2 février 2009

Sandy Island - Carriacou



Aujourd'hui n'est pas un jour comme les autres : nous sommes le 2 février et cela fait pile 6 mois que nous avons pris le large ! Il nous semble que le temps s'étire comme un long ruban de stratus sous le soleil, et ma foi nous commençons un peu à perdre nos repères...

Notre traversée de Grenade à Carriacou (petite île qui fait aussi partie de Grenade) a été une totale réussite : partis de St David's Harbour, au sud de Grenade, nous avons fait le choix de rejoindre Carriacou, à 35 milles au nord, par la côte Est de Grenade, ce qui, il faut bien l'avouer, est très rarement pratiqué par les plaisanciers du coin ! Pourquoi ? Tout simplement parce qu'en longeant la côte Sud on se trouve face aux alizés avec en plus un courant d'environ 2 noeuds qui repousse en arrière, sans parler de l'état de la mer lorsque l'on tire un grand bord au près dans les alizés ! Nous avons dû faire 2 bonnes heures de moteur avec un vent force 5 dans le nez pour dépasser la côte Sud, puis nous avons enfin pu profiter de l'alizé Est pour tracer un grand bord jusqu'au Sud de Carriacou. En tout et pour tout, nous avons mis 7 heures 30 pour rejoindre Tyrrel Bay, ce qui n'est pas mal du tout.

Carriacou est plus tranquille et plus traditionnelle que Grenade. Le touriste s'y fait plus rare. Après une très brève escale à Tyrrel Bay, où tous les bateaux qui arrivent sur Carriacou viennent mouiller l'ancre, nous nous sommes échappés un peu plus au nord vers le minuscule ilôt désert de "Sandy Island", sur la côte Ouest de Carriacou. Quelle merveille cette île ! Un vrai coin de paradis ! Sandy Island est une petite bande de sable blanc issue d'une barrière de corail toute proche, entourée d'une eau turquoise et limpide. Quand nous nous sommes arrêtés, il n'y avait que 4 bateaux au mouillage, car le vent soufflait fort, de 20 à 25 noeuds. Enchantés par l'endroit, nous avons pris le risque de rester pour la nuit, même si le mouillage n'est pas très abrité. Aujourd'hui, nous n'étions plus que 2 bateaux. Le vent ayant forci de 25 à 30 noeuds, tout le monde avait déserté. L'île était à nous ! Nous avons profité comme il se doit du sable blanc et fin comme de la farine, de l'eau translucide et surtout, de la barrière de corail toute proche qui nous a offert une plongée en PMT mémorable ! Nous avons vu de tout : des oursins géants, des coreaux en forme de coussins ou de cerveaux, des poissons de toutes les tailles et de toutes les couleurs, et même une ravissante petite tortue de mer, qui nageait paisiblement, et dont on aurait dit que la carapace avait été ciselée d'inscriptions azthèques.

Alors oui, nous profitons de notre 7e mois entamé de voyage. Pour faire pendant à notre bilan à 3 mois, voici ce que nous pouvons dire :

1) Etat d'esprit de l'équipage : la traversée de l'Atlantique a endurcit l'équipage. Certes, il y a eu des moments pénibles mais tout cela a renforcé d'autant plus les marins en herbe que nous sommes. En ce moment, les Antilles sont comme une parenthèse magique qui nous fait perdre toute notion du temps, alors que nous nous encrons d'autant mieux dans la vie à bord de Grégal. Maintenant, son petit espace ne nous semble plus trop réduit ou trop inconfortable ! La chaleur rend les douches et la vaisselle en plein air d'autant plus agréables. Autant il y a trois mois, nous n'avions pas encore réellement "décroché", autant là, notre petite vie Montpéllieraine nous paraît bien loin (même si l'on adore s'en remémorer les bonnes choses à tout instant). Cela dit, le Capitaine comme le Mousse ne s'imaginent pas vivre éternellement sur l'eau en Caraïbes. Trop d'exemples de SDF de la mer, échoués dans un port d'une île paradisiaque sans espoir de retour ont suffi à ne pas leur donner cette envie-là. Ils gardent donc les pieds sur terre et préparent lentement leur retour, surtout pour ne pas être à court de projets et pour continuer à trouver l'énergie d'apprécier la vie et tout ce qu'elle apporte de beau.

2) Apprentissage du mousse : le mousse se débrouille de mieux en mieux en quarts comme au mouillage, il est à présent une aide sur laquelle le Capitaine peut s'appuyer, mais sa principale faiblesse reste son irrépressible tendance à être tête en l'air. La navigation exige une rigeur de chaque instant qui lui semble impossible à tenir !

3) Compétences du capitaine : le Capitaine n'a pas volé son titre. Il sait nous tirer de toutes les situations avec sang-froid. De plus, les innombrables soucis matériels et mécaniques qui se manifestent sur Grégal tous les jours ont boosté ses talents de mécanicien (même si cela lui cause presque plus de stress que le quotidien au boulot !).

