2 juin 2009

Transat retour Bermudes - Açores : J+5

"Les jours se suivent et ne se ressemblent pas". Cette platitude s'applique à l'univers de la haute mer qui pourrait tout aussi bien, cependant, passer pour irrémédiablement immuable aux yeux d'un observateur peu attentif. J'ai mis du temps à apprivoiser ces étendues d'eau à perte de vue et leur trouver un sens changeant, une vie trépidante, à force de les regarder et de les vivre. Hier, le temps était au gris pluvieux, la mer très agitée, le vent instable, les aulofées difficilement maîtrisées par notre nouveau pilote soudain dépassé par les évènements, au grand damn de Tom qui essayait désespérément de lui faire tenir le bon cap. Dans ces conditions, arrivent vite à la suite les conséquences connexes que sont le mauvais sommeil pendant les quarts et la perte d'appétit. Juste ce qu'il faut pour être maussade tout le jour, casser des verres, renverser des tasses. A la fin de la journée, le bilan était peu glorieux, et même les sketches de Florence Foresti auxquels nous avions fait appel en dernier recours n'avaient pas réussi à complètement nous dérider (oui, nous prenons à présent cette liberté-là, quand les conditions météo s'apaisent, de regarder une vidéo sur le mini ordinateur de bord : c'est un excellent moyen pour s'extirper de la réalité qui est la nôtre, à savoir, que nous sommes au beau milieu de l'Atlantique et que la prochaine terre se trouve à plus de 2000 kilomètres).

Comme pour nous encourager, la nuit a été claire avec une belle lune en croissant penché, dont les lueurs pâles faisaient écho aux scintillements du plancton éclaboussé dans les remous de notre sillage. Belle nuit, vent calme, poussées régulières entre 4 et 5 nœuds = stabilité des quarts, et sommeil retrouvé. Bon sommeil = enthousiasme pour les 5 heures à venir suivant le réveil, et joie de voir un jour nouveau se lever. 6 heures 45, c'est mon tour. Tom est sur le pont, au soleil, en pull marin, bottes et gilet, en train d'installer les écoutes de spi avec un grand sourire. C'était notre plan pour ruser contre la pétole qui s'immisce peu à peu dans notre parcours, mais comme nous ne sommes pas dans la Transat Anglaise, le spi, nous avons attendu qu'il fasse jour pour l'envoyer. Nous choisissons le spi orange et noir, celui qui fait chatoyer la bannière de notre blog. C'est le spi moyen, au cas où le vent reprenne un peu du service (au cas où, ça ne coûte rien d'essayer de forcer le destin). En effet la météo nous prévoit une période de dévente sérieuse, du 2 au 6 juin normalement, avant le retour assez fort des vents d'Ouest. C'est un cas d'école pour notre bon Grégal, qui, léger et agile par petit temps, sait tirer parti de la moindre brise et nous garantit du 4 nœuds en moyenne alors que le vent s'établit à un poussif 6- 7 nœuds. Ce type de configuration ne convient évidemment pas au lourds voiliers de croisière de plus de 10 tonnes, qui a ce moment-là n'ont d'autre choix que de s'en référer à leur gros moteur diesel et leurs réserves de 300 litres de gasoil pour continuer d'avancer.

Contre toute attente, le spi, une fois n'est pas coutume, est envoyé impeccablement, moi à l'avant, le capitaine au hissage, et il se déploie dans le ciel bleu de cette belle journée comme un deuxième soleil. Le capitaine retourné au sommeil du Juste, j'ai l'honneur de recevoir à nouveau la visite d'un joyeux banc de dauphins gris. Ils restent un moment à me tenir compagnie en caquetant puis s'éloignent vers le Sud, comme un seul homme. Mais la pétole est une perfide compagne qui ne tarde pas à nous rattraper. Tombés à 3 nœuds dans ce beau soleil matinal, je crois que nous devrons probablement nous résoudre, à un moment ou à un autre de la journée, à nous rallier aux abonnés du moteur toussotant. Mais la lutte aura été digne. Nous aurons au moins tout tenté.


Position à 16h16 (UT-3): 36°13,33N - 53°00,80W
Cap Fond: 93° Magnétique
Vitesse: 4 nœuds


5 Responses:

Gene a dit…

Vous ne pouvez pas lire les commentaires, mais tant pis , voilà le mien : " ce texte est diablement bien écrit !!"

Gros bisous à vous deux en espérant bientôt un peu plus de vent pour vous...
Gène

Perrine a dit…

Tenez bon, les courageux aventuriers! il faut bien tenir compagnie aux dauphins et prendre le temps dépuiser video et bouquins!
je pense bien à vous!
de toute façon le météo fait des siennes aussi sur la terre ferme alors.... on reste mo-ti-vé! et on croit au petit vent doux mais efficace!

paps a dit…

Nous sommes certain que vous tirez le meilleur,en toutes situations,des possibilités de Grégal et de ses accessoires.Il ne doit pas être aisé de garder son self quand les éléments font des leurs!C'est là,je pense qu'il faut savoir jouer avec le TEMPS dans tous les sens du terme.Sachez qu'outre les mouettes et les dauphins,nombre "visiteurs" vous observent chaque jour et peinent ou rient avec vous.
Grosses bises Pap's et Marité

c0rle0ne a dit…

encore un texte au top! décidément vivement le bouquin! Tenez bon! et vive le SPI!!!!!

Marie-Bé a dit…

Tiens bon la barre etc... Les chansons, le karaoké pour changer des humoristes ? Ca l'fait ? Non ? Bon courage les jeunes, le vent revient trés vite et GREGAL filera comme le vent à nouveau !!