pour un an. L'adaptation est un phénomène subtil. C'est toujours avec un temps de retard que, passée la surprise du changement, viennent les premiers désagréments. Voilà donc où nous en sommes depuis que Grégal a retrouvé sa place de port et nous notre appartement montpelliérain...

En une semaine, nous n'avons eu que très peu de temps morts dans notre nouvelle vie, ce qui semble être un bon dérivatif pour ne pas trop penser à feu-notre-belle-vie-de-bohème... Alors, que peut-on apprécier, de retour sur la terre ferme, me direz-vous ? Bien sûr, il y a eu les retrouvailles avec les proches. Bien sûr, il y a eu la joie du confort moderne, avec salle de bain, télé, Internet à la maison, frigo. Mais c'est comme si un petit quelque chose n'était pas tout à fait comme avant.

D'abord, quand on ouvre le robinet, on ne l'ouvre pas en grand, comme si toute cette eau qui s'échappe au rebut nous faisait un petit coup au cœur. Aujourd'hui, on ne cherche plus la pompe d'eau de mer du pied mais on se dit qu'il est bien dommage d'utiliser de l'eau de premier choix pour bien des taches ménagères. Ensuite, autre attrait incontournable de la vie "facile" : le frigo. Après l'avoir branché nous avons observé, ébahis, la formation d'une mince couche de givre dans le compartiment congélateur. Puis nous avons entrepris de le remplir. Alors que notre caddie nous paraîssait empli de denrées fraîches, quand on les a disposées dans le frigo, il restait encore un maximum de place. Phénomène inexplicable au demeurant car il est bien connu que chez tout ménage moyen, le frigo manque toujours de place. Ensuite nous avons dû, et c'est peut-être ce qui a été le plus délicat, augmenter notre vitesse moyenne de fonctionnement. En bateau, au fil des mois, nous étions devenus lents. Très lents. Très calmes. Sans vraiment s'en rendre compte. De retour dans la civilisation, les gens autour de nous nous ont paru très rapides. A l'hypermarché, nous avons été pris de vitesse. L'impression d'être catapultés dans une fourmilière. Pour autant, nous ne nous sommes pas départis de notre flegme. Nous avons survécu à l'épreuve avec brio. Pas même une migraine en sortant. Idem en ville. Les soldes : vous imaginez la frénésie dans la ruche ! On y a survécu aussi. Quel talent.

Finalement ce qui nous marque le plus, dans la "vie facile", c'est de ne plus rien à avoir à surveiller, en tout cas rien qui ne soit directement lié à notre survie. Pas d'inquiétude sur l'approvisionnement en eau ou en énergie, pas d'angoisse sur la sécurité de notre habitation, pas de nécessité de prendre la météo à chaque déplacement, pas d'inquiétude de disparaître en mer sur le coup d'une mauvaise chute, pas d'obligation de veille à un mille à la ronde ni d'écoute permanente des bruits qui nous entourent. En fait, la "vie facile" est une vie dépourvue de tout danger potentiel. C'est sans doute ça qui rend les gens plus désœuvrés qu'ils ne le seraient dans une vie plus "sauvage". N'avoir à se préoccuper de rien qui soit en lien direct avec sa survie. Reporter donc l'inexistence du danger sur des externalités non indispensables : le boulot, la crise, l'inflation, les impôts, le gouvernement... Serait-ce là la secrète origine des dépressions et autres stress chroniques ?

En tout cas, notre vie de (presque) bons sauvages en mer, toute dangereuse et compliquée qu'elle fût, nous a insufflé, en un an de vie, un flegme inouï. Un calme intérieur inébranlable. Mieux que 15 jours de méditation chez les moines. Plus aucun petit pincement au cœur d'angoisse, plus aucune pensée noire non indispensable, plus aucune rumination stérile. Nous sommes zen. Pour vous donner une échelle, multipliez par cent le "bénéfice" que vous procurent 3 bonnes semaines de vacances estivales. La question qui demeure est : combien de temps allons-nous le rester ? Combien de temps va-t-il falloir à la société pour nous avaler à nouveau dans son tourbillon ?

19 juillet 2009

Ils étaient là !

Mercredi 15 juillet 2009, 15h30 : il fait un temps superbe, Tom et moi arrivons tranquillement sous voile vers le port de Gruissan... Il y a beaucoup de voiliers autour de nous, ça circule dans tous les sens et on regarde les allées et venues de plaisanciers d'un œil un peu distant puisqu'on se dit que dans quelques minutes, nous sommes à terre et que c'est ici que se termine le GAT 2008-2009. Tout à coup, un très bel Océanis 411 bleu outremer décide de se lancer dans un virement de bord un peu aproximatif juste sous notre nez. On manque de s'étrangler mais on prend sur nous pour ne pas faire les aigris. On ne va pas commencer à peine arrivés, non ? Pour preuve, le capitaine, très zen, ne lui manifeste même pas un geste d'exaspération. Les deux personnes à bord nous font coucou. On répond mollement en se disant que la Méditerranée, c'est du grand n'importe quoi. Puis l'un d'eux nous exhorte à aller sur le 8 à la VHF. Tom descend, à la limite de l'énervement, et essaye de le contacter. Entre-temps le voilier est passé devant nous et on aperçoit son nom : "Quizas". Quizas, ça nous dit bien quelque chose, puisqu'un des inscrits du blog porte ce nom... C'est alors que surgissent en hurlant les passagers clandestins du Quizas - demeurés jusqu'alors cachés à l'intérieur. Voilà notre comité d'accueil surprise ! Cécile, Marie, Nico, Carla et Ollia enfoncées dans leurs petits gilets, ainsi que Peter (qui possède le Quizas) et Paul nous font des signes à s'en décrocher les bras. On est super émus, d'autant plus qu'on ne s'y attendait pas du tout !

Peter nous escortera jusqu'à notre place de port (la fameuse qu'on loue depuis un an mais qu'on n'a vue qu'une fois, le jour où on est venus acheter le bateau puis qu'on l'a transféré au chantier de Sète). C'est moi qui me colle à la manœuvre. Impeccable. Je jubile. Fanny et Gégé sont là sur le quai pour nous aider à nous amarrer. Puis arrivent Mick, Lorène et Naële et Kim et Nico, Danielle et Simon. On s'embrasse. Tout ça fait beaucoup d'émotions pour nous qui sommes flappis avec tous ces jours de près et de moteur dans les pattes.

On est en train de déguster une bonne bière fraîche à bord quand arrive notre maitre à tous : Grégalfan (Daniel), la banane aux oreilles, accompagné de sa famille. Il fait le tour de Grégal - qu'il n'a pas revu depuis la vente - et, contre toute attente, ne le trouve pas si changé ! On sort le matos pour les ti-punchs. C'est la fête. Une autre surprise nous attend : Peter nous invite tous chez lui à son chalet sur pilotis de Gruissan (vous savez, là où a été tourné 37°2 !) pour un barbecue d'accueil. On est ravis. La soirée est super. Grégalfan fait pêter le champagne et le plateau de fromages digne des Frères Troisgros. On a droit à deux discours si chaleureux qu'on se sent comme des héros. Peter est le meilleur des hôtes qui soit.

Merci à tous pour cette arrivée inoubliable !

Et bien sûr, merci aussi à vous tous, qui nous avez suivis sur le blog pendant toute la durée de notre périple, merci pour tous vos commentaires réguliers, pour vos encouragements, merci de nous avoir fait rire et nous nous avoir témoigné votre confiance et votre intérêt renouvelé, merci d'avoir fait vivre le GAT, merci de nous avoir donné une raison de mettre à jour nos billets aussi souvent que possible et une motivation sans faille pour squatter les réseaux wifi de toute la Caraïbe !


Ceci n'est pas le dernier post, nous avons encore en stocks quelques petits bonus :)

PS: Si vous avez des photos, faites les passer qu'on les mette en ligne.

15 juillet 2009

20 milles

Arrivée aux alentours de 15h30 !

14 juillet 2009

78,9 milles de l'arrivée

La stratégie d'hier a payé. En attrapant un vent d'ESE frais, Grégal a bombé toute la nuit : 70 milles plein cap en moins de 12 heures. Par contre depuis ce matin c'est pas la même. On a tiré des bords dans la brise NNE dans le nez, entre 3 et 4 nœuds, jusqu'à ce soir ou l'on approche du cap de San Sebastian au moteur.
Reste à parcourir : 78,9 milles.

Arrivée prévisible demain en milieu/fin d'après midi ! Wouhou ! :)

13 juillet 2009

C'est mou tout ça, mais on arrive !

Hier nous étions pourtant partis sur les chapeaux de roues, en bluffant tous les bateaux de plaisance autour de nous. En 2 temps 3 mouvements le spi était envoyé et nous avancions fond de caisse. Rapidement le vent a tourné au ENE, donc du près pour nous. Puis NE... On a tiré des bords toute la nuit alors que la météo nous prévoyait un vent ESE. Nom d'un chien ! J'ai repris donc un grib vers les 3 heures du mat. Pas très cool : une minuscule dépression se creuse juste au dessus de Majorque et du coup en remontant vers le Golfe du Lion en passant à l'Ouest des
Baléares on est inexorablement rabattus sur les côtes espagnoles par des vents d'Est. Résultat des courses on a dû tirer un grand bord sur 50 milles plein Est en direction du Nord de Majorque pour pouvoir remonter ensuite des vents plus favorables (ESE). Passé la pointe Nord-Est de Majorque (ce soir), on refera du cap en tirant encore légèrement plus à l'Est d'une dizaine de degrés (si possible) histoire de ne pas se retrouver dans la pétole ou encore pire avec du NE en plein dans le nez.
Sinon la mer c'est du grand n'importe quoi : une sorte de pseudo houle timide de l'Est, très courte, limite déferlante par moments ?!? Le tout dans la pétole bien sûr... On s'est pris un seau d'eau par le hublot avant, ça m'a foutu en rogne !
Ouh la capricieuse Méditerranée !

