25 avril 2009

Antifouling tout neuf : ça va glisser à nouveau !

Samedi matin, réveil 9h30, c'est tard pour une matinée aux Antilles, il fait déjà trop chaud. Il faut dire qu'on vient de vivre trois jours épuisants de carénage non-stop, et qu'on avait besoin de récupérer. Au début, comme toujours, on s'est dit que ça allait être une agréable paire de manches. Comme toujours, de sournoises mauvaises surprises de dernière minute nous ont sérieusement compliqué la tâche. Mercredi matin, nous sommes prêts, Grégal et nous, au pied du travelift pour la sortie de l'eau. Les gars du chantier ont une heure de retard, ce qui nous obligera à patienter à couple d'un énorme catamaran de loc, au grand damn du patron de la compagnie qui s'offusque qu'on parque sans cesse des bateaux contre ses grosses caravanes de mer flambant neuves.

10h00 : Grégal est soulevé par la grue. Le verdict est sévère : sa coque est couverte de longues algues et de coquillages, à tel point qu'un observateur extérieur pourrait légitimement se demander si le bateau était auparavant équipé d'antifouling. L'antifouling est une peinture de coque spéciale, hautement toxique car chargée de tout un tas de métaux lourds, qui doit empêcher, par la libération de toxines, la colonisation de la coque par la fixation d'organismes marins (algues et coquillages). Ecolo, n'est-il pas ? Il faut croire que notre antifouling âgé de seulement 9 mois avait perdu toute toxicité et que la vie s'y développait en toute sérénité. Au chantier à Sète, nous ne l'avions certainement pas appliqué en couches assez épaisses. A notre décharge, on peut aussi noter que les eaux chaudes tropicales sont redoutables et que le meilleur des antifoulings de métropole finit par ne plus agir du tout au bout de quelques mois. Grégal est mis sur berres un peu plus tard et Tom attaque directement le passage de la coque au kärcher. Ensuite, on y va à la spatule pour détacher les chapeaux chinois récalcitrants. Puis on regarde notre ligne de flottaison : en passant l'antifouling au chantier à Sète, on n'avait pas calculé que Grégal serait lourd de plusieurs centaines de kilos supplémentaires pour ce voyage et que la ligne de flottaison serait remontée de 5 centimètres. Résultat, juste au dessus de la ligne d'antifouling, le gel coat de la coque est légèrement cloqué par des bulles d'osmose (osmose = évolution naturelle du polyester qui, en immersion dans l'eau de mer, subit des réactions chimiques qui se traduisent par la formation de cloques remplies d'eau à l'odeur vinaigrée). L'osmose n'est pas dramatique mais elle fragilise la solidité de la coque si elle se développe en dessous des couches superficielles. Heureusement pour nous, notre ligne de flottaison n'est attaquée qu'en surface. On y va donc doucement à la disqueuse pour enlever les parties attaquées. Puis il faut passer du gel coat semi-liquide à la spatule pour combler les trous. Le gel coat est toujours difficile à passer, car il a au départ une consistance entre la peinture et la pâte à gâteau, mais si on a mal dosé le catalyseur (produit chimique qui lui permet de "prendre" plus vite) il "tourne" et se transforme en caoutchouc granuleux impossible à étaler. Mais le pire est à venir : il faut ensuite le poncer, et là, c'est très difficile d'obtenir quelque chose de régulier.

La manip "application de gel coat + ponçage" nous prend toute l'après-midi de mercredi et une partie de jeudi. Pendant que je ponce et que je spatule, Tom a découvert une autre mauvaise surprise. Notre safran, qui avait déjà été traité à Sète et restratifié pour cause d'infiltration d'eau et d'osmose intérieure, est à nouveau attaqué. Il faut disquer à coeur là où c'est mou, puis repasser des couches de tissus (alternance de "mat" pour l'étanchéité et de "roving" pour la solidité, en commençant et en finissant toujours par du mat) intercalées avec une imbibation de résine polyester (un peu comme on le ferait avec des bandes de plâtre). Comme toujours sur un chantier, tout le monde y va de son conseil et de son couplet plus ou moins alarmiste. Pour beaucoup, il faut refaire faire un safran, "surtout si on retraverse". Nous, on ne sait plus bien à quoi s'en tenir. Heureusement, nous trouvons un ange gardien de chantier. Il s'agit de Cédric, jeune trentenaire qui possède la boutique "Caraïbe Gréement" et qui, charpentier de marine de formation, nous assure que notre safran ne se cassera pas en deux. Super sympa, Cédric nous fera toujours des prix sur son matériel et nous filera, dès que possible, des trucs gratos (par exemple des feuilles de mat pour stratifier). La mise à l'eau est prévue pour vendredi après-midi. On a un peu la pression. On bosse donc non-stop. Jeudi soir, le safran est restratifié et poncé et la ligne de flottaison prête. On applique une couche de primaire grise, même si à priori ce n'était pas nécessaire d'en appliquer une par-dessus notre ancien antifouling. Vendredi, on s'attaque au passage de l'anfitouling lui-même. Le moins cher qu'on a trouvé, c'est chez un des pros du chantier (Fred Marine) qui nous passe un gros pot et calcule ensuite ce qu'on a consommé. On passe du Interspeed de la marque "International", en matrice dure, pour 41 euros le litre. Ici il fait si chaud qu'à peine la première couche passée, c'est déjà sec et on peut attaquer la deuxième.

