27 mai 2009

Bermuda, Oh My !

Les Bermudes (Bermuda en anglais) sont, nous l'avons dit, une destination qui sort des sentiers battus comparée à d'autres paradis insulaires (Antilles, Seychelles...). Dans un magasin, j'ai même vu le slogan : "St George : Unspoilt, Uncommon, Unintended" (préservé, singulier, inattendu). Ajoutons à cela que notre petite escapade à Hamilton nous a réservé elle aussi son lot de surprises ! Tout d'abord, notons que l'opération scooter a avorté dans l'oeuf, bien que tout ne fut pour autant pas si mal parti au départ. Ce matin il y avait un soleil radieux, les ferries en provenance de la capitale venaient à peine de déverser leur flot de touristes américains obèses, blancs et flasques, et Tom et moi nous promenions bras dessus, bras dessous, dans les rues pavées baignées de lumière. Arrivés devant la boutique de location de scooters, nous avisons l'écriteau d'information sur les prix affiché en vitrine. 50$ la journée, c'est le prix maxi que nous souhaitions céder dans cette transaction, c'est parfait. On entre. On explique, tout excités, qu'on veut louer une bécane pour la journée. Le type, affable, acquiesce et commence à remplir une fiche pour nous. Pendant qu'il tape dans son fichier informatique, nos yeux tombent négligemment sur une autre feuille de description tarifaire, collée sur le comptoir : le prix de 50$ est en fait majoré de 30$ supplémentaires, "obligatoires et non remboursables", pour assurer l'engin. Le "non refundable" est assez clair mais on tente quand même : "Heu... On les récupère, en rendant le scoot, les 30$ ?". Le type lève sur nous un regard blasé : "Non, c'est bien écrit que ce n'est pas remboursable". Nous : "Donc le prix de la journée de location c'est 50$ + 30$ soit 80$, isn't it ?". "Yes it is". Ok. Bonjour l'arnaque. Et pourquoi donc y écriraient pas tout de suite que le prix à la journée c'est 80$ alors ? Réponse : c'est pour attirer le pigeon. Ainsi, pendant que sa petite amie est en train d'essayer l'un des multiples et ravissants petits casques qui trônent sur les étagères en lui lançant des oeillades hystériques,le pauvre type qui est entré dans la boutique ne peut que ravaler ses 30$ en sus et s'acquitter de ce prix scandaleux sans broncher. Bravo. Heureusement, je n'en étais pas au stade de l'essayage du petit casque à visière et nous sommes repartis illico. Après tout, ce n'était pas dramatique, pour aller à Hamilton, pléthore de bus passent toutes les 10 minutes. Le tout pour 8 dollars aller-retour.

La route pour se rendre à la capitale est superbe. On serpente entre les dizaines d'ilots qui, reliés par des ponts, constituent l'archipel des Bermudes. Entre chaque ilot, les retenues d'eau forment comme une multitude de petits lacs intérieurs, d'une eau bleu vif aux reflets verdoyants bordée de plages de sable rose. Dans le bus, il fait frais : c'est climatisé. Et il y a des boutons pour sonner les arrêts : ça change des vans Toyota bourrés à craquer, où tonitrue un ragga assourdissant, et où il faut cogner sur la vitre comme un furieux pour signifier au chauffeur que c'est ici que l'on s'arrête. Une fois à Hamilton, on est rapidement happé par l'effet "grande ville". Les bâtiments sont hauts, plus modernes, avec ça et là des parcs paysagers et de vieilles cathédrales en pierre de taille qui ponctuent ce décor contemporain. Nous humons dans l'air l'odeur de la vieille Albion, c'est à dire, un indéfinissable mélange de poulet rôti, de pain chaud et de frites. Le centre historique se trouve vers le bord de l'eau, près du Yacht Club. Les maisons sont plus de style victorien que breton. Les boutiques chics alternent avec les restaurants branchés. Mais le clou de Hamilton, ce qui nous a réellement vissés sur place, ce n'est pas tant le décor : ce sont les gens.

Reprenons : nous sortons du bus au terminus central, il est presque 14 heures, les gens se hâtent ça et là pour regagner leur boulot après la pause déjeuner. Nous commençons à nous promener quand Ô, stupeur, on croise un type, la soixantaine soignée, raie sur le côté, avec un bermuda ROSE aux genoux, une chemise blanche, une cravate, des souliers noirs vernis et DES CHAUSSETTES ROUGES QUI MONTENT JUSQU'AUX GENOUX. On regarde à droite et à gauche pour voir si on n'est pas en train de filmer une reconstitution de Benny Hill par ici. Mais non. Pire, alors qu'on est encore sous le choc de notre rencontre, on croise un autre jeune type, métis, en chemise-cravate-bermuda à pinces - chaussettes montantes-chaussures cirées. Il téléphone sur son portable et a l'air très pressé. On relève la tête, à demi hébétés, en se demandant quelle est cette plaisanterie. Et là, on doit bien se rendre à l'évidence : TOUS les hommes d'affaire que l'on croise (ou presque) se promènent dans cet accoutrement. Une fois notre oeil aiguisé, on arrive même à apprécier la subtilité des harmonies : certains optent pour le classique tout bleu marine (le short et les chaussettes), d'autres jettent leur dévolu sur un camaïeu nature allant du vert amande au vert bouteille, d'autres choisissent l'impeccable - et discret - "tout crème". Les jeunes semblent particulièrement férus des chaussettes roses assorties avec une cravate rose aussi (en soie si possible). Les messieurs importants, eux, jouent la carte de l'ultra chic et n'hésitent pas à ajouter à leur tenue un impeccable blaser bleu marine aux boutons de manchette dorés. On dirait qu'ils vont aux courses de lévriers en ayant oublié leur pantalon. Mais le bouquet, l'ultime pied de nez à tous les dress codes professionnels du monde, c'est sans aucun doute le très osé "chaussettes rouge pétant - bermuda assorti". Le vermillon, il fallait oser. Bravo. Du grand art. De l'humour british au trentième degré. Du trash business. Du néo punk version Prince of Wales.