Bref, on a donc bien fait de partir en prévoyant large ! Reste à parcourir à 19h30 (Heure locale française) : 198 milles. Si on ne se prend pas du Nord au passage du cap Creux (comme annoncé dans le grib) on pourrait bien arriver le 15 dans l'après midi.

11 juillet 2009

A la vôtre !

Amis du Grégal, après un an d'aventures sur l'eau nous voilà presque de retour sur le plancher des vaches ! Vous tous qui nous avez suivi sur le blog, timides visiteurs comme fidèles commentateurs, familles, amis, collègues, soyez là le jour de notre arrivée pour de chaleureuses retrouvailles autour d'un interminable apéro ! Objectif : vider les cales remplies de Rhum !
Evidemment, tout bon navigateur ne vous donnera jamais une heure exacte d'arrivée. On ne faillira donc pas à la règle. Néanmoins on prévoit une arrivée au port de Gruissan le 15 juillet en milieu d'après midi (si les vents nous sont favorables) après 300 milles de traversée depuis Formentera aux Baléares.
Rendez-vous donc au ponton D place 51 (GregalFan tu confirmes que c'est la bonne place ?). Suivez le blog pendant ces derniers jours, nous y préciserons notre heure d'arrivée.

A très très bientôt ! :)

Mare Nostrum nous a trompés (l'arrivée à Formentera, Baléares)

Allez, j'étais allée un peu vite en besogne dans l'apologie lyrique de cette bonne vieille Méditerranée. En quittant Estepona, la météo nous prévoyait pour deux jours un bon vent de Sud-Ouest entre 15 et 17 nœuds. Nous nous sommes réjouis. Nous avons été deux gros naïfs. Nous avions oublié qu'ici, le grib météo indique au jugé, à l'inspiration, à l'à-peu-près. Ici, c'est la Méditerranée et ses caprices de madone. Nous l'avons eu notre S/O, certes, mais pendant une demi journée. Ensuite... Vous ne devinez pas ? La pétole. La bonne vieille pétole méditerranéenne, avec pas un souffle, et, inévitablement, le moteur. Pour accompagner cette dramatique dévente, une jolie petite mer bien hachée, houle rapprochée erratique et fatigante... Grégal se remet à rouler, on se prend à revivre la traversée de l'Atlantique aller, mais non, à 15 milles, nous aperçevons les côtes espagnoles. Tom peste. Ca fait bien longtemps que je ne l'ai pas entendu pester en navigation.

Corneguidouille ! Nous n'allons pas nous laisser mener par le bout du nez par la Petite Bleue et ses minauderies de starlette. Toutes voiles dehors bien qu'au moteur, nous ouvrons l'oeil, surtout la nuit, et dès que la grand voile se creuse un peu plus, que le génois tire sur son écoute, que la brise soulève notre pavillon, que l'éolienne se résout à tourner mollement, on coupe le moteur. Et on regarde Grégal l'artiste tirer partie de 9 noeuds de vent au bon plein. On taquine les 5 noeuds de vitesse. C'est une prouesse. Ce qu'il y a de chouette, c'est la lune, pleine, et la visite nocturne des dauphins. Ils sont devenus ma nouvelle passion en un an de visites impromptues et joyeuses.

En alternant voile et moteur, on arrive poussivement à rejoindre Formentera. A dix milles des côtes, on manque de s'encastrer dans un petit chalutier qui nous fonce dessus à toute vapeur. On le regardait s'approcher en face de nous depuis 10 minutes, on pensait qu'il nous avait vus comme le nez au milieu de la figure vu que nous étions les deux seuls bateaux en mer. On le regarde s'approcher en se demandant quand il va bifurquer, vu qu'on est sous voiles. Que dalle ! Au dernier moment, on doit enrouler le génois et abattre de 20 degrés pour ne pas nous le prendre. Les deux seuls cocos à bord sont à l'arrière en train de ranger leurs filets. Ils lèvent la tête quand ils passent à 5 mètres de nous. Personne en cabine. La dulce vida. Tom repeste. C'est mauvais signe.

L'entrée de la marina de Formentera est hypra fréquentée en cette haute saison. Les navettes Ibiza-Formentera, les glass-bottom boats, les énormes yachts, les petites vedettes à moteur et les voiliers se bousculent dans la plus parfaite anarchie. Un tel avance en marche arrière, l'autre est planté au milieu, gênant le ferry qui sonne sa trompe à tout va, sans compter le balai des annexes qui surgissent de toutes parts. On est directement orientés par la marina sur une place libre. En fait, des places libres, il y en a pléthore. C'est louche. On est aidés par un gars du port, lunettes noires, polo blanc, casquette blanche, baggy short et micro-casque. En regardant bien, il y a des gars du port de partout. On se croirait sur le plateau d'Ardisson. Tom part faire les papiers. Il revient 10 minutes plus tard : "On se casse !". Je ne lui demande même pas pourquoi, ça tombe sous le sens quand on regarde le mouillage bondé à l'extérieur du port. On aurai dû se méfier davantage. Ici, c'est 120 euros la nuit. Du délire. Même à Palma de Majorque où ils ne nous avaient extorqué "que" 50 euros, on trouvait ça indécent.

On va donc au mouillage. En arrivant d'une nav' de 15 jours, c'est compliqué. Tout est rangé. Il faut ressortir l'ancre du coffre du cokpit, sortir le moteur d'annexe enfoui à l'intérieur sous les voiles, gonfler l'annexe, se rendre compte qu'une des rustines a lâché, la recoller, attendre pour regonfler et constater que ça fuit encore. Tom peste non-stop. "Ah ça, c'est bien la Méditerranée ! Non mais c'est pas croyable !". Heureusement, au mouillage, on est bien. Ca nous rappelle les Antilles. Et puis, le coin est assez joli. Par endroits, on a des patches d'eau turquoise pour contraster avec le bleu profond. On se sert un ti-punch, et on arrive finalement à se détendre.

Aujourd'hui, on profite de la journée pour ranger le bateau. Les grandes lessives, l'avitaillement, et le ménage. Le rituel d'arrivée de traversée auquel on est habitués. Mais celui-là, il a déjà un goût de rentrée. L'avitaillement se réduit à trois tomates et de l'eau minérale, les vêtements propres seront bien pliés et rangés dans les placards pour être évacués sous peu. Le ménage sera pour remercier Grégal de sa fidélité sans faille, et pour qu'il patiente mieux, tout propre, entre deux sorties.

Détroit de Gibraltar


Capitaine Aude enchaîne les empannages à une vitesse moyenne de 7.5 nœuds dans le détroit de Gibraltar. Pendant ce temps je pionce profondément, confiant. :)



7 juillet 2009

Estepona (côte Sud Espagnole) -> Baléares

Nous voilà bien ragaillardis par une longue nuit de sommeil. Ici, la chaleur est suffocante, et le souffle d'air chaud qui descend des montagnes désertiques alentour ne contribue qu'à nous recuire sous le soleil brûlant. Quel contraste avec la verte fraîcheur des Açores ! Estepona est trop artificielle, avec ses barres d'immeubles oranges et ses bar lounges à la pelle. Nous repartons aujourd'hui vers les Baléares, qui sont à 340 milles, soit 3 jours de navigation. De là, nous ne serons plus qu'à un peu plus de 300 milles de Gruissan, soit encore 3 jours.

Merci pour tous vos messages et encouragements qui nous réchauffent le coeur et nous aident à tracer notre route sur le chemin du retour ! Effectivement, nous essayons de positiver et fourmillons de projets nouveaux pour éviter à tout prix de tomber dans un petit train-train ennuyeux. Mais je concluerai sur une citation de Mischka (voire le post afférent sur le personnage), encore elle, qui disait, ô combien à juste titre (ce qui illustre bien notre difficulté de sortir du voyage) : "le regard que nous portons sur notre quotidien prend une toute autre signification quand ce que les autres appellent "vacances" devient pour nous "la vie""...



6 juillet 2009

Transat retour Açores - Gibraltar : J+8

Il est minuit et je surveille, depuis l'extérieur (on n'est jamais trop prudent et l'entrée du Détroit exige une veille constante), le balai incessant des cargos qui croisent autour de nous. Tout à l'heure, nous avons dû nous dérouter au dernier moment. On croit toujours que ces géants nous ont vu, qu'ils vont changer de cap à la dernière minute pour nous passer négligemment sous le nez à un mille, mais certains, que dalle, ne bougent pas d'un iota. C'est là qu'un AIS est utile, pour les appeler par leur petit nom et leur immatriculation et se rappeler à leur bon souvenir quand ils font mine de nous ignorer. La lune est quasi pleine, ce qui est rassurant, et je regarde évoluer les petites lumières blanches, rouges et vertes qui déambulent autour de nous, un œil sur le radar.

Demain matin, nous passerons Gibraltar, et retrouverons la Méditerranée ! Ahhh... La Méditerranée ! Son soleil, son accent, Marseille, la Madrague, Sète et Colioure, l'aïoli et la bourride, la criée, l'anchois, les pins et les oliviers, les sardines ! La garrigue, la lavande, les cyprès et le thym, Rhodes, Ephèse, Carthage et Santorin ! Trois mille ans d'histoire autour d'un bassin bleu dans la lumière blanche, les rues pavées, les villes romaines, la tapenade, les dolmas, les demis en terrasse !