A côté de nous, un Dufour 34 flambant neuf attend lui aussi son antifouling. Sauf que son propriétaire a fait appel à une société pour le carénage. L'ouvrier qui s'en occupe est bien sympa. Avec ses cheveux noirs colés sur sa tête, ses lunettes de myope carrées et ses dents un peu gâtées, il a un je-ne-sais quoi de Dupontel dans ses films. Nous on lui prête notre tuyau d'arrosage, lui il nous refile ses fins de pot, par exemple de l'acide chlorydrique pour décaper notre hélice. "C'est mieux que de jeter, non ?" qu'il nous dit. Nous, on est bien d'accord. Lui, il passe l'antifouling au pistolet. La peinture lui aura pris moins d'une heure et demie de boulot. Nous, au rouleau, il nous faudra plus de 4 heures. Sur le chantier, Tom a sympatisé avec la terre entière et tutoie tout le monde. Par moments, ça nous donne l'impression d'avoir toujours travaillé ici. Le matin, on salue les uns et les autres qui arrivent. On a droit a des encouragements, et beaucoup s'étonnent qu'une femme vienne bosser au chantier. C'est pas courant et du coup les ouvriers se transforment en gentlemen. Une vraie bonne ambiance. Vendredi midi, on a fini nos deux couches d'antifouling. On va pouvoir remettre le bateau à l'eau comme prévu. Une fois Grégal dans le port, Tom, fair-play, va remercier et saluer les gars du chantier ainsi que Cédric.

C'est vrai que dans les Caraïbes, beaucoup de plaisanciers descendent vers le sud pour faire leur carénage. On entend souvent que c'est bien plus économique à Trinidad ou à Grenade et que "plus on va vers le nord, plus c'est cher". Ici, en Guadeloupe, on a payé 252 euros pour le grutage et les trois jours sur berre. Ce n'est donc pas si onéreux que ça. Ce qui a plombé le total, c'est l'achat de gel coat, de résine polyester et la location du karcher (36 euros de l'heure). Mais sinon, à mon avis, on s'y retrouve par rapport aux prix pratiqués plus bas (en tout cas pour un petit bateau). A bon entendeur !

9 Responses:

gerald a dit…

j'ai connu tout çà avec "L'AVENTURE",on sait quand on tire ,mais jamais quand on remet à la mer
et les tarifs sont pareils qu'ici donc:BONNE MANOEUVRE
bisous

Perrine a dit…

Impressionnant tout ce dur labeur pour faire une beauté à Grégal! L'équipage a le coeur à l'ouvrage en tout cas!
Des surprises toujours au rendez-vous.... même celles dont vous vous seriez bien passé! mais ç'est ça la vie d'aventuriers, à laquelle vous avez su ajouter un bon zeste de zen en toute occasion! (l'entraînement au ti'punch sûrement ;)
bonne remise à l'eau!!!

Cec a dit…

waoo impressionant les photos de la coque avant et après! bravo l'équipage pour votre boulot!
bises
Cec

Kim a dit…

Hé bien il y a un biotope fort intéressant sous votre ligne de flottaison... Est-ce que Aude a pensé à prélever des boutures ? ;)
On note que partout où vous passer, vous avez l'air de vous faire des potes. C'est ça l'aventure Grégal !

Nous aussi on a beaucoup manié le karsher le week-end dernier, pour éliminer de l'algue, mais pour un usage moins exotique que le votre : on a nettoyé l'espèce de dalle en béton qui nous sert de terrasse. Et oui on fait déjà place nette et mignonnette pour votre retour et les prochaines soirées montpellieraines.

Bises à vous deux !

Claire a dit…

Eh ben ça ne chome pas sous le soleil, Grégal a l'air de s'être fait une beauté et l'équipage semble avoir le coeur à l'ouvrage!
Plein de bonnes énergies pour poursuivre et de belles rencontres, c'est toujours plus sympa quand les échanges sont cool!
Bizzz

fanny a dit…

Dur dur sous cette chaleur ! Pas de psychose sur le safran, je suis sûre qu'il va tenir, lui ! Merci Aude d'écrire autant, je vous imagine si bien que je suis un peu avec vous (les courbatures et la sueur en moins).
Bises

Aude a dit…

Salut tutti !
Merci de nous accompagner psychologiquement dans cette nouvelle période "travaux" ! Aujourd'hui, pose des 2 derniers câbles qu'on avait pas changés, restratification du carter-qui-fuit à la résine époxy et le tour est joué !
Kim : bien vu la terrasse, ça nous démange de venir y siroter un ptit planteur de ton cru :)

c0rle0ne a dit…

Beau travail! bravo!

Ca doit etre space de dormir dans un gregal à sec! non?!?! enfin vous dormez bien dans grégal lorsqu'il est à terre, je me trompe pas? :)

Tchuss les amis!

Léa a dit…

Grégal se régale de ce ravalement nécessaire et il a un profil galbé sans ride après son lifting . Va falloir que j'en parle à mon chirurgien esthétique !! Faut dire que vous avez opéré avec compétence et enthousiasme, au tarif de base sécurité sociale, sans ménager votre sueur et vos efforts. Prêts pour le retour ? Et keskon va d'venir, nous, les groopies, quand l'aventure s'achèvera ? Va falloir envisager une cure de désintoxication ? Eh oui, je suis accro ... Kissous. Léa