11 avril 2009

Du vert, de l'eau, de l'eau : Tropicale Dominique

Notre petite route de Marie Galante jusqu'à Portsmouth, Dominique, a joué le rôle d'une écluse imaginaire, ouvrant devant nous un petit espace temps où, sur à peine 30 milles, le paysage de plages tranquilles et le relief de garrigue se mue tout à coup en une brousse tropicale humide, dense, exhubérante. Ainsi les îles des Antilles sont-elles à la fois proches et à la fois si éloignées, chacune différente, chacune valant que l'on s'y arrête pour en apprécier les trésors. La Dominique est une île montagneuse couverte pour sa plus grande partie de forêt tropicale, où l'eau, contrairement aux petits archipels proches (Les Saintes ou Marie Galante) ne manque pas : elle ruisselle en plus de 365 rivières et des dizaines de cascades, et, même en cette saison sèche, tombe du ciel en d'abondantes pluies qui détrempent tout.

La Dominique n'a pas toujours été très touristique mais on sent que depuis quelques années le vent tourne, la sécurité s'établit peu à peu et les plaisanciers sont de plus en plus nombreux à venir mouiller leur ancre au pied des hautes montagnes vertes. Cela dit, le contraste de niveau de vie avec la Guadeloupe toute proche reste frappant. La ville de Portsmouth, au nord-ouest de l'île, est relativement pauvre mais animée. Elle s'étale tout le long de la "waterfront road", en une succession de baraquements en bois, de petites échoppes brinquebalantes, de ruelles enchevêtrées et de cargos rouillés échoués sur la plage, probablement jetés là lors d'un récent cyclone.

Notre premier jour à été consacré à tâter le pouls de ce petit microcosme, remerciant avec le plus de délicatesse possible les nombreux "comités d'accueil flottants" - comprenez les groupes de boat boys qui ne manque pas de venir vous proposer à toute heure tout un tas de services (fruits, excursions, pain, grattage de coque) -, et testant les restaurants locaux comme le célèbre barbecue de Peter en centre ville, d'où vous ressortez avec cette odeur de fumée imprégnée dans les cheveux et ce délicieux goût de coryphène grillée sur le bout de la langue. Le deuxième jour, nous sommes allés faire un tour sur l'Indian River, en remontant depuis la mer un estuaire proche de la mangrove où des arbres aux racines invraissemblables poussent dans l'eau saumâtre au milieu des crabes de terre et des "roseaux". Il y a 20 ans, on pouvait apparemment faire cette ballade à la rame à bord de son propre dinghy mais aujourd'hui il faut s'aquitter de 15 US dollars par personne et grimper à bord de l'une des barques conduites par les guides rastas du coin (trilingues au demeurant).












La ballade en valait la chandelle, le paysage étant tout simplement à couper le souffle : gigantesques racines sculptées qui plongent dans une eau bleue opaque et trouble, palmiers qui ondoient sur la rive, forêt tropicale qui commence, atmosphère de chaleur humide suffocante (encore un spot repéré par le réalisateur de Pirate des Caraïbes qui y a tourné quelques images, comme on ne manque pas de vous le rappeler). La promenade stoppe là où l'eau n'est plus assez profonde pour que la barque surnage au-dessus de la vase. On descend alors sur un petit ponton en bois et on profite d'un petit bar aménagé avec ses tables en rondins, son jus de pamplemousse frais ou son rhum spécial concocté à base du jus des roseaux de rivière.

Nous n'allions pas nous arrêter en si bon chemin vers la découverte de l'enfer vert. A midi, galvanisés, nous sautons dans un bus collectif direction Roseau, la capitale de la Dominique, plus au sud, accessible après une heure de route. Roseau est colorée, bruissante d'activité. En demandant notre chemin ici et là, on finit par trouver l'arrêt du bus qui nous mènera un peu plus haut, à vingt minutes de là, aux chutes de Trafalgar.