Déjà Tanger se rapproche et l'on croit presque entendre le fourmillement du souk, sentir la coriandre, le cuir et le cumin, l'agneau et le jasmin, le thé à la menthe fumant...

Nous aimons la Méditerranée et l'Atlantique, ce grand Océan, superbe et mille fois renouvelé, s'il nous a émerveillés, inquiétés et surpris, ne nous manquera pas tant. Finis la marée, la houle de 6 mètres, les courants, les Alizés, les grains ! Finies aussi les barrières de corail, le sable rose et les tortues, me direz-vous, mais toutes les bonnes choses ont une fin. La chaleur de l'Afrique toute proche nous réchauffe à nouveau. Les cirés et les pulls marins retournent au placard. Le plus difficile, au fond, ce qui nous arrache le cœur, c'est de devoir nous préparer à perdre notre liberté chérie, qui nous manquera soit dit en passant, bien plus que les cocotiers.

--

Tout allait pourtant si bien dans le détroit ! Tom parti se coucher, j'enchaînai avec verve les empannages pour progresser dans la bande Sud du Détroit de Gibraltar au grand largue par force 4-5 Bft à plus de 7 nœuds (la circulation dans le Détroit est très réglementée et surveillée : les bateaux qui sortent vers l'Atlantique doivent naviguer dans la bande Nord côté Espagne, ceux qui entrent en méditerranée doivent rester dans la bande Sud côté Maroc). J'étais presque arrivée au bout, il ne restait plus qu'à tracer une longue diagonale direction l'Espagne à la sortie du Rocher, quand le capitaine s'est réveillé. Il a été très fier de mes manœuvres réussies de capitaine-en-second. Sauf que, manque de pot, à peine était-il debout depuis 10 minutes que le vent a forci dramatiquement. Les départs au lof devenaient difficilement maîtrisables avec 2 ris. On était réduits à prendre le 3e en urgence. C'est là qu'au moment de rehisser la grand voile, la drisse nous lâche ! La voile reste en bas et la manille vient se coller en tête de mas, comme pour nous naguer... Heureusement rien de grave, juste une manille défaite, mais du coup, plus de grand voile.

On a continué au génois seul dans un vent à plus de 35 noeuds pour rejoindre le port le plus proche après Gibraltar, à savoir, Estepona, pour pouvoir : 1) profiter d'une bonne nuit à terre, 2) remettre notre grand voile en état de marche.

20h : On était installés à la terrasse d'un petit resto en train de regarder passer la faune des vacanciers du coin, sur son 31 (Marbella, le St Tropez espagnol, est toute proche), à moitié chic, à moitié beauf'... Mais quel plaisir quand même de poser le pied à terre !

5 juillet 2009

Transat retour Açores - Gibraltar : J+7

Nous voilà en mer depuis une semaine ! A l'approche du détroit de Gibraltar, comme prévu, nous avons été accueillis hier soir par un vent de Nord-Nord-Ouest fraîchissant tellement qu'il a fallu prendre en toute hâte le 2e puis le 3e ris avant le coucher du soleil. Sage décision du Capitaine, une fois de plus, puisque dans la nuit ça a soufflé très fort avec de violentes rafales. Pas du tout prévu par la météo des gribs, ce coup de chien. Encore un coup des "Alizés Portugais" ou de la compression vexée des vents sur les côtes ? Ou bien tout simplement s'agissait-il du comité d'accueil spécial du Cabo de Sao Vicente, premier bout de terre (portugais) du Vieux Continent qui s'avance à la rencontre des traversiers de l'Atlantique et qu'on a longé à moins de 45 milles ?

Grégal-le-Magnifique, en tout cas, avec sa petite grand voile accordéonnée et son minuscule triangle de génois à l'avant sautait quand même sur les vagues - qui nous arrivent en plein travers, toujours agréable lorsqu'on met les pieds dans le cockpit pour border une écoute ou enrouler un peu de génois et qu'on se fait saler de haut en bas - entre 5.5 et 6.5 nœuds. On se demande toujours comment il fait pour avancer si bien avec si peu de toile : Tom m'a fait remarquer très à propos que le mouchoir de poche à l'avant était à peine plus grand que la voile d'une planche à voile ! Et encore, de funboard, cela va sans dire. La contrepartie amère fut comme toujours l'inconfort à bord et la crainte ininterrompue d'un départ au lof non maîtrisé par le pilote. Fatigue et quarts laborieux... On récupère aussi en journée... Décidément, l'énergie manque, l'énergie manque pour cette dernière ligne droite !

Gibraltar n'est plus qu'à 96 milles ! Les cargos se font de plus en plus nombreux et la VHF nous gratifie à présent d'une bouillie ininterrompue de bribes d'appels radio en toutes les langues, qui à destination de l'Espagne, qui d'une marina portugaise, qui de la tour de contrôle du Channel, qui de la Marine Royale Marocaine. Et on continue bien sûr d'avoir sur le 16 (c'est du propre) les blagues en russe (ou en lituanien ou en ouzbèque ?) des petits malins qui chantent (faux), qui sifflotent ou qui nous font profiter des riffs de gratte électrique très 70's qu'ils se passent en bruit de fond.

Sur la carte marine, les côtes commencent à se dessiner avec plus de détails et apparaissent alors des noms qui font rêver : Fès, Tanger, Cadiz, Séville... Tant de lieux magiques que frôlera notre étrave ! Mais le timing est serré, pas le temps de s'arrêter. Si comme prévu le Ponente (vent d'Ouest) continue de souffler dans le Détroit, on s'arrête pas, on trace tout droit direction les Baléares, et on s'offre une courte halte (méritée) à la marina de Formentera ou d'Ibiza. De là, il ne nous restera plus de 300 milles à parcourir pour rejoindre Gruissan. Dieu qu'on en aura bouffé, des milles, depuis Saint Martin ! On n 'a pas de loch pour le dire précisément mais là ça fait pas loin des 3500. Soit 6300 km. Et le tout avec moins de 200 litres de gasoil et aux énergies renouvelables (soleil et vent) pour l'électricité du bord. Le développement durable, nous, on est en plein dedans. On voudrait juste que ça dure justement un peu plus...

NB1 : Une avalanche de pensées et de bisous pour ma grande sœur qui est en convalescence au lit après une lourde opération du dos : Vivi, on pense à toi tous les jours et on espère que ça va mieux au fur et à mesure. On a eu ton message iridium hier : je vois que votre connexion web remarche ! J'espère que Nico a masterisé le rehaussage de l'aménagement intérieur. Sois forte, on t'embrasse fort.

NB 2 : Mick et Gum, si vous nous lisez, on ne pourra malheureusement pas être là à temps pour vos anniversaires ! Comme toujours, on loupe les évènements parce qu'on est en vadrouille ! On sera quand même avec vous par la pensée pour la fête !

--
Tom : On ne s'y attendait pas à celle là ! :)  Nom d'un chien qu'il est mauvais ce passage ! Sur une 50aine de milles du Sud-Ouest au Sud-Est du cap de Sao Vincente il faut s'attendre à se faire allumer mais alors correctement ! Le grib annonçait 21 nœuds, la bonne blague... 3 ris et un bout de toile à l'avant, on avançait à 6.5 nœuds de moyenne jusqu'à ce que ça devienne incontrôlable avec 1 vague sur 2 qui venait s'écraser sur la coque pour ensuite s'envoler à la verticale et finir sa course à l'horizontale dans les voiles. En abattant d'une 30aine de degrés, on se faisait encore chahuter dans tous les sens, mais un peu moins. Du coup, on a continué d'avancer en descendant vers le Sud. Cet aprèm, on file les voiles en ciseaux / génois tangonné à près de 7 nœuds de moyenne avec de superbes surfs. Soleil et température en constante augmentation.

--
Position à 17h35 (UT) : 35°59,7241 N - 007°16,9868 W
Cap Fond: 121° Magnétique
Vitesse: 6.8 nœuds
Distance parcourue dans les dernières 24h : 126 nm



4 juillet 2009

Transat retour Açores - Gibraltar : J+6

Ça sent la fin et ça a un goût amer. Depuis notre départ des Açores les dauphins ne viennent plus nous voir. Un peu comme s'ils avaient tout compris et que ça ne servait plus à rien de passer à l'étrave. Moi je me lève bien droit sur le roof et je les appelle gaiement. Je les vois là-bas, à quelques centaines de mètres alors je gueule encore plus fort. J'attends. Rien. L'océan n'a plus d'écho. La canne à pêche je la sors tous les jours que Dieu fait, que dalle. Il y a encore quelques mois nous étions les meilleurs pêcheurs de tout l'Ouest avec une prise assurée au bout de seulement quelques heures, il fallait juste prendre la peine de dégainer négligemment le Rapala. Même les oiseaux, nos fidèles compagnons de route, ils tracent sans faire trois fois le tour du bateau. Plus rien d'autre que des appels VHF en Russe entre porte-containers. Ça me fout un coup de blues ces conneries.

