31 mai 2009

Transat retour Bermudes - Açores : J+3

Avant hier, nous avons eu la visite d'un banc de dauphins en fin de journée. Ils étaient une dizaine, toujours aussi rieurs et joyeux à l'approche du bateau. Le rituel est presque à chaque fois le même. Deux sujets viennent d'abord en éclaireurs, longent le flanc du bateau à distance et se rapprochent de l'étrave. Si personne à bord ne se manifeste, les dauphins nageront quelques instants près de l'étrave puis s'éloigneront naturellement. Si en revanche nous nous dirigeons à l'avant du bateau et que nous leur montrons que nous sommes là, que nous leur faisons de grands gestes de salut et que nous leur parlons, tout le banc s'approche du bateau et se met à nous accompagner. Tour à tour, les dauphins les plus proches de la coque, à l'étrave, échangent leur place avec ceux qui sont plus éloignés. Quand ils sont près de nous, qui, placés à la proue au-dessus leur crions notre joie de les voir, ils nagent en se tournant sur le côté et en nous regardant de leur petit œil malicieux, puis font des tours sur eux-mêmes, ou nagent sur le dos, ou sautent joyeusement. Leur visite au milieu de nulle part est une bénédiction et, toujours, un mystère. D'où peuvent bien provenir cette curiosité, cette absence de crainte et cette gentillesse spontanée envers les embarcations humaines ? Tout le temps où nous restons sur le pont, ils nagent près du bateau. Pour s'amuser, nous voyons qu'ils créent de grosses bulles d'air sous la surface, qu'ils prennent plaisir à traverser d'un agile mouvement de queue. Ils répondent à nos appels en caquetant, selon le "rire" célèbre du dauphin. Lorsqu'ils sont très nombreux, ils créent un tel vacarme qu'on les entend depuis l'intérieur du bateau. Avant-hier, lorsque le soir se mit à décliner, nous nous sommes dirigés vers l'arrière du bateau pour rentrer. A ce moment, les dauphins se sont éloignés progressivement. Un ou deux a effectué encore un dernier bond pour dire au-revoir et puis le banc tout entier a disparu, prompt, fluide et rapide sous la surface de l'océan.

Hier matin pendant mon quart, le ciel, bien que gris et chargé de nuages, était égayé de la présence de plusieurs oiseaux de mer. Ils tournaient derrière nous en de grands cercles, prenaient de l'altitude puis descendaient en une longue courbe en planant au ras de l'eau. Je me suis dit que nous devions passer au-dessus d'un banc de poissons et que c'était pour les oiseaux l'heure de la pêche. Certains s'approchaient très près de l'arrière du bateau et passaient au-dessus du cockpit, ce que j'ai trouvé curieux. Nous avons compris un peu plus tard la véritable raison de leur intérêt pour Grégal : à l'arrière, nous avons toujours notre canne à pêche à poste, sur laquelle nous laissons, en navigation, un leurre. Les oiseaux ont été attirés par notre joli rapala orange vif, belle imitation d'un petit poisson en pleine santé, et ils ont fini par nous le chiper ! Nous avons trouvé le fil d'attache sectionné en milieu d'après-midi. Je pense que le petit voleur a dû être bien déçu de sa pêche miraculeuse !

Cette nuit il a plu, mais sans que le vent ne forcisse tellement comme c'était le cas dans les grains tropicaux. La pluie a accentué la sensation d'humidité que nous ressentons plus fortement depuis quelques temps. La nuit, il fait de plus en plus frais, et nous avons dû exhumer la couette des placards car le drap accompagné d'une couverture ne suffisait plus. Le soir venu, les pulls, les chaussettes, les bottes et les cirés font eux-aussi leur grand retour. La journée, nous ouvrons tous les hublots pour profiter du soleil et assainir l'air à l'intérieur. Depuis deux jours, nous avançons vite, même si la mer est bien agitée et les creux marqués. Le vent Sud-sud-ouest oscille entre la bonne brise et le frais. Pour conserver une allure confortable nous remontons parfois un peu plus au Nord, et optons pour une allure plus de travers (en redescendant) quand le vent faiblit (plus le vent nous vient de l'arrière, moins c'est fatiguant, plus on le prend de travers, plus le bateau gite et accélère). La stratégie étant de trouver le bon compromis entre le confort à bord, la vitesse et le cap. Tom passe beaucoup de temps à régler les paramètres du nouveau pilote automatique pour que la conduite du bateau soit optimale (conjurer les départs au lof, négocier les vagues et les rafales tout en conservant le mieux possible le cap). Ce denier possède tout un tas de réglages possible et nous sommes encore loin d'en avoir percé tous les secrets. Le confort à bord est malgré tout très acceptable : nous n'en sommes pas à devoir sortir les plats lyophilisés. Cette météo propice à abattre des milles devrait encore se poursuivre demain (hier, nous avons parcouru 146 milles !), puis vers le 2 juin, le vent devrait faiblir. La distance qui nous sépare des Açores passe sous la barre des 1400 milles. C'est déjà ça de pris.

NB : Julie ("la Marinette"), si par hasard tu lis ce message et que tu as le temps, nous serions ravis de recevoir un SMS de ta part sur notre Iridium pour savoir où se trouve Kiss Mi (position GPS à une heure précise) ! Voici notre numéro : 00 88 163 163 79 46. Merci et à bientôt !

Position à 15h01 (UT-3): 33°34,55N - 57°19,34W
Cap Fond: 086° Magnétique
Vitesse: 6.4 nœuds


5 Responses:

Kim a dit…

Ahlala vos épopées cétaciennes font plaisir à lire !
Mais, damned, maudits gabians de malheur qui vous ont fauché le rapala ! J'espère qu'il vous en reste un pour finir le périple et taquiner la coryphène une fois revenus en Méditerranée ! ;)

Anonyme a dit…

Et le réglage des voiles , Génois tanguoné ou pas?

Gene a dit…

Que c'est beau...(moi qui adore les animaux!) et plein d'émotion.
Dans le dernier paragraphe, je me rends compte que vous savez vraiment bien naviguer, et ça me rassure

J'espère que vous aurez des nouvelles sur la position de vos bateaux amis !

Gros bisous, bon vent!
Gène

Perrine a dit…

Trop magique ce récit des dauphins! Incroyablement sympathique, naïf et joyeux cet animal!!! Chouette compagnon de route.

Tenez bon les p'tits loups!... Je vais me rancarder auprès des copines car vous allez êtes bientôt revenus que je n'aurais toujours pas compris comment envoyer un message sur l'iridium (une vraie bille qu'j'suis!;p

Marie-Bé a dit…

Wouais !! Trop cool les dauphins, la vitesse, le soleil et la blague faite aux oiseaux !! Il fait froid la nuit, s j'ai bien compris alors couvrez vous bien les mat'lots et bonne continuation.