6 janvier 2009

Grenade : y arriver ou la lancer ?

Alors oui, nous nous sommes un peu endormis sur nos lauriers ces temps-ci, et la fréquence entre deux messages s'est ignominieusement allongée... Mais nous avions pour cela de bonnes raisons ! Si-si ! Même au milieu des Caraïbes ont peut avoir une to-do list impressionnante !

Voici donc les dernières nouvelles. Pour vous exclusivement (et pour Signore Alberic qui a relevé très à propos notre -temporaire- apathie). Nous sommes donc à Grenade depuis le 3 janvier. Nous sommes partis de la Barbade le 2/01 en fin de matinée, et après une petite traversée de 150 milles sans encombres, à savoir, par un joli vent de nord-est de 20-25 nœuds, et en ayant eu à essuyer seulement quelques petits grains, nous avons jeté l'ancre au sud de l'île de Grenade, dans la jolie "Prickly Bay", dite "l'Anse aux épines". Autour de nous, des dizaines et des dizaines de bateaux de voyage flottent mollement dans l'eau bleue (bon, comme on ne peut pas tout avoir, l'eau n'est pas aussi cristalline qu'à la Barbade, et on n'a pas encore vu de tortues de mer, qui là-bas nageaient nonchalament sous votre nez). En face de nous, une plage où les palmiers se balancent doucement dans la brise, et tout autour, de magnifiques demeures dans un écrin de verdure. Voilà pour le tableau. Pas déplaisant, me direz-vous. Et bien figurez-vous que si, nous avons trouvé quelque chose de déplaisant ici : les agents des douanes.

Nous sommes donc arrivés un samedi et le temps de mouiller proprement l'ancre, gonfler l'annexe, se peigner un peu, il était trop tard quand nous avons mis pied à terre et les bureaux des douanes étaient fermés. Petit rappel : lorsque l'on atterrit dans un pays étranger en bateau, il faut se plier à la coutume de la "clearance", procédure que l'on effectue auprès des "customs" (douanes). Le rituel est toujours le même : affreusement long, ennuyeux et souvent couteux. D'abord, il s'agit de trouver les bureaux des douanes et de l'immigration, qui bien souvent se situent à 2 kilomètres du lieu où vous avez mis le bateau. Ensuite, on vous demande de remplir, munis de votre Acte de francisation (= les papiers du bateau), un formulaire qui liste les caractéristiques du bateau et de l'équipage. Ensuite, il vous faut vous diriger vers les bureaux de l'immigration (qui évidemment ne sont pas les mêmes que ceux des douanes) pour faire tamponner vos passeports. Enfin, à l'entrée ou à la sortie - car, heureux plaisanciers que vous êtes, vous devez à chaque fois faire une clearance d'entrée et une de sortie, quand vous quittez le pays - on vous demande de payer une somme qui va de 5 à 30 euros.

Nous avons aussi ouï dire, car ces histoires de clearances sont un sujet de conversation inépuisable chez les navigateurs (imaginez la procédure à répéter à chaque île, tous les 10 kilomètres !), que si l'on vient s'enregistrer en dehors des heures de bureau, par exemple le weekend, on est puni par un "over due" de frais supplémentaires à s'aquitter pour avoir eu le toupet de venir déranger les officiers au mauvais moment. Dimanche matin, nos compagnons du Austral et nous-mêmes avons donc eu la réflexion suivante : si on va les déranger le dimanche, on paiera le "over due". Or, tout bon navigateur n'aime pas jeter son argent par les fenêtres de l'administration douanière. Nous avons donc attendu le lundi matin. Et pour être sûrs, les capitaines ont envoyé leurs femmes en bataillon de front pour s'enregistrer aux douanes.

Nous arrivons donc, petite robe gracieuse comme il se doit, Floriane et moi, auprès des "customs" - en réalité un espèce de bungalow jaune vif où soupirent deux officiers qui comptent les minutes. Seulement là, l'officier a pris son air inquisiteur (enfin, autant qu'il a pu car il était un fort piètre acteur en vérité) en nous disant : "Où se trouvent vos bateaux ?". Nous de nous précipiter : "Oh ils sont juste là, regardez, le vieux de 10 mètres là et plus loin le petit en alu". "Ah oui - fait l'officier, je sais bien, j'ai vu ces deux bateaux nouveaux depuis hier". Et là, l'officier de froncer les sourcils et de poursuivre : "Voyez-vous, mesdames, si c'étaient vos maris qui étaient venus, nous leur aurions parlé avec la dureté qui est de mise dans de telles circonstances. Avec vous, nous nous contenterons d'êtres clairs et inflexibles. (Probablement parce qu'ils sont galants ! ndla). Vous êtiez donc là hier et vous n'êtes pas venus vous enregistrer. Or, la loi précise que vous avez un délai de deux heures pour le faire, une fois que vous avez mouillé l'ancre dans nos eaux territoriales". Nous de ne pas nous dégonfler : "Oui mais on est venus hier en fin d'après-midi (ce qui était vrai seulement pour Austral) et vous étiez fermés". Et l'officier de répliquer : "Certes, mais nous étions ouverts le matin". Bon, résultat, ils nous ont d'abord agité le chiffon rouge d'une grave amende de 10 000 dollars EC (Eastern Carribean) pour avoir enfreint la loi mais, comme nous étions des dames, ils ont expliqué qu'ils se contenteraient de nous faire payer 40 dollars EC (environ 12 euros), à savoir "20 pour moi et 20 pour lui (l'officier de l'immigration du bureau d'en face". Procédure on ne peut plus fumeuse quand on voit que sur le reçu qu'ils nous donnent après enregistrement, on est censé avoir payé la somme officielle (soit 40 dollars de moins). Bon, on était pas là pour tortiller, mais ce type d'intervention douteuse est malheureusement monnaie courante dans les Caraïbes, il paraît.