Avant hier la toute petite brise soufflait de l'Ouest et notre maudit cap était à l'Est. C'était faible mais suffisant pour bien avancer à condition de descendre au Sud de quelques dizaines de degrés plutôt que d'avancer plein Est dans le roulis à 2 nœuds. 300 milles nous séparaient de Madère, cap Sud-Est. A croire que c'était la dernière perche qu'on nous tendait. Je ne vous cache pas que l'idée m'a traversé l'esprit un bon petit moment. Bah alors, pourquoi pas, tiens ? Le bateau, lui, il peut encore en faire des tours. Tant qu'on l'aime, qu'on sait lui redresser le dos, qu'on pense à changer sa garde robe de temps en temps et qu'on lui cause comme il faut - chose qu'on sait bien faire maintenant -, il nous mène où on veut, toujours fièrement.
Mais non, on ne redescendra pas au Sud. On regrette de ne pas le faire, malgré la hâte de retrouver nos amis et nos familles.
Je crois que maintenant qu'on sait ce qui est bon, se projeter dans le train-train, ça nous affole.

C'est l'heure de l'apéro et donc je me sers un verre de rouge, un peu dégueulasse, faut bien l'admettre. La piquette ça abrutit, mais bizarrement celle-là elle m'inspire. J'imagine que si j'avais toujours gouté que de la piquette, je dirais que le vin, c'est pas fantastique, certes, mais que c'est comme ça, pas mal. Depuis qu'on est partis, c'est un peu comme si j'avais acheté, pour une poignée d'euros, une cargaison du meilleur vin du monde. Un an de consommation, une affaire en or. Les premières semaines, je découvrirais ce qu'est le vin, le vrai, le bon, celui qui excite les sens, qui vous rend heureux comme par magie. Pendant les mois qui suivraient, je deviendrais alors capable d'en capter toutes les subtilités, je saurais l'apprécier sagement et naturellement. Autour de moi, mon réseau de connaissances se serait resserré autour d'amateurs de vin et on jouirait tous ensemble de nos belles bouteilles. Forcément, ça serait le bonheur. Mais le temps passerait et voilà qu'arriverait le 365ème jour. J'ouvrirais la dernière bouteille et j'aurais beau savoir que c'est exactement la même que toutes les autres, elle n'aurait pas le même goût. A vrai dire, elle me rappellerait étrangement cette piquette.

--
Position à 17h04 (UT) : 36°25,37 N - 009°52,41 W
Cap Fond: 100° Magnétique
Vitesse: 5.0 nœuds
Distance parcourue dans les dernières 24h : 125 nm


3 juillet 2009

Transat retour Açores - Gibraltar : J+5

Ce matin, il fait gris, il bruine et le moteur tourne. Il ronronne tant bien que mal sa chanson de vieux diesel enroué. Derrière les nappes de nuages bas et gris, on s'attend à tout moment à voir surgir les rochers noirs et sinistres de Gibraltar, sous la pluie fine comme de la neige pulvérisée. Mais il n'en sera rien, nous sommes à un peu moins de 400 milles du Rocher et de ses Anglais tapis dans ses galeries souterraines.

Hier soir, le ciel s'était dégagé pour nous offrir une fin de journée éclatante sur fond de bleu d'azur et de mer tranquille. C'est à ce moment que nous avons aperçu des voiles au loin. Le bateau en question était un grand catamaran. Nous l'avons appelé à la VHF pour le saluer gaiement, alors qu'il était derrière nous à moins de 3 milles. Nous avons d'emblée parlé en français. Dans ces latitudes, il n'y a guère plus que les Français qui font route vers Gibraltar. Les Suisses, les Belges, les Suédois, les Norvégiens, les Bretons et les Saxons ont bifurqué il y a longtemps en direction de la route Nord, au large de la Corogne. Les Espagnols et les Italiens, eux, ne sont pas de fervents navigateurs. On les croise bien peu sur les océans du Globe, sans doute parce que leur Méditerranée natale les comble et qu'ils n'éprouvent en rien le besoin d'aller voguer sur d'autres eaux.

Le capitaine du catamaran, d'un certain âge, a eu l'air surpris et poli. Nous avancions sous spi, lui, sous gennaker. Nous à 4,5 nœuds, lui à 5,5. "Oui, tout à fait Grégal 7, je vous vois très bien. Quelle taille faites-vous ?" " - 9,50". "Ah oui, très bien". Ne sachant plus quoi ajouter, il nous a souhaité en retour le bonsoir. "Et bien, je vous souhaite également une bonne soirée".

Nous avons persévéré sous spi toute la nuit. Pendant son quart, jusqu'à 1 heure, Tom a bénéficié d'un petit souffle qui a poussé Grégal à un peu moins de 5 nœuds dans la nuit claire (c'est la lune montante). Lorsque ça a été mon tour, j'ai angoissé pendant trois heures de peur que le vent ne tombe. De 4,5 nous sommes passés en moins d'une heure à 4 puis 3,5 puis 3 nœuds. A ce stade, le spi et la grand voile ne se gonflent que faiblement et de manière incertaine, par à-coups, en vacillant sous des inspirations lentes et faibles, comme si le manque de vent suffoquait leur poitrine asthmatique. J'ai veillé ces voiles malades toutes les 5 minutes, un œil rivé sur la toile faiblissante, l'autre sur l'écran de l'ordinateur qui égraine notre vitesse moyenne à la minute. "Si on passe sous la barre des 3, on affale tout", me disais-je. Mais le spi ne s'est pas enroulé autour de l'étai, cette fois. Quand Tom a pris la relève, à 4 heures, le vent était toujours à peine suffisant mais nous avancions encore. Ce n'est qu'à 8 heures du matin qu'il a fallu se résoudre à tout ranger et à allumer le moteur.

Toute la nuit, nous avons observé derrière nous le catamaran qui tirait des bords sous gennaker. Sa petite lumière tantôt verte tantôt rouge se déplaçait de droite et de gauche en diagonale, pendant que nous naviguions à peu près droit, maintenant le cap. Ce n'est qu'au petit matin que, vaincu, il a lui aussi allumé son engin et nous a doublés, sous l'écume de ses 2X100 chevaux. On a continué, pépères, à nos 5 nœuds réglementaires au moteur, en regardant le petit point blanc disparaître à l'horizon sous les nuages.

La météo des prochains jours ne prévoit guère plus de vent. Ce n'est qu'à l'approche des continents que tout s'accélère, les vents de l'Atlantique s'énervant au contact de la terre qui les bloque dans leur progression. Là on peut se faire un peu chahuter.

Mais pour l'instant, le calme et le gris dominent. Au loin un cargo passe, long et plat, et la VHF commence à toussoter des conversations grésillantes en toutes les langues. Le Rocher, la terre, la civilisation et l'agitation qui va avec se rapprochent imperceptiblement...

PS : Merci Céc et Fa pour tous vos messages sur l'Iridium que nous recevons quotidiennement et qui nous font vraiment plaisir ! Bonnes promenades en montagne et bonnes soirées autour de l'apéro avec les Couards qu'on embrasse. On aurait aimé vous rejoindre aussi pour le génépi 2009 !
PS 2 : Céc, peux-tu demander à Yves de préparer comme prévu un lot de 450 paires de skis droits à l'attention de Momo et Ali qui passeront les prendre Dimanche 5 juillet à la gare routière de Grenoble car la saison démarre chez eux très bientôt mine de rien. Yves, n'hésite pas à leur payer un coup à boire quand tu les verras, ils ont quand même plus de 8 jours de bus à se taper pour rejoindre Essaouira... :)

--
A 13h UT le soleil est revenu, quelques cumulus, jolie brise ONO. On reprend de la vitesse et on tombe le t-shirt. Je regarde la carte et je m'aperçois que nous allons passer entre 2 haut fonds cette nuit. L'un à 20m, le Gettysburg Seamount, l'autre à 28m, le Ormonde Seamount. C'est fou. En ce moment il y a plus de 4000m sous nos pieds.

Position à 17h22 (UT) : 36°37,71 N - 012°18,09 W
Cap Fond: 92° Magnétique
Vitesse: 5.6 nœuds
Distance parcourue dans les dernières 24h : 102 nm


2 juillet 2009

Transat retour Açores - Gibraltar : J+4

Quand on parle des grands navigateurs, on s'en réfère toujours aux mêmes noms, connus de tous pour leurs exploits largement diffusés. Il y a ceux qui traversent les océans plus vite que les vents, ceux qui ont gagné les plus grandes courses, ceux qui ont affronté les plus violentes tempêtes, ou encore ceux qui ont écrit des bouquins vendus par dizaines de milliers d'exemplaires.

Je vais vous parler d'un autre grand navigateur. Rien de bien original à son palmarès, il n'est connu de personne ou presque.

Markus est Allemand, il a la 30aine, il navigue en solitaire et il ne paye pas de mine quand on le croise. On a fait le même tour, quasiment au même moment et pourtant c'est seulement sur la fin du voyage, à Horta, qu'on s'est rencontré. J'avais eu l'occasion de repérer son petit bateau une après-midi à St Martin mais quelques heures plus tard il avait levé sa pioche en direction des Açores, trop tard pour aller lui dire salut.
Markus il doit mesurer 1.90m. Son Folkboat, lui, ne mesure que 7.90m mais ça ne l'a pas empêché de traverser l'Atlantique Nord deux fois, comme les autres, au sud et au nord.