Du coup, notre promenade touristique se transforme vite en traque des bermudas-chaussettes. On essaie toutes les supercheries possible et imaginables pour saisir des instantanés de ces messieurs à la mode improbable : on tient l'appareil photo négligemment à la main en l'orientant vers le haut pour shooter dans la direction de l'individu convoité, je me mets soudain à poser au milieu du trottoir, devant une banque, pour que Tom saisisse le type en arrière-plan, ou encore on laisse passer le monsieur l'air de rien puis on se retourne d'un coup et on le mitraille de dos. Enfin, rien de bien smart, vous en conviendrez. A mille lieues de la classe so british. En rentrant à Saint George, on lira sur Internet que le port du short aux genoux a été expressément autorisé aux Bermudes en raison du climat tropical qui ne permettait pas toujours de porter un pantalon, à condition que le Bermuda (vous savez maintenant d'où vient le mot) soit porté accompagné d'une chemise, d'une cravate, d'une veste de blaser, et de chaussettes montantes. C'est officiel et ce n'est rien qu'aux Bermudes (appel à tous : si vous voyez un homme d'affaire habillé comme ça ailleurs qu'à Bermuda, faites-nous signe !). Et entre nous, ils ont bien raison, ces messieurs, d'affectionner cette tenue à la fois tradi et totalement décomplexée. Moi je dis chapeau aux Bermudas. Yeah man, respect !


11 Responses:

fanny a dit…

Vous auriez pu mettre des contraventions, y'en a deux en bas qui n'ont pas les chaussettes règlementaires ! Tom, il va falloir se mettre aux souliers vernis...
Merci pour la franche rigolade du matin !
Bises
Fanny

Cec a dit…

Ah voilà comment on porte le bermuda smart... génial :)
bises
Cec

c0rle0ne a dit…

Génial les photos :) les bermudas comme ca c est trop la classe. Par contre ils doivent avoir chaud avec leur grosses chaussettes :) heureusement qu'ils ont le "gout" de ne pas mettre des grosses sandales à la place des chaussures vernis :)

Jean-Claude GRANIER a dit…

Après tout avec le réchauffement climatique le bermuda devrait également devenir la règle chez nous. C'est décidé à partir dde demain je viens au boulot que comme ça. Enfin, si je trouve les chaussettes chez Zara.

Nico a dit…

Ca a vraiment l'air excellent cette île, vous avez bien fait de vous y arreter.
Profitez bien de vos dernières heures de repos avant la grande traversée.

Et bon courage pour la suite de l'aventure.

Yeaah maan!

njoub a dit…

Le ridicule ne tue pas comme on dit :)

Il parait évident que Benny hill avait fait un tour là bas...

En tout cas merci encore pour ces photos, il y en a des magnifiques...

Enjoy !

Laurence a dit…

Ces clichés font moins rêver que les paysagages habituels ! Mais ça peut avoir son charme... Merci pour les commentaires sur les Bermudes très instructifs. Bon fin d'escale avant de poursuivre votre traversée.

Marie-Bé a dit…

Bon comme d'hab, j'ai lu d'un coup l'arrivée aux Bermudes et fais un commentaire...mais là j'ai lu vos premiers jours aux Bermudes et je n'en reviens pas : c'est quoi cet endroit ? Je savais que le bermuda venait des Bermudes mais je n'avais aucune idée des richesses et de l'histoire de ce pays !!! Merci infiniment à nos marins - pirates - touristes et esthètes préférés : je me sens comme exceptionnelle ce soir d'en savoir autant sur ces îles...
2 choses avant d'arrêter de délirer : 1) il me semble que le bermuda c'est bien mais avec la cravate, les chaussettes, la chemise et le blaser, ces messieurs doivent avoir aussi chaud qu'avec un pantalon de toutes façons, non ? 2) Sur la mission confiée par Aude (je ne me suis pas encore concertée avec Alber mais ça ne va pas tarder). Une première idée : je crois qu'il vous faut revenir car parmi les fans que nous sommes, nous rêvons d'aller faire un baptême avec GREGAL et son vaillant équipage... Prochaines idées à venir (mais pas nécessairement à suivre !!). Bises

Perrine a dit…

Génial c'est parenthèse bermuda! En voyant les photos, tout comme marie-bé, je me demande bien l'intérêt de faire tomber le pantalon si c'est pour porter le bermuda avec ces grosses chaussettes mi-bas de contension mi-chaussettes écossaises qui vont bien avec le kilt + la grosse veste + la cravatte.... je note aussi quelques entorses au règlement.... mais pas au mauvais goût!...craaaazy bermudes! ;))

Léa a dit…

Ces bermudas !!!! paraît qu'on fait les mêmes pour hommes !!! Kissous. Léa en villégiature ches Mâ

gerald a dit…

tom et aude paparazzi on aura tout vu
genial les commentaires