Enfin ! De retour sur le bateau, Tom et moi avons dû nous rendre à l'évidence : la liste des travaux à faire pour entretenir ce pauvre vieux Grégal s'allonge irrémédiablement. Il nous faut, entre autres, changer l'intégralité du gréement (pour être plus en sécurité), faire resouder la pièce d'inox qui maintien la barre car elle est fendue, réparer le génois qui commence à se fendiller sur le point de ragage qu'il y a avec le balcon avant quand le génois est en grand, réparer le feu de position qui se met à clignoter la nuit sous les grains, réparer le sondeur qui ne veut plus rien afficher (on a dû mouiller avec cette bonne vieille sonde à main quand on est arrivés à Grenade, sonde qui est composée d'un lest de plomb au bout d'une ficelle graduée tous les mètres, je vous dis pas comme c'est pratique), réparer le pilote qui buggue toujours au soleil, refabriquer un sac à spi, changer la chaîne d'ancre pour la remplacer par la neuve qu'on avait achetée à Las Palmas de Gran Canaria, et enfin, trouver un nouveau détendeur Campingaz pour notre bouteille car il est si usé qu'il ne régule plus la pression du gaz ce qui crée une véritable torche dans la cuisinière dès qu'on allume les brûleurs... Enfin vous voyez, on va être bien occupés les prochains jours... Heureusement que le soleil est là pour nous donner du courage pour nous mettre au boulot !

(Non, je n'espère pas que ces quelques mots défaitistes vous consolent d'être retournés au travail après les vacances de Noël et les fêtes... J'essaye juste de dire que nous aussi, on a un plein sac de soucis en attente dans nos cales, Morbleu !).

4 Responses:

c0rle0ne a dit…

lol! pauvre de vous :) hihi

allez au boulot! et ca fait plaisir d'avoir des news! non mais dits donc! :) on en devient accro, c est votre faute ca :)

Faut bien que je vous mette un peu la pression :) hihi!

Léa a dit…

Ouais, j'disais rien mais chaque jour j'allais aux nouvelles et je commençais à trouver le temps long. N'oubliez pas que votre feuilleton ne passe que sur une seule chaine et qu'on ne peut même pas zapper !
2 remarques :
si t'es pas bricoleur pas la peine d'avoir un bateau ;
aux Caraïbes, les pirates mâles se planquent à bord et envoient les mousses à l'abordage, bravo les mecs!!!
Ne cherchez pas à me faire pleurer sur votre sort ; sur l'air de "la misère est plus douce au soleil", remplacez le mot "misère" par "travail"!! La météo m'annonce qu'un nuage de kissous va s'abattre sur Grégal. Léa

Perrine a dit…

ah.... ça fait plaisir d'avoir de vos nouvelles et de savoir que vous ne passez pas tout votre temps à vous dorer au soleil!!!
non mais ;)))
bisous bien frais de montpellier où il a neigé, ouioui!

Nono a dit…

Je constate que je n'étais pas le seul à m'impatienter ; en me levant le matin j'allumais l'ordi avant même de boire mon café, c'est dire ! Vous nous avez bien "accrochés" ... Corinne me disait :
« laisse les souffler, ils sont maintenant tranquilles au soleil » et moi de répondre: « ben oui, mais ils nous ont habitués à écrire quotidiennement, alors là... z'auraient pu nous prévenir qu’ils ralentiraient la cadence, suis accroc moi ! Et je vais m'inquiéter... » Bon ça va, vous avez des excuses.
Je l’imaginais un peu et je vois que vous aviez à vous occuper, après trois semaines consécutives en mer l’excellent équipage que vous êtes se devait évidemment de soigner son bateau. Content de vous retrouver. Je ne vous en voudrais aucunement si vous ralentissez la fréquence de vos récits, cela doit vous prendre pas mal de temps. Laissez-vous donc bercer par nonchalante magie des caraïbes...

« Voguant autour des iles de la mer Caraïbe
Les tam-tams vaudou firent se lever les vents
Découvrant des récifs où des corvettes anglaises
Gisaient depuis longtemps dans leur manteau de glaise.
J’ai oublié le nom de cette ile perdue
Où le courant rapide poussa mon bateau noir…
J’ai longtemps recherché une terre inconnue
Planquée au fond des eaux de la mer Caraïbe… »
Bernard Lavilliers. San Salvador.