En montant à bord de son voilier nommé Toarker, la première chose qui surprend c'est le franc-bord qui n'atteint pas les 60cm. Pour vous dire, on passe du catway au pont en levant à peine la jambe, juste de quoi éviter la filière. J'imagine bien ce que ça doit donner dans la grosse houle. Et puis en levant la tête, il y a son mât qui fait le diamètre de mon tangon. On se demande comment le tout peut rester solidaire quand les éléments s'énervent, pourtant ça tient.
Toarker à l'intérieur c'est l'équivalent d'un bateau habitable de 6m d'aujourd'hui, minuscule. Mais tout y est entassé du mieux possible, c'est à dire comme on peut. Le confort, il s'en fout un peu je pense. Le réchaud n'est même pas sur cardan, sa petite couchette n'a pas d'anti-roulis et pour que l'eau entre à l'intérieur du bateau, pas besoin d'attendre le gros temps. La sécurité c'est pas son fort, mais il y pense quand même. Sa survie c'est son annexe et il la garde gonflée sur le roof, avec 2 ou 3 trucs dedans, au cas où. Inconscient, Markus ? Non, moi je trouve qu'au contraire il a la tête bien amarrée aux épaules le gaillard.

Markus il parle peu, il est toujours calme, posé, avec le sourire sincère. Il ne donne pas de leçon de vie ni de leçon de navigation. Il n'étale pas sa science. Quand on se retrouve tous autour d'une bière fraîche et qu'on partage nos aventures, lui il raconte avec humour les manoeuvres qu'il a loupées comme un débutant.

Markus il a mis 31 jours pour rejoindre les Açores et quand on voit sa route, on se dit qu'il en a fait des beaux zigzags. La plupart des autres, ils mettent presque deux fois moins de temps, mais il s'en fout Markus. Et entre nous, il a bien raison de s'en foutre.

Markus c'est un vrai et pourtant rien ne le destinait à faire ce qu'il a réalisé, avec si peu de moyen et si peu d'expérience en navigation au départ. Que les sceptiques aux projets un peu fous ou qui du moins sortent de l'ordinaire, du conventionnel, en prennent pour leur grade.

Markus il s'était dit que le voyage ce serait aussi l'occasion de rencontrer une copine et nous on le charrie en lui disant que Toarker serait sans doute trop jalouse pour accueillir une personne de plus à bord.

En escale, des rencontres on en fait beaucoup. Des rencontres qui marquent, beaucoup moins, et pour moi Markus fait partie des rencontres que j'aurais regretté de manquer. Des gars comme lui je crois qu'on en fait plus beaucoup. Pourtant on aimerait en croiser plus souvent.

Alors si un jour vous rencontrez un grand bonhomme tout mince avec une barbe de 3 jours qui fait route sur un petit bateau jaune, arrêtez-vous lui dire salut, ça en vaut la peine.

--
Aujourd'hui, le spi a reprit du service après rafistolage au scotch des points sensibles. On crée du vent dans la quasi pétole en prenant une allure travers. On arrive quand même à avancer à 4 nœuds, en tenant presque le bon cap. Cette nuit on a bombé au près, toute toile dehors dans la petite brise, du coup, notre moyenne journalière n'est pas si mauvaise. Pour l'instant c'est une traversé de rêve pour nous qui ne sommes pas pressés.

--
Le mot de la cuisinière de bord : Aujourd'hui, j'ai fait une tarte espagnole à la tomate et aux poivrons, une "coca". Markus, qui n'a pas de four, n'aurait pas pu s'en préparer une. Mais, vous l'aurez compris, "il s'en fout un peu". On pense :)

--
Position à 17h25 (UT) : 36°38,25 N - 014°37,16 W
Cap Fond: 104° Magnétique
Vitesse: 4.4 nœuds
Distance parcourue dans les dernières 24h : 127 nm



1 juillet 2009

Transat retour Açores - Gibraltar : J+3

Hier nous naviguions sous voiles à bonne allure, dans une brise de Sud-Ouest soutenue qui faisait glisser Grégal à 6,5 nœuds sur une mer à peine houleuse, avec la configuration la plus simple qui sied le mieux à notre bateau : une grand voile + un ris, un génois en grand. Le temps était au gris une bonne partie de la journée mais le soleil est parvenu à percer la brume de nuages en fin de journée, pour inonder le carré de rayons déclinants. Puis le vent a mollit, doucement. Avant que le soleil ne soit entièrement couché, chassé à l'horizon par le petit croissant de la lune montante, nous avons hissé le spi. Nous exécutons à présent la manœuvre en duo avec brio, même si le capitaine sait très bien tout préparer pour l'envoyer tout seul. Et le grand spi jaune s'est gonflé dans le ciel du soir comme une bulle de soleil rescapée. A Minuit, le vent avait changé de secteur. Cela fait très ronde de gendarme en patrouille. "Allô 145, je change de secteur, je passe au Nord-Ouest. Terminé." Pourtant c'est ce qu'il convient de dire quand le vent tourne. On pourrait aussi bien dire que la tiède brise venue du Sud rencontra la froide bise du Nord des Terres d'Islande en ce point précis de l'Atlantique et que, vaincue par le souffle glacial, elle s'inclina. Au lieu de ça, on dit que le vent "change de secteur". Sur l'éternelle rose des vents où tourne la girouette, il a glissé de 90°. Il a donc fallu empanner. Empanner signifie virer de bord par vent arrière. Le spi prenait le vent par la gauche ; on empanne, il le prend à présent par la droite. Comme cela c'est vite dit mais ne croyez pas qu'il s'agisse d'une manœuvre de routine. Empanner sous spi est complexe et risqué. Surtout quand on s'y attelle à minuit, à la lueur des lampes frontales.

Un spi est comme une demi-montgolfière tenue par une écoute (un cordage si vous préférez) d'un côté, et solidement amarré à un grand bras métallique de l'autre, bras que l'on nomme "tangon" et qui part du mât pour se déporter sur le côté en formant un angle avec l'axe longitudinal du bateau allant de 0° à 90°, au dessus de l'eau, tangon qui est lui-même prolongé par une autre écoute (appelé le bras) et que l'on peut border ou choquer (relâcher) à loisir pour faire varier ce même angle. C'est ce qui permet d'ajuster la position du spi à l'avant pour lui donner la prise au vent qui convient en fonction de l'allure. L'extrémité du tangon qui est au-dessus de l'eau (donc celle qui n'est pas attachée au mât) est maintenue à la hauteur appropriée au moyen de deux autres cordages, un qui le tire vers le haut, c'est le "hale-haut" (ou balancine de tangon), un qui le tire vers le bas, c'est le "hale-bas". De l'autre côté, on règle l'ouverture au vent du spi au moyen de l'écoute, que, pareillement, on borde ou on relâche pour donner un creux le plus plein et le plus rond possible. Hissé de manière appropriée, le spi doit ressembler à une écusson d'armoiries médiévales gigantesque en papier de soie, gonflé à l'avant du voilier comme une fier étendard. Vous l'aurez compris, changer le sens des écoutes, du tangon, manipuler hale-haut et hale-bas sans que la fine voile ne vienne malencontreusement s'enrouler autour de l'étai avant est chose délicate. Mais le capitaine avait tout pensé dans sa tête au préalable et quelques minutes plus tard, le spi avait changé de côté. Tout était rebordé, rangé, ficelé. La manœuvre a été rendue plus aisée par l'utilisation du tangon n°2 qui est venu suppléer le n°1 de l'autre côté, avant que nous abaissions le n°1 pour le ranger. Ouf ! Puis le capitaine est parti profiter d'un sommeil bien mérité.

Je suis restée là, admirative, à regarder un court instant le grand écusson flotter dans la nuit noire. Mais la grand voile (on hisse toujours le spi en laissant la grand voile) a commencé à faseiller. J'ai espéré qu'au lieu de mollir, le vent serait encore en train d'évoluer dans son secteur. J'ai essayé de changer légèrement de cap, en vain. Puis le flottement est devenu claquement violent. Le pavillon français qui vogue normalement à l'arrière du bateau a commencé à se mettre en berne. L'éolienne s'est figée comme une marguerite de plastique. Il n'y avait plus un souffle. J'ai prié pour que le vent revienne, je l'ai supplié de ne pas m'abandonner maintenant, alors que nous venions d'empanner et que le capitaine était couché depuis seulement 10 minutes. Au lieu de ça, pour me punir de mon insolence, le spi a dégouliné comme un jaune d'œuf et est venu s'enrouler mollement autour de l'étai.

Il y a encore aujourd'hui, en Bretagne, des groupes de musique actuels qui font recette dans les chansons paillardes de marins. Ces chansons circulent naturellement dans le microcosme des navigateurs français en vadrouille et égayent fort à propos les longues soirées au mouillage. Il y en a justement une qui prend le tour d'une comptine rigolote, sur un air entraînant, mais qui semble bel et bien extirpée du vécu tant le choix des mots est juste. "Puuuuuu....taaaiiinnnn...deeeeee... Spi-qu'est-enroulé-autour-d'l'étai-y'a-pas-moyen-d'le-démêler". J'ai appelé le capitaine. Il a maugréé pour de vrai en voyant le résultat, et m'a fustigée de n'avoir par réagi assez vite. J'ai essayé de dire que je m'étais efforcée de réagir aussi prestement que possible à la perfide coulure du jaune d'œuf. Les sourcils levés, les yeux plissés sur des pupilles pas tout à fait en face des trous, je crois qu'il ne m'a pas crue. Nous avons finalement réussi à démêler le spi sans encombres. Il est retourné dans son sac rouge et le capitaine sous sa couette blanche. Et le moteur a pris la relève.

Ce matin nous avançons toujours au doux son du marteau-piqueur car la brise n'a pas encore daigné faire son retour. La météo la prévoit pour bientôt. J'espère qu'elle sera suffisante pour que nous nous contentions d'une grand-voile et d'un génois, au lieu d'un étendard canari. J'ai constaté à mes dépens que lorsque la navigation devient cuisine, même avec la meilleure volonté du monde, la mayonnaise ne prend pas.

