8 juin 2009

Transat retour Bermudes - Açores : J+11

10h00. Cette fois, pas de doute, on est au cœur du coup de tabac. Cette nuit, le vent est progressivement monté pour atteindre 25 nœuds et plus en rafales. L'éolienne siffle sans discontinuer, de concert avec les haubans. La mer est forte à très forte, avec des creux gargantuesques et une surface plissée en permanence sous les risées, et couverte de remous. Cette nuit, le spectacle de ces eaux tumultueuses éclairées par la pleine lune était à couper le souffle. Pas de déferlantes ou de vagues scélérates pour autant, c'est toujours ça de gagné. Le résultat est somme toute assez impressionnant. Le petit triangle de génois tangonné à l'avant remplit parfaitement son office et le pilote se surpasse au delà de toutes nos espérances. Malgré ces efforts permanents à la barre, Grégal est balloté dans les vagues et retrouve sa fonction optionnelle de bouchon de mer. A l'intérieur du bateau, on arrive à trouver un peu de répit à condition de rester relativement immobile, et on limite les sorties dans le cockpit au maximum. D'abord, pour se protéger du froid qui est peut-être la composante la plus pénible de cet épisode agité. Après la troisième couche de pulls est venu le port du bonnet de laine. La nuit, nous dormons mal, même en essayant de se caler dans les antiroulis. Froid oblige, on se pelotonne dans nos épaisseurs de vêtements en plus des couvertures. Heureusement, nous ne sommes pas mouillés. Le pire dans ces cas-là, c'est quand il fait froid et qu'on ne peut même pas être au sec. Brrrrr !

Les oiseaux souffrent aussi, apparemment. Les petites pétrelles océaniques ont du mal à se poser sur l'eau pour reprendre des forces, à cause des vagues qui risquent de les engloutir si elles s'attardent trop. Du coup, elles volettent faiblement en tâchant de se maintenir dans les courants d'air. De temps en temps, l'une d'elles vient tourner avec envie autour de Grégal, mais se poser, aussi tentant que cela puisse être, reste beaucoup trop intimidant. Par chance, le soleil nous accompagne depuis hier. Nous attendons en début d'après-midi un durcissement ultime jusqu'à 30 nœuds et puis le tout devrait progressivement décroître. Le retour de la pétole est même prévu pour après-demain. En définitive, la journée va se passer le plus simplement du monde. Elle consistera à alterner en permanence quarts de veille et quarts de sommeil courts, pour se maintenir en état, à défaut de pouvoir complètement récupérer avant demain.

13h00 : La météo est décidée à ne pas nous laisser souffler tout de suite ! Le vent est monté en puissance, comme prévu. Et là, c'est un autre univers. De forte la mer est devenue presque grosse. Au somment des collines d'eau, d'autres vagues plus petites se forment et déferlent. Les remous de surface se sont mués en grandes plaques bouillonnantes d'eau turquoise clair, comme si on avait oxygéné la mer par endroits. De partout, le vent détache des embruns blancs. La force des rafales doit bien s'établir autour des 45 nœuds. L'éolienne déchaînée s'est transformée en centrale électrique. Nous avons réduit le génois à un mouchoir de poche. Contre toute attente, le pilote poursuit son travail héroïque. Nous nous sommes orientés plein vent arrière, pour glisser sur la houle énorme. Certains surfs de Grégal en descente dépassent les 10 nœuds ! On n'est jamais allés aussi vite ! Du coup, on remonte un peu trop sur notre cap, mais le vent devrait virer secteur nord-ouest dans la nuit. Et surtout, faiblir ! Tom a réalisé plusieurs petites vidéos pour montrer la puissance des éléments. A l'intérieur du bateau, même si ça roule toujours autant, on est heureusement tranquilles, et cela nous permet de nous détendre en écoutant de la musique pour nous détacher un moment de cette météo musclée.

14h00 : 20-25 nœuds : ça descend ! :) Plus qu'une nuit avant le retour de l'accalmie ! Nous en saurons davantage en prenant la météo du jour dans un moment.
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Position à 14h16 (UT-2): 38°37,13N - 38°27,04W
Cap Fond: 80° Magnétique
Vitesse: 6.7 nœuds



8 Responses:

gerald a dit…

vous étes vraiment de bons marins,super de pouvoir vous suivre au jour le jour,d'autant plus que de pianoter par 40nds ce ne doit pas ètre évident,
courage bientôt les açores
bisous
avril et gégé

Perrine a dit…

d'ici, ça fout la trouille votre truc: le vent, le froid, les vagues, l'éolienne qui s'emballe.... mais vous, vous n'avez même pô peur! vous laissez votre pilote gérer, vous regardez les reflets de la lune dans les vagues, et les petits pioupiou se galérer dans les bourrasques de vent.
ma parole, les marins ont mangé du pirate ou quoi???
allez, vivement l'accalmie! on sait que Grégal surfe bien sur la vague mais quand ça chahute de trop à l'intérieur ça doit rendre les apéros bien compliqués! ;)

c0rle0ne a dit…

Vivement les vidéos! ça doit chahuter grave!!! Vous m'impressionnez par votre calme. En tous cas j'ai l'impression que cette traversé retour vous la vivez beaucoup mieux que l'allée (peut être est ce qu'une impression), celà doit s'appeler l'expérience :)

biz!

Florian a dit…

Mouais.. Ben ça doit pas être si terrible que ça si vous avez le temps de prendre un ti punch et d'écrire sur le blog... Genre vous avez préparer un petit lot d'histoire à raconter à l'avance histoire de faire croire que c'est difficile, alors qu'en fait vous êtes encore sur les îles et vous rentrerez en avion. :D


Bon ok, je préfère ma place à la votre dans ce genre de cas et chapeau à l'équipage qui ne se départi ni de sa verve ni de son courage.

Florian

Gene a dit…

Vous me faites trembler...

He ben chapeau !!!!
(comment elle a fait Maud Fontenoy ??...)

Oui, vous êtes d'exellents marins ! et avec une sacrée trempe !!

paps a dit…

Sûr qu'il ne doit pas être évident de frapper les bonnes touches du clavier quand ça bouge! On sent que vous maitrisez mieux les coup de tabac,bravo pour tes explications,on s'y croit à chaque fois et cela nous permet presque de coopérer... Je viens de réaliser que les côtes à droite sont la France et l'Espagne! Les Açores,milieu de l'Atlantique,ne sont plus très loin! Bon courage et grosses bises
Pap's et Marité

Nono a dit…

Ouaaaah !!!

Elégance, maitrise et courage. Chapeau bas.

Marie-Bé a dit…

Incroyable ce 7 juin où chaque heure racontée c'était l'ennui et où ce 8 juin chaque heure racontée c'est la fête du vent pour GREGAL et son équipage !
Bon je suis impressionnée devant tant de self contrôle bravo à Aude et Tom