4) Comportement du bateau : Grégal est toujours fair-play. Il nous amène sans broncher vers tous les endroits que nous visons. Pourvu que nous lui fournissions des voiles en état et un gréement qui tient la route, le vieux grigou n'a pas dit son dernier mot et nous sommes fiers de le voir naviguer fièrement dans les alizés à plus de 6 noeuds. Certes, il a tous les jours quelque chose qui se met à clocher ou à casser, ce qui fait enrager le Capitaine, mais à son âge, qu'y peut-il ? Nous espérons de tout coeur le ramener sain et sauf à son port d'attache.

5) Les haltes dans les ports : il n'y en a plus depuis le Cap Vert ! Avec le plein d'eau que nous avions fait à Mindelo, nous avons tenu un mois et demi, dont une traversée de l'Atlantique : pas mal côté autonomie, non ? Ici en Caraïbes, on vit très bien au mouillage : l'éolienne poussée par l'alizé nous fournit le courant, le panneau solaire est stimulé par le soleil brûlant. Pour le reste (eau + gazoil), 5 minutes au ponton d'une marina tous les mois suffit !

6) La pêche : dès que l'on met la ligne, on continue à sortir de beaux spécimens, mais il semblerait que ces temps-ci, on ait un peu trop la flemme de la sortir ! Une honte nous direz-vous, mais nous attendons que Kim et Nico viennent nous sortir de notre torpeur, nom d'une allache!

7) La vie en Caraïbes : et oui même si cela paraît paradisiaque, il faut s'y adapter : se faire au soleil dont les rayons directs brûlent la peau même en plein mois de janvier, se faire à la pluie (les fameux grains) qui tombe toutes les nuits et inonde le bateau si l'on a oublié de fermer les hublots, se faire aux récifs coralliens qui menacent la quille de Grégal à chaque approche d'île inconnue, se faire à l'absence de tout fromage digne de ce nom, se faire à la cuisson des christophines (merci Clairette pour les moults recettes !!!!) et des bananes plantain, se faire au rhum à 70° dans les ti-punchs, se faire au taux de change du dollar carribéen qui vaut 3,54 fois moins que l'euro... Mais le jeu en vaut la chandelle, croyez-nous !

6) Le mot de la fin : vous qui entamez un tour de l'Atlantique à la voile, dépêchez-vous de tirer vers les Antilles ! Vous ne serez pas déçus ! Tous les autres : prenez un billet d'avion au plus vite !



6 Responses:

Cec a dit…

la c'est vraiment du reve... Contente de vous savoir en forme et heureux. je pense souvent a vous, j'ai remarque moi aussi que ca fait deja 6 mois que vous etes partis!!! vous me manquez. on vous embrasse Cecile et Ollia

c0rle0ne a dit…

C est quand meme pas mal...sympas...oé c est quand meme pas mal...sympas...
merci pour les commentaires tom :) Te casse pas on a compris :) ca a l'air pas mal!
Ca fait révé, tous les 2 sur votre ptite ile de monkey island! profitez!!!

Et sinon très bien le pti bilan à 6mois. Heureux que tous ce passe pour le mieux! biz!!!!!!!!

Perrine a dit…

Bilan à 6 mois très ouizzz! Heureuse de vous savoir comblés par cette première partie d'aventure. Une traversée qui vous a déjà apporté beaucoup de force.
Au plaisir de lire vos post, petits bouts de soleil dans notre quotidien qui manque d'un peu de rêve! Bizz

Gene a dit…

Salut les Robinsons de Grégal !

Sympa, votre petit topo...
Alors, la voilà, l'île déserte "paradisiaque": avez-vous amené votre guitare ? et avez-vous pensé à chercher le trésor ? car il y en a sûrement un sur cette si petite île !
N'auriez-vous pas un téléobjectif pour... les animaux ?( de quoi je me mêle !) les "lecteurs" sont exigeants, hein ?

Une petite ombre au tableau à part le manque de fromage , c'est en 4) : est-ce que vous allez pouvoir vous apercevoir à temps, càd avant de retraverser l'océan, de tout ce qui risque encore de "clocher" sur le bateau pendant la traversée?

Je vous embrasse tres fort,encore bravo pour le capitaine et le mousse,

Gene

Jean-Claude GRANIER a dit…

On n'a pas vu le soleil depuis samedi, Il a plu des cordes, Vigilance orange et tout le tintoin. Le Lez est en furie et passe par dessus la passerelle depuis trois jours. Tout est trempé la nature regorge de flotte, la terre n'en peut plus. Voilà pour la méteo. J'en remets pas une couche sur les joies du boulot. Voilà Aude, pour te faire mieux apprécier encore cette belle parenthèse que vous vivez, et pour te dire combien j'ai plaisir à venir prendre un rayon de soleil etquelques parfums des Antilles dans ton superbe blog.

Aude a dit…

Salut à tous, courageux qui tous les jours bravez l'hiver, le verglas, les inondations et les joies du PRQ... Sandy Island n'était qu'un prélude à un enchantement à venir : les Tobago Cays et autres petits atolls entourés d'eau claire. Ici, même les poissons se font attraper de bonne volonté ! Ils sont vernis dans ce coin, c'est moi qui vous le dis... :) Au plaisir de vous lire,
Aude