--
Position à 18h14 (UT) : 36°46,8116 N - 016°59,5518 W
Cap Fond: 102° Magnétique
Vitesse: 5 nœuds (Moteur de 1h à midi. Bref retour sous voiles de 12h à 15h, puis re-moteur. On approche les 25h de moteur depuis le départ. Voiles à 18h00)
Distance parcourue dans les dernières 24h : 122 nm



30 juin 2009

Transat retour Açores - Gibraltar : J+2

Les bruits qui nous entourent et qui constituent notre petit univers de vie en bateau en mer sont bien différents de ceux que l'on perçoit communément dans le monde de la civilisation. Tout d'abord, ils sont beaucoup moins nombreux, donc moins confus et plus aisément identifiables. En mer, la nuit, c'est à l'oreille que le marin se dirige. Dans l'obscurité, chaque son prend sens et se prolonge soit par un sentiment d'apaisement, soit d'inquiétude. Car les oreilles du marin sont toujours en alerte, la nuit plus que jamais. Une infime variation du chant du vent dans les voiles ou un claquement impromptu sauront instantanément lui indiquer, avant même qu'il ait pu voir quoi que ce soit, qu'un changement s'est produit. Et par conséquent, qu'il faut, sinon intervenir, du moins contrôler.
Mais quels sont ces bruits que nous percevons la nuit en mer ?
Tout d'abord, il est plus commode d'entendre quand on est préservé du vacarme toussotant du moteur en marche. Quand le bateau navigue sous voiles, voici ce que l'on entend.

En premier plan, net et précis, il y a le bruit sec et rapide d'une drisse qui claque sans interruption à l'intérieur du mât. Selon l'inclinaison du bateau et la force du vent, ce bruit peut varier. Juste après, il y a le clapot des vagues et des remous qui glissent contre la coque fendant les flots. Ce bruit glougloutant régulier s'apparente tantôt à celui d'un petit ruisseau dégringolant dans les pierres, tantôt à celui d'une vague tranquille qui viendrait mourir sur le sable d'une plage. Quand le vent fraîchit et que le bateau accélère, le remous s'intensifie jusqu'à se rapprocher de celui d'une chute d'eau. Mais par petit temps comme c'est le cas cette nuit, on n'entend que le clapot. Les vagues s'égrennent doucement sous l'étrave, sans malmener la coque en venant la frapper. Pas de heurts, rien que le glouglou.

Ensuite, du cockpit, le son qui vient immédiatement à nos oreilles est celui du pilote automatique en pleine action. Inlassablement, il tire et pousse la barre pour maintenir son cap, dans un bruit proche du roulement à bille d'une voiture télécommandée électrique. Le pilote a un bruit de robot. Un bruit de vérin métallique qui frotte et qui crisse. Puis, en fonction de la force du vent, il y a le son de l'éolienne qui tourne. Quand le vent est calme et régulier, comme ce soir, on croirait presque le bruit du vent dans les arbres, ou le froufrou d'un envol de pigeons. Quand le vent forcit, l'éolienne commence par imiter le bruit d'une autoroute lointaine, avec les voitures qui fileraient à la chaîne, puis elle monte dans les tours jusqu'à ce que le roulement caressant devienne sifflement strident. En dehors du "tac-tac", du "glouglou" et du "Rrrrr", il y a tout l'ensemble des sons d'un voilier qui navigue sous voiles. Par moment, une vague plus dure que les autres va donner un choc sourd et étouffé sous la coque. Et il y a la coque qui craque, en elle-même, ou qui se fait cage de raisonnance pour tout un ensemble d'objets qui viennent la heurter, à l'intérieur comme à l'extérieur : lampes à huiles qui s'entrechoquent imperceptiblement, lacet en perles du store qui cliquette contre le bois vernis du placard, seau posé au fond du cockpit qui glisse de quelques centimètres par moments, autres drisses qui utilisent à leur guise le mât creux comme un xylophone géant.

Dans cette petite symphonie nocturne, on dit que les capitaines sont capables de percevoir un changement de direction du vent d'à peine quelques degrés rien que par la modification du son que celui-ci fera dans les voiles. Essayez aussi un exercice fort plaisant : pendant le quart de sommeil du capitaine, prenez la barre et abattez ou lofez subrepticement de quelques degrés : vous verrez instantanément, dans les secondes qui suivent, apparaître le visage du capitaine dans l'encadrement de la descente. Ça marche à tous les coups (avec un bon capitaine). Voire même, si le pilote automatique se prend à faire des facéties de cap, vous verrez le capitaine surgir dans le cockpit alors que vous ne vous étiez encore aperçu de rien. Et vous auriez juré que dans la minute précédente, il dormait à poings fermés, tant rien ne dépassait de la couette de sa couchette !

--
Un petit mot pour Chantal et sa famille : nous pensons bien à vous dans ces moments difficiles. On vous embrasse fort.

--
Position à 16h50 (UT) : 36°58,52 N - 019°33,60 W
Cap Fond: 103° Magnétique
Vitesse: 6.85 nœuds (on fonce depuis 13h00 UT)
Distance parcourue dans les dernières 24h : 128 nm



29 juin 2009

Transat retour Açores - Gibraltar : J+1

Nous sommes partis hier à 13h30 de Santa Maria sous le soleil, avec un bon vent d'Ouest-Sud-Ouest qui soufflait entre 20 et 25 nœuds. Le génois seul à l'avant tangonné a bien rempli sa mission de nous tirer à plus de 6 nœuds jusqu'en milieu de nuit, au prix d'un roulis assez désagréable qui a rendu mon amarinage plus délicat. Heureusement pour moi, j'étais munie d'un remède portugais contre le mal de mer, miraculeux par grosse houle : le "Viabom". J'avais au départ cherché dans plusieurs pharmacies le fameux médicament à base de "cinarizina" (le nom de la molécule active) qu'on trouve à priori aux Canaries et au Cap Vert (remède contre les troubles de l'équilibre détourné pour le mal des transports, qui a l'avantage de ne pas être trop soporifique et qui semble être largement utilisé par les navigateurs hauturiers), sans succès. La pharmacienne m'a donc orientée vers le Viabom qui, après un passage de somnolence inéluctable dans les deux heures suivant l'absorption, a l'avantage de rester actif pendant plus de 6 heures, sans plus aucun coup de fatigue. Ça change du Mercalm (même avec caféine intégrée) qui vous colle au lit avec 2 de tension pendant des heures. Résultat : après une petite sieste dans l'après-midi, j'étais amarinée pour de bon et efficace pour les manœuvres.
Malgré toute notre bonne volonté, la houle de 3-4 mètres croisée ne nous a pas permis de beaucoup dormir pour cette première nuit et nous attaquons notre J+1 avec assez peu d'énergie. Donc pas de prouesses culinaires, pas le peps de se lancer dans de grandes manœuvres, et une idée fixe : terminer son quart pour aller dormir au chaud sous la couette. La pétole revenue, nous avançons ce matin au moteur, le temps est grisouillet et le vent ne devrait pas refaire son apparition avant cette nuit. Il n'empêche, nous sommes partis, et chaque jour sera un de plus de gagné sur le chemin du retour.
Nous avons une pensée pour les Kiss Mi qui devraient arriver aujourd'hui au port de Bourgenay après plus de 10 jours de mer (pas toujours très rigolos comme on a pu le lire entre les lignes sur leur site), ainsi qu'au spectaculaire comité d'accueil qui les attend sur l'eau comme à terre : ils l'ont bien mérité et on leur souhaite se reposer et de fêter leur retour comme il se doit !
Nous attendons aussi des nouvelles de Flo et Franck d'Austral qui devaient rejoindre la Bretagne depuis la Corogne ce weekend.
Aux dernières nouvelles, Markus notre aventurier germanique était à Terceira, escale fréquente au nord de Pico pour ceux qui remontent vers le Nord de l'Europe. De notre connaissance, il ne reste plus aux Açores que le punchy équipage de Téoula et le trio tranquille du Rose des Sables (Marie, Mathieu et leur petit gars de 7 mois). Mahi-Mahi sont toujours au Mexique à vélo en famille et devraient rentrer sous peu dans le Lot. Nos amis québécois d'Orca Minor sont quant à eux bien rentrés chez eux à Montréal et heureusement le début des températures estivales a rendu la transition météo moins rude : courage à André qui a dû réattaquer son job (merci à Gertrude de penser à mes bougainvillées : je te dirai comment je les aurais retrouvées quand on sera à la maison !)
Les chemins de traverse deviennent plus familiers à mesure que chacun regagne son bercail. Le point commun à tous ces ex-navigateurs en goguette ? Ce sont les seuls à voir des vagues à perte de vue dans le mouchoir de ciel bleu qu'ils aperçoivent par la fenêtre de leur bureau.

--
Position à 17h22 (UT) : 37°01,49 N - 022°14,93 W
Cap Fond: 100° Magnétique
Vitesse: 5 nœuds



28 juin 2009

Départ de Santa Maria

On décolle dans moins d'une heure en direction de la méditerranée. La météo est assez favorable avec un début sur la queue d'une petite dépression qui devrait nous pousser pendant un peu moins de 24h par 25 nœuds sur une houle moyenne qui ne devrait pas dépasser les 5m. Pour la suite on verra, avec en prévision, des vents variables plutôt faibles. Ça devrait être bonnard les premiers jours.
La destination est incertaine : Si un vent d'ouest souffle dans le détroit de Gibraltar on tracera en remontant la côte est de l'Espagne. Sinon on fera escale à Tarifa ou bien à Tanger.