Il est presque 16 heures quand nous arrivons, après 10 petites minutes de marche, au pied de deux gigantesques cascades qui se déversent dans la jungle. Ce qu'il y a de bien, avec les chutes de Trafalgar, ce n'est pas seulement qu'elles sont accessibles après une courte marche (donc très fréquentées, vous vous en doutez), c'est surtout qu'on y trouve une rivière d'eau chaude et ferrugineuse, qui cascade en de petites piscines le long de la rivière d'eau froide où se déversent les chutes. Nous passerons une bonne heure et demie à barboter dans l'eau à 40°, en nous transportant mollement de temps en temps dans les trous d'eau froide pour nous donner un coup de fouet.




Et ce qui devait arriver arriva. Au moment où l'on se décide à quitter nos piscines chauffées, il fait presque nuit. Les habitants du coin prennent des mines consternées et n'hésitent pas à dramatiser notre situation précaire en nous assurant qu'à cette heure-ci, on ne trouvera jamais un bus retour vers Roseau, et encore moins pour Portsmouth. Ou alors, il va falloir que l'on s'acquitte "d'une certaine somme d'argent" pour qu'ils daignent nous déposer en ville (en plus, c'est le weekend de Pâques, ce qu'ils ne manquent pas de souligner). Le problème, c'est qu'on est partis en début d'après midi avec pas tellement d'argent en poche, et après s'être payé un petit lunch et s'être acquittés du droit d'entrée pour les chutes, on a pile de quoi payer un bus retour dans ses tarifs conventionnels. On le leur fait comprendre, et ils sont horrifiés : des européens en excursion sans même une Mastercard ! Ils n'ont jamais vu ça. Finalement, ils prendront en pitié les trois touristes mouillés que nous sommes, et nous indiqueront le bus du coin (au passage, on a ensuite croisé tout un paquet de gens qui attendaient le bus à cette heure-ci pour sortir en ville à Roseau). Arrivés à Roseau, on trouvera tout aussi facilement le terminal des bus où l'un d'entre eux partait justement pour Portsmouth. On arrivera à la nuit tombée, humides et fourbus, et, comme si l'on n'avait pas eu assez d'eau pour la journée, on prendra une bonne averse sur la tête alors qu'on rejoignait Grégal en annexe. La Dominique, terre d'eau, que je vous disais.

6 Responses:

Perrine a dit…

On se doutait bien que vous êtiez bien occupé: il vous manque plus que le bain moussant pour votre bain ferrigineux!
Au fait, il n'y a pas que les spots de la Dominique qui ont inspiré le réalisateur de Pirate des caraïbes.... je crois que ça a aussi inspiré la moustache du capitaine ;)
bises

Aude a dit…

D'ailleurs, Tom a commencé à travailler son parler dans ses dents et ses hochements de tête irrépressibles : il ne manque plus que le kôhl et les dred locks, et c'est banco pour le prochain casting de Pirates !
Après lecture, il me corrige sévèrement : "Meuh non, je veux ressembler à l'Anglais qui veut sauver la fille". Après Christophe Lambert, Orlando Blum ?

Léa a dit…

Magnifique, on en prend plein les mirettes. Quelle est l'essence d'arbre qui a ces racines envahissantes ? Le bain chaud !!! Le luxe comparé à votre système écolo de douche à bord. Et ces maisons multicolores, superbes !! Que des superlatifs !!! Kissous. Léa

c0rle0ne a dit…

superbe photos, et superbe video! on s y croirait presque dans le chutes lol, ca venait longtemps qu'on avait pas eu une ptite video du captain! sympa! C'est vrai qu'il penche un peu vers Olando blOOm, mais il doit avoir les vices de Jack sparrow :p lol

Claire a dit…

Trop cool d'avoir fait l'Indian river, j'espere qu'il y avait plein d'oiseaux magnifiques. Et que le bar perdu au fond de nulle part y soit encore c'est excellent, il avait un rhum mélangé qui s'appelait "dynamita" !!! Avez vous testé son gout avant la béatitude de Trafalgar falls?
Ca a l'air vraiment bien OUIZZZ cette petite escale dominicaine!
Grosses bises

Marie-Bé a dit…

Mmh ! J'adore la Dominique...C'est fantastique !!
Merci pour ce voyage express. A plus (je vais lire la suite) !!