26 juin 2009

Santa Maria ou l'attente du créneau météo

La météo prise à Sao Miguel nous a confirmé il y a deux jours que si nous partions, nous allions suivre le bord de la dépression qui balaye les Açores d'Ouest en Est du 26 au 27 ce qui serait revenu à naviguer pendant au moins 3 jours au près/travers par 30-35 nœuds de vent. Autant dire, très désagréable et risqué. Donc, nous sommes descendus tranquillement à 54 milles au Sud, sur l'île de Santa Maria, petit bout de terre le plus à l'Est de l'Archipel des Açores.




Santa Maria, malgré sa toute nouvelle petite marina et ses tout nouveaux aménagements pour accueillir les ferries inter-îles (la rade n'est même pas encore terminée), fait encore figure d'enclave préservée de la plaisance de masse qui envahit Horta (mais, soyons honnêtes, qui la rend bouillonnante de vie et qui fait aussi son charme). Du port, on monte au village perché par un petit chemin de pierres. Le village est pavé de ces petits pavés carrés noirs et blancs, traditionnels des Açores, et qui prennent la forme, sur les trottoirs, soit de navires, soit de poissons, soit de coquillages...










Les petites maisons sont blanchies à la chaux, avec les encadrements de fenêtres noirs. Il y a de très jolies petites églises qui rappellent vaguement la Grèce. Tout autour, les collines pelées rappellent Lanzarote (Canaries), avec des vaches toujours, qui paissent tranquillement. Plus loin, sur les hauteurs, on retrouve les vertes forêts de conifères et les pâturages d'altitudes, sur les pentes du volcan, qui font écho à ceux des Alpes. Les açoriens-portugais sont toujours aussi accueillants. On mange dans des petits troquets des soupes de poisson maison et des plats du jour pour moins de 6 euros par personne tout compris. Ici, le café coûte 0,50 euros. Comme s'ils étaient les seuls en UE à ne pas avoir connu l'inflation due à l'euro ! Du coup, la vie reste très bon marché, bien meilleur marché qu'aux Antilles ou même qu'en Espagne, même si on est sur des îles à 1000 milles du continent.

Quand nous sommes arrivés, nous avons été accueillis dare-dare par un couple de Français retraités de Saint-Malo, Chantal et Didier, en vacances aux Açores pour quelques mois, et par Marc, un jeune navigateur en solitaire de 20 ans qui fait un demi-tour de l'Atlantique via Madère et les Açores avant de retourner en Bretagne Nord. On a été invités au barbecue qu'ils étaient justement en train de préparer ce soir-là. Ils ont tout partagé en 5 au lieu de 3. C'était impromptu et très chaleureux. Nous profitons de l'escale pour dormir, toujours, nous promener, et nous abriter dans le bateau quand la pluie de la dépression qui nous est passée sur la tête a tout détrempé hier. Mais le port est bien abrité, nous n'avons même pas senti les 30 noeuds de vent qui sévissaient à l'extérieur.

Nous pensons pouvoir prendre la mer après-demain (le 28/06). Il va falloir reprendre scrupuleusement la météo car les dépressions semblent s'enchaîner et on essaye de trouver le bon créneau pour passer au travers sans trop se faire chahuter. Le temps commence à se faire court pour la remontée de la Méditerranée mais nous sommes encore à peu près dans les temps. Et puis, comme le dit Tom, "ça prolonge un peu les vacances...".

23 juin 2009

Sao Miguel : faux départ !

Nous étions en train de nous diriger vers l'Est, la larme à l'œil dans la bruine et la grisaille, en longeant les îles de l'Archipel des Açores quand, au bout de 150 milles, nous sommes passés devant l'île de Sao Miguel... Hummm... Tentant ! On s'y est arrêtés une journée, comme des clandestins, histoire de se faire une petit resto et une bonne nuit de 10 heures à l'improviste ! Nous repartons cet après-midi. Ponta Delgada, la ville principale de l'île et "capitale" des Açores, fait très "grande ville", avec sa marina ultra-moderne (on dirait un palais des congrès tellement c'est chic, béton brut et douches design) un peu comme Las Palmas de Gran Canaria ou encore Palma de Majorque. En revanche, le centre ville est ravissant, tout pavé de petites pierres blanches et noires comme à Horta, avec de vieux bâtiments historiques noir et blancs superbes, dans le pur style açorien (ou portugais ?).
La météo s'avère un peu moins sympathique que prévu, avec deux belles dépressions en lieu et place de l'anticyclone des Açores qui nous amènent un mauvais vent d'est/sud-est (elles tournent dans le sens inverse des aiguilles d'une montre et on passe au milieu).

Un anticyclone ? Aux Açores ? Où ça ?

On s'attend donc à 24 heures au moins de près dans 3 jours, par 25/30 noeuds de vent, un délice... Mais on pense aussi aux copains qui remontent en Bretagne ou en Vendée et qui sont obligés de monter bien au Nord au lieu de suivre leur cap, en bataillant contre des vents de 20 noeuds dans la figure (Les Kiss Mi dorment par terre à cause de la gîte !). Bon, on verra bien en tout cas. On s'est refait un petit avitaillement des bons fruits et légumes du coin, pour se donner du courage.

PS : Yes Alber, il s'agissait bien d'un iguane sur le dessin ! Faute d'en avoir vu un aux Bermudes... Je me suis dit que c'était une bonne idée d'en immortaliser un aux Açores :) Une espèce rare !

21 juin 2009

Adeus Açores !

Toutes les bonnes choses ont une fin, et nous quittons les Açores (depuis Horta) aujourd'hui. Difficile de trouver la motivation pour cette traversée qui est d'autant plus marquée par la fin du voyage ! Mathieu et Marie (Rose des Sables) sont partis hier, il nous reste encore notre pote Markus (un allemand de notre âge qui voyage en solitaire autour de l'Atlantique sur un voilier de 8 mètres !) pour nous dire au revoir. La traversée s'annonce assez tranquille on l'espère côté météo (pas de grosse perturbation en vue en direction de Gibraltar) mais on reste vigilants, c'est toujours instable à l'approche des côtes européennes ! Nous avons 1100 milles à parcourir pour atteindre Gibraltar. Cela porte la navigation à environ 10 jours. Peut-être nous arrêterons-nous au sud du Portugal ou bien à Tanger (qui est pile dans le détroit de Gibraltar). Les cales sont pleines des bons produits frais des Açores (fruits et légumes, fromages délicieux).
A bientôt pour la suite sur le blog au jour le jour (si notre Iridium ne nous fait pas de blagues :) !

18 juin 2009

Faial : tour de la Caldeira et visite de l'île

Kiss Mi nous a quittés hier ! Tristouille de les voir s'en aller. C'est ça aussi, la fin du voyage, ce sont les séparations au moment où chacun rentre chez lui. Mais qu'à cela ne tienne, nous avons cette semaine fait la connaissance d'un jeune couple d'aventuriers prénommés Marie et Mathieu, qui reviennent de 3 ans de voyage en bateau avec... un ptit bout nommé Yvan, 7 mois (que l'on surnomme aussi "Boatman", en raison de ses aptitudes innées pour la voile, lui qui grandit sur un bateau !). Tous ensemble, nous avons décidé de faire le tour de l'île de Faial, qui en vaut vraiment la peine.

Au petit matin, direction le volcan de l'île. On monte en voiture, certes, mais une ballade de 2 heures 30 nous permet de faire le tour du cratère, la "caldeira", resplendissant de verts de toutes sortes. Au passage, nous profitons de la vue panoramique sur l'île, ses vaches, ses champs, ses vues plongeantes sur la mer.

En redescendant, nous visitons au nord un site où le vocan a craché en 1957, agrandissant l'île de plusieurs dizaines de mètres carrés sur la mer ! Autour de la coulée de lave, la végétation peine à conquérir la pierre volcanique, mais les premières plantes s'accrochent. Dire que toute l'ile était probablement comme ça il y a plusieurs millions d'années !Il fait une température fort agréable et nous profitons de mer sur fond de roches noires. La diversité des paysages est saisissante.





































17 juin 2009

Les peintures rupestres de Horta

Homo maritimus a des talents d'artiste. On avait évoqué les milliers de peintures qui couvrent les murs et les trottoirs de la marina de Horta, signatures obligées des marins de passage. Aujourd'hui, on vous montre nos préférées, celles des copains... et... la nôtre !!! Notre patte à nous peinte à deux mains. Un must :)


16 juin 2009

Chez Peter

On l'a dit, Chez Peter, le Café des Sports, est une institution à Horta. Point de ralliement post-traversée de l'Atlantique, lieu de rendez-vous oblige de tous les marins dès que le soir tombe, son ambiance bigarrée et déjantée promet à chaque fois de belles soirées (et des rencontres pas tristes !) en perspective. Voici quelques clichés, pour célébrer ce lieu mythique (NB : il y en a une chez Kiss Mi, cherchez l'erreur !)






























15 juin 2009

Pico

Horta est si chaleureuse avec ses rencontres entre marins et ses apéros interminables qu'on serait bien tentés de ne jamais en sortir. Erreur ! L'île de Faial, sur laquelle se trouve Horta, est splendide, tout comme l'est l'île de Pico, juste en face, dont le pic volcanique nargue toute la baie du haut de ses 2351 mètres. Aujourd'hui c'est l'occasion d'aller arpenter ses collines valonnées et se promener au pied du volcan. Nous embarquons sur le ferry avec toute l'équipe du Kiss Mi. Deux voitures louées nous permettent de faire un grand tour de l'île. Les paysages nous rappellent tantôt les alpages français, tantôt les bocages du centre de la France, tantôt les highlands écossaises, tantôt la Provence avec de nombreux petits vignobles entourés de murets en pierre volcanique noire. Ici les vaches sont reines, et les produits laitiers qui en découlent sont forcément excellents ! Sur les pentes du volcan, on trouve des petits lacs qui reflètent le ciel en miroir. La température en altitude varie bien de 10° avec celle du bord de mer. Une brume opaque nous rappelle nos excursions en montagne. Pas assez d'énergie pour faire l'ascension du plus haut sommet du Portugal ! On le remet à une prochaine fois... Une petite halte dans un troquet local nous offre aussi un bon aperçu de la gastronomie locale et de ses digestifs qui enflamment les gosiers. Temps magnifique, ambiance bon enfant, détente et bonheur de visiter. Juste ce qu'on aime.



























14 juin 2009

Take it easy...

7 jours après le départ des Bermudes.


L'arrivée aux Açores

... it's all right

En direction des Bermudes, à la recherche du fameux "rayon vert"...



... qu'on a finalement découvert au fond de notre verre à ti-punch.

File, file mon Grégal !

3 jours après le départ des Bermudes. Grégal n'a pas envie de trainer.

13 juin 2009

Gregal chahuté dans la houle, énorme.

12 juin 2009

Transat retour Bermudes - Açores : J+15 : Arrivée aux Açores ! Horta, la lumineuse

8h20 : Je me lève, Tom me dit : "On voit la terre !". L'île de Faial se détache au loin sur un joli ciel clair. Les Açores sont de petites iles volcaniques verdoyantes avec une montagne au milieu, des champs autour et des petits villages blancs aux clochers rouges.

Nous arrivons à Horta à 15h30 UT, après 14 jours et 19h30 exactement de traversée, la traversée qui nous aura le plus enchantés, avec de vraies sensations tout aussi variées qu'intenses. Pas mal pour un binôme comme dirait GrégalFan !
Une petite brise nous pousse jusque dans le port. En cette saison, la marina est très encombrée. Deux autres bateaux tournent en rond depuis le ponton d'accueil en espérant pouvoir décrocher une place. L'un d'eux est un Super Maramu... Vous ne ne croirez pas, il s'agit du "Monblan", LE bateau que Tom s'était évertué à dépanner à Grenade alors que son Maxsea buggait et qui ne nous avait même pas remerciés ! On croit rêver. Là, on peut dire que ses 21 jours de traversée depuis Saint Martin (dont 160 heures de moteur, véridique, et il nous dit comme pour s'excuser : "Nous, il nous faut 20 noeuds de vent au portant sinon on n'avance pas") l'ont quelque peu adouci et il se trouve être très cordial avec nous, une fois que nous nous sommes rappelés à son bon souvenir...

Premiers pas à Horta. Comment vous décrire le port... Il y a un sol pavé, ça fait très authentique. L'air embaume la vieille Europe, avec ce côté désuet des îles de l'Altlantique qu'on aime tant. Il fait frais. Les douaniers sont super sympathiques. Mais le plus remarquable, ce sont les peintures. Horta est célèbre pour ses grafitis élaborés. La marina est couverte des peintures rupestres expérimentales des navigateurs qui croisent ici depuis toujours. Sur les murs, sur le sol, sur le local des poubelles, sur la route, il y a des peintures de partout. La plupart sont exécutées minutieusement avec de la vraie peinture acrylique. Le long des pontons, on croise plusieurs artistes en plein travail. Avec le temps, les fresques les plus anciennes sont recouvertes par d'autres toutes fraiches. Certaines témoignent d'un véritable talent d'artiste ou de graphiste. Baleines, armoiries, voiliers psychédéliques, noms d'équipages sur fond de dauphins, d'art abstrait, couleurs vives ou monochromes, c'est un joyeux charivari très expressif. Tout le monde y va de son coup de pinceau, il paraît que c'est un passage obligé : si on ne laisse pas son dessin à Horta, ça porte malheur. J'avais bien aimé une phrase de Banik sur Horta, qui disait, en substance, qu'il y flottait un drôle de mélange fait du sentiment de satisfaction du devoir accompli et de la nostalgie naissante du voyage qui touche à sa fin... C'est exactement ça.

En chemin, on retrouve Floriane, de Austral, qu'on n'avait pas revue depuis Grenade !!! Retrouvailles comme si on s'était quittés hier. Elle nous explique que Frank est en train de terminer leur peinture-signature. Apparemment, ils ont suivi notre blog et ils s'attendaient à nous voir arriver aujourd'hui. Flo nous montre le chemin du bar du port. On y retrouve Baptiste et Daniel, de Kiss Mi, qui sont arrivés hier ! Que le monde des atlantouristes est petit ! C'est bon de se retrouver. On les avait appelés à la VHF tout du long mais sans succès. On embraye sur les souvenirs de la traversée, les vidéos, les moments forts... autour d'un bonne bière fraiche. Le café du port ressemble à une cantine d'étudiants, avec chaises en tubes d'aciers et tables en contreplaqué. On prend plaisir à dévorer un bon gros burger bien gras accompagné de frites et d'oeufs luisants. On y passera toute l'après-midi, en bande, presque en famille.

Ce soir, on ne les suivra pas chez Peter, le mythique bar des sports où ils trainent tous chaque soir avec bonheur. On va se payer une bonne grosse longue nuit de récupération. Mais avant, une dernière "cerbeja", pour fêter ça. Il faut quand même fêter ça, n'est-ce pas ?

11 juin 2009

Transat retour Bermudes - Açores : J+14

Il est minuit trente ; nous sommes à 170 milles de Horta, sur l'île de Faial. Le vent est un peu plus soutenu que prévu, entre 15 et 20 nœuds. Nous avançons à bonne allure malgré l'état très instable de la mer. La houle croisée enserre Grégal dans un roulis irrépressible qui est assez insupportable à endurer. A l'intérieur du bateau on n'est bien qu'assis ou couché. Le froid de la nuit devient de plus en plus mordant. Outre les couches successives de vêtements, nous sommes contraints de fermer la descente pour tenter de réchauffer l'intérieur du bateau.

Je viens à l'instant de percevoir un couinement aigu ! Je sors la tête en hâte, pour voir s'il s'agit d'un dauphin. J'ai juste le temps d'apercevoir un aileron arrondi : les dauphins sont bien là ! La nuit est noire et le bateau roule tellement que je ne peux pas venir les accueillir à l'avant, même avec la longe de sûreté. Je reste un moment debout dans la descente : parfois, ils viennent à l'arrière du bateau si nous y sommes. Mais là, ma présence n'est pas assez marquante pour les faire rester un peu et déjà leur présence s'efface. Ma frontale balayant la surface noire de l'eau n'a pas suffit : il leur faut un contact plus chaleureux. C'est incroyable comme on reconnaît leurs cris depuis l'intérieur. Je suis à chaque fois fascinée. C'est la traversée où nous enregistrons le record de rencontre avec les dauphins : nous en voyons presque chaque jour ! Il s'agit en général de petits groupes de 4 ou 5 individus, mais parfois, le banc peut dépasser la quinzaine. Le plus longtemps qu'ils nous aient accompagné, c'est près de deux heures. Mais en moyenne, ils restent une quinzaine de minutes.

Nous ne sommes pas fâchés d'arriver bientôt : nous avons du mal à récupérer de la fatigue des jours précédents, et le manque d'énergie entache notre enthousiasme à profiter des dernières journées en mer. L'île de Faial sur laquelle nous nous dirigeons est toute petite, mais la marina de Horta, la ville principale, est devenue au fil du temps le rendez-vous incontournable des voiliers de croisière qui traversent l'Atlantique. Il y a un peu plus de 1100 bateaux qui s'y arrêtent annuellement, d'après notre guide nautique, contre 200 en 1978 et seulement 1 seul en 1930 ! Il semble, dixit le guide, que les Açores soient magnifiques à visiter et qu'il serait dommage de réduire sa visite à la seule marina de Horta. Il parait également que la gentillesse naturelle des açoriens est légendaire. Nous ne savons pas encore combien de jours nous allons rester, et si nous aurons le temps d'aller visiter les îles de l'archipel qui sont un peu plus à l'Est (et qui nous rapprochent de fait de Gibraltar). Nous aimerions pouvoir être de retour courant juillet, pour avoir le temps de réemménager, et la route jusqu'au Golfe du Lion est encore longue.

Je viens à nouveau de sortir la tête pour le tour de guet (que nous opérons toutes les 10 minutes, quoi qu'il arrive, lorsqu'on fait nos quarts depuis l'intérieur), et les dauphins sont toujours là ! Dommage que la lune soit cachée derrière les nuages. Sous le faisceau faiblard de la frontale, je ne parviens que très indistinctement à repérer par moment une masse claire au sommet d'une vague ou un aileron par là. A juger de l'excitation que leur présence provoque à chaque fois chez nous, je comprends un peu mieux le culte mystique et l'adoration que leur vouent un si grand nombre de personnes dans le monde.


16h17: Nous sommes à 98 milles de Horta ! Arrivée prévue demain autour de midi. :)

--
Position à 16h20 (UT-2): 38°27,74 N - 30°41,98 W
Cap Fond: 100° Magnétique
Vitesse: 5